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Le duo Corrine et Yves Béliveau au travail dans la nouvelle étable de la Ferme Acabel. Photo : Pierre Saint-Yves

Le duo Corrine et Yves Béliveau au travail dans la nouvelle étable de la Ferme Acabel. Photo : Pierre Saint-Yves

Producteurs agricoles et fiers Acadiens

BÉCANCOUR – Il n’est pas vraiment étonnant que la ferme d’Yves Béliveau et de sa fille Corrine soit située sur le boulevard des Acadiens, la principale artère qui traverse d’est en ouest le secteur de Saint-Grégoire dans la ville de Bécancour, dans le Centre-du-Québec. Cette ferme porte le nom Acabel, une appellation inspirée de l’identité acadienne bien présente dans la région.

« Je représente la dixième génération de Béliveau en Amérique, rappelle Yves Béliveau, en soulignant l’origine acadienne de ses ancêtres. Je suis la deuxième génération dans ma ferme, mais mes ancêtres ont occupé de nombreuses terres dans Saint-Grégoire et les environs. Bien sûr qu’on est fiers de nos origines. »

Sa fille Corrine abonde dans le même sens. « Savoir que nos ancêtres ont traversé de nombreuses épreuves pour survivre, venir s’établir ici et cultiver la terre qu’ils nous ont léguée, ça nous rend fiers. »

Le duo père-fille est producteur de lait biologique, avec un troupeau de vaches Jersey d’une quarantaine de têtes abrité dans une toute nouvelle étable construite juste avant la pandémie.

Leurs ancêtres Béliveau sont au nombre des familles qui ont fui le régime britannique qui a conquis Port-Royal, la colonie française des provinces maritimes. Le tragique épisode du grand dérangement de 1755 a suivi, avec la séparation et la déportation de milliers de familles.

Plusieurs centaines d’entre elles ont alors fui en direction de la vallée du Saint-Laurent pour créer de nouvelles « Cadies », nom donné aux groupes de réfugiés.

Parmi eux se trouvaient des charpentiers navals qui ont lancé un chantier au lac Saint-Paul, mais la grande majorité s’est consacrée au travail de la terre pour défricher celles des seigneuries de Godefroy et de Roquetaillade, là où ils ont été accueillis. Après le grand dérangement, la Cadie de Saint-Grégoire a rapidement regroupé plus de 200 familles dont les Béliveau.

« L’intérêt pour nos origines acadiennes est tout de même assez récent, souligne Yves Béliveau. À l’école, on ne parlait pas de l’histoire des Acadiens, de leur déportation et de leur arrivée ici. L’engouement est apparu il y a quelques décennies et c’est à ce moment qu’on a pris conscience de l’importance de nos origines. »

Le duo Corrine et Yves Béliveau, fiers producteurs laitiers et… Acadiens. Photo : Pierre Saint-Yves

Le duo Corrine et Yves Béliveau, fiers producteurs laitiers et… Acadiens. Photo : Pierre Saint-Yves

Le producteur agricole, homme d’affaires et ex-conseiller municipal Bernard Bergeron reconnaît que l’intérêt pour ses origines acadiennes s’est développé au fil des années.

« La famille et le travail étaient nos priorités, dit-il. On n’avait pas vraiment le temps de s’intéresser à notre histoire, dit-il. Reste que c’est un trait de notre identité qui était toujours présent et qui a pris de l’importance. »

Pas étonnant donc que la meunerie qu’il a lancée avec ses partenaires en 1988 porte le nom de Meunerie Acadienne.

« Il y a encore plusieurs fermes qui appartiennent à des familles d’origine acadienne, mais leur nombre diminue à mesure que les entreprises changent de main », constate Bernard Bergeron. Lui a abandonné la production laitière il y a quelques années, mais continue à exploiter ses terres dans le secteur Précieux-Sang, à Bécancour.

Le nom des rues et des rangs de plusieurs secteurs de la ville de Bécancour rappelle cette identité acadienne bien présente, particulièrement dans le secteur Saint-Grégoire, où on trouve des noms des familles fondatrices tels que Bourque, Hébert, Leblanc, Prince, Richard, Thibodeau et, bien sûr, Béliveau et Bergeron. C’est sans compter la présence de nombreuses familles acadiennes dans les villages environnants : Saint-Wenceslas, Saint-Célestin, Saint-Pierre-les-Becquets…

En 1993, la fibre acadienne a entraîné la création de la Société acadienne Port-Royal qui, depuis, travaille à la promotion de l’identité acadienne de la communauté de Saint-Grégoire. Chaque année, la société organise le rassemblement acadien autour des édifices historiques du village, dont le vieux moulin à vent déplacé et reconstruit il y a 35 ans. C’est alors l’occasion de rendre hommage à l’une des familles fondatrices. Il y a trois ans, c’était le tour des Béliveau.

« Évidemment, on a participé à l’hommage et on essaie d’assister au rassemblement annuel, indique Yves Béliveau. »

Il ne faut pas se surprendre d’apercevoir un drapeau acadien, hors dimension, flotter à l’entrée de la ville de Bécancour, tout juste avant d’entrer dans le secteur Saint-Grégoire.