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La signature de l’ACEUM a causé une troisième brèche dans la gestion de l’offre. Photo : Official White House Photo

La signature de l’ACEUM a causé une troisième brèche dans la gestion de l’offre. Photo : Official White House Photo

Quelle sera la « question de l’urne » agricole de la campagne électorale?

La campagne électorale fédérale est officiellement lancée depuis le 11 septembre et jusqu’aux élections, le 21 octobre, des experts approchés par La Terre analyseront d’un point de vue agricole les promesses et les rebondissements de cette course 2019. Quelle sera la « question de l’urne » agricole de la campagne électorale? À l’unanimité, les trois experts qui lancent le bal ont répondu : la gestion de l’offre.

La gestion de l’offre sera sur les lèvres de tous les producteurs pendant cette campagne électorale, pense le professeur en agroéconomie à l’Institut en technologie de l’agroalimentaire (ITA), Kevin Richard. « Surtout les accords de libre-échange et ce qu’on fera de l’avenir de la gestion de l’offre [GO] », explique-t-il. Le système a été malmené sous le règne libéral, croit-il, et défendre le bilan du gouvernement Trudeau sera difficile auprès des agriculteurs.

Le chargé de cours à l’Université McGill et économiste Pascal Thériault abonde dans le même sens. Les concessions dans la GO ont causé de grandes déceptions dans le milieu agricole. « Les producteurs sont restés sur leur faim », souligne-t-il. Il ajoute cependant que dans les dernières négociations avec les Américains pour l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), le Canada n’avait pas le « gros bout du bâton » et que, dans les circonstances, l’équipe de Justin Trudeau a fait ce qu’elle a pu. « Je fais partie de ceux qui pensent que ça aurait pu être bien pire que ça [parce qu’elle] aurait pu faire échouer l’entente pour les agriculteurs et le gouvernement », affirme Pascal Thériault.

Les compensations attribuées aux producteurs de lait pour les accords avec l’Union européenne et les pays transpacifiques sont considérées comme insuffisantes, indique pour sa part le professeur associé à l’Université Laval, Guy Debailleul. Cette question s’invitera dans la campagne électorale fédérale, croit-il. D’ailleurs, les partis devront garantir aux producteurs qu’il n’y aura pas de nouvelles concessions à la GO dans les prochains accords de commerce, selon Kevin Richard. Rappelons que le Canada négocie actuellement une entente de libre-échange avec les pays du Mercosur, soit l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay.

Conflits commerciaux

Les producteurs de porcs, de canola et de soya canadiens font les frais des guerres commerciales entreprises par le voisin américain. Pour Guy Debailleul, l’attitude du Canada vis-à-vis ses partenaires commerciaux sera probablement évoquée dans cette campagne électorale. Kevin Richard et Pascal Thériault estiment tous deux que le prochain gouvernement devra mieux se positionner face aux conflits commerciaux. « Est-ce que les autres partis pourront faire mieux [que les libéraux]? Je ne pense pas puisque le pouvoir du Canada est limité [dans ces conflits]. Cependant, je pense que ce sera une préoccupation et les partis devront fournir des réponses », poursuit Pascal Thériault.

Poids

Pascal Thériault souligne que le Québec et l’Ontario ont un poids dans la balance électorale, puisqu’ils font élire la majorité des députés du pays. « C’est certain qu’il va y avoir des promesses faites pour satisfaire la frange agricole de l’électorat, peut-être même au détriment des producteurs de l’ouest qui sont plus tournés vers l’exportation. »

Autres enjeux agricoles à suivre

La politique alimentaire : Adoptée par le gouvernement Trudeau, elle pourrait également s’inviter dans la campagne, selon Guy Debailleul. « Quand on l’examine, on se rend compte qu’il n’y a pas encore énormément de choses dedans, mais j’imagine que le [Parti libéral] va être interpellé et que les autres partis vont probablement aussi avancer des propositions en matière agricole », souligne-t-il.

Les changements climatiques : L’un des secteurs qui seront le plus affectés par les changements climatiques, positivement ou négativement, sera celui de l’agriculture, poursuit Guy Debailleul. Si la question n’est pas abordée par les partis libéral et conservateur, ajoute-t-il, elle le sera possiblement par le Parti vert et le Nouveau Parti démocratique.

L’environnement : Les préoccupations environnementales liées à l’agriculture sont nombreuses et Pascal Thériault pense qu’il y aura probablement des corrections à apporter sur ce qu’avanceront les partis. « Je pense que le Parti vert devra être très prudent lorsqu’il émettra des commentaires de nature environnementale concernant l’agriculture parce qu’il est facile de [dire une phrase-choc pour qu’elle soit reprise dans les médias] », indique Pascal Thériault.


Nos experts

Guy Debailleul est professeur associé à l’Université Laval au Département d’économie agroalimentaire et des sciences de la consommation de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation. Il est également cofondateur de l’Institut Jean-Garon.

Pascal Thériault est économiste et agronome de formation. Il occupe le poste de chargé de cours et celui de directeur des relations communautaires pour la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’environnement de l’Université McGill.

Kevin Richard est professeur en agroéconomie à l’Institut de technologie agroalimentaire (ITA), campus de Saint-Hyacinthe. Agroéconomiste de formation, il est aussi producteur et président de l’Association de la relève agricole de la Montérégie-Est.