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Les porcs qui ne peuvent plus être abattus au Québec en raison de la diminution des abattages du transformateur Olymel sont expédiés ailleurs au Canada et aux États-Unis. Photo : Patricia Blackburn/TCN

Les porcs qui ne peuvent plus être abattus au Québec en raison de la diminution des abattages du transformateur Olymel sont expédiés ailleurs au Canada et aux États-Unis. Photo : Patricia Blackburn/TCN

Un outil proposé pour gérer la décroissance du secteur porcin

Une première étape vers une gestion de la décroissance du secteur porcin a été franchie le 21 septembre, alors que les Éleveurs de porcs du Québec ont présenté à leurs membres une première mouture du projet de règlement sur le contingentement de la production porcine sur le territoire.

Ce projet vise à arrimer l’offre à la demande [des transformateurs] en donnant à l’organisation les outils réglementaires nécessaires pour gérer une diminution de la production de porcs dans l’ensemble de la province « de manière équitable entre tous les éleveurs », précise-t-elle dans un message envoyé aux éleveurs.

Confrontée à la décision de son principal transformateur, Olymel, de réduire ses achats de 530 000 porcs annuellement dans les élevages du Québec, l’organisation avait obtenu l’aval de ses membres, en juin dernier, pour concevoir un outil lui permettant d’orchestrer la décroissance de la production et, ainsi, d’éviter de devoir détourner à grands frais les surplus de porcs ne pouvant plus être abattus par le transformateur. Actuellement, le seul pouvoir de l’organisation se limite à suspendre l’émission de nouveaux volumes de référence, ce qui a pour effet de geler la production actuelle, mais non de la diminuer ou de l’augmenter, selon les besoins. 

Selon Daniel-Mercier Gouin, expert en agroéconomie, cette solution « fera en sorte qu’on ne sera plus coincé avec un surplus de production qui coûte cher à détourner [vers les États-Unis], car elle permettra d’ajuster la production aux capacités d’abattage des transformateurs du Québec. » Elle changera en revanche les règles du jeu, estime le professeur retraité de l’Université Laval, « car un producteur ne pourra plus décider d’augmenter sa production quand bon lui semble ».

Ce nouveau règlement de gestion de la production est toutefois différent de ce que pourrait imposer un système de gestion de l’offre, comme celui qui prévaut dans la production laitière ou avicole à travers le Canada, précise M. Gouin. « Cet outil se limite à la gestion de la production québécoise, et on va continuer à exporter du porc et à en importer. L’enjeu principal, c’est la capacité des abattoirs qui est limitée par les problèmes de recrutement de main-d’œuvre. La question est donc de savoir combien de temps cette problématique affectera les abattoirs, et si cette décroissance de la production porcine devra se poursuivre, et combien de temps. »

Cette question hante d’ailleurs de nombreux producteurs, dont ceux qui, comme Dannick Chaput, ont récemment investi dans la construction de nouveaux bâtiments consacrés à l’engraissement porcin. « On ne peut vraiment pas critiquer la démarche des Éleveurs de porcs, car c’est une situation qui est compliquée à gérer et il faut trouver une solution. Ça reste toutefois inquiétant pour nous de savoir comment la production sera coupée et si ce sera fait d’une manière juste pour tout le monde, surtout quand on vient d’investir et qu’on a des bâtiments qui répondent aux nouvelles normes de bien-être animal », a-t-il commenté.