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Pour un soutien financier et technique mieux adapté à l’agriculture

Tel que publié dans La Terre de chez nous

BROSSARD — Faut-il que Québec consacre plus d’argent à l’agriculture? Les agriculteurs ne s’en plaindraient sans doute pas, étant donné l’apport significatif de leur secteur au produit intérieur brut.

Mais les cinq producteurs présents à la première Soirée Élections 2014 organisée par La Terre de chez nous ont d’abord insisté, une fois la gestion des risques bien assurée, sur le rôle du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), ainsi que sur des programmes pertinents et mieux coordonnés.

Québec consacre 1 G$ à son agriculture, dont 650 M$ à La Financière agricole du Québec (FADQ) et 125 M$ aux municipalités en crédits de taxes foncières. Il reste donc peu d’argent pour développer l’agriculture et pour offrir un soutien technique direct à l’agriculteur.

Producteur de lait à Saint-Stanislas-de-Kostka, François Vincent a suggéré la mise en place de tarifs pour facturer certains services municipaux aux agriculteurs, au lieu de baser la note sur la valeur foncière sans cesse croissante. L’argent ainsi dégagé du budget du MAPAQ pourrait mieux servir l’agriculture plutôt que d’aller dans les coffres du monde municipal.

Personne n’a remis en cause le principe du soutien de l’agriculture par l’État, une constante partout dans le monde. « Le groupe de travail sur la modernisation des programmes de sécurité du revenu devrait formuler des pistes afin d’assurer plus d’équité entre les producteurs, les productions et les régions, a signalé la péquiste Marie Bouillé. Elle a décoché une fléchette au candidat libéral dans Huntingdon, Stéphane Billette, au sujet de l’entente de cinq ans signée par les libéraux et qui réduit les fonds versés par le fédéral, touchant surtout les producteurs en serres et acéricoles. La députée d’Iberville a en outre critiqué la création d’une forme de compte d’épargne libre d’impôt (CELI) agricole avancée par M. Billette, visant à permettre aux propriétaires d’une ferme de constituer une mise de fonds significative pour la relève agricole.

Au champ

Les producteurs veulent voir les agronomes dans les champs, et non submergés par la paperasse dans leur bureau. « Toute cette paperasse dénote d’ailleurs un manque de confiance envers les agriculteurs et leur bon sens », a noté le producteur laitier Markus Schnegg. « Le MAPAQ doit revenir à l’agronomie et utiliser son expertise pour aider les agriculteurs à bonifier leur revenu net », a renchéri l’éleveur avicole Gaétan Phaneuf. Stéphane Billette a déploré que la réforme péquiste soit en train de faire disparaître les clubs agroenvironnementaux. « Ils effectuaient un excellent travail dans la confection des Plans agroenvironnementaux de fertilisation [PAEF] et étaient précieux pour la gestion des pesticides, à un coût très compétitif. » Les agriculteurs ont clairement indiqué qu’ils ne sont aucunement friands de subventions qui font gonfler les prix des équipements tels que fosses, thermographes, silos, etc., et qui profitent souvent davantage aux professionnels et aux fabricants qui gravitent autour de l’agriculteur.

« Nous n’avons pas besoin de subventions, mais d’un revenu décent pour vivre de notre agriculture », a martelé la candidate caquiste Sylvie D’Amours, propriétaire d’un vignoble. Le problème, c’est que nous ne sommes pas capables de vendre nos produits chez nous. J’ai dû faire affaire avec cinq ministères pour vendre mes vins dans mon bistrot. » Manon-Josée d’Auteuil a renchéri : « Le problème d’accès de vos vins à la Société des alcools du Québec, nous le vivons avec les grandes chaînes d’alimentation. On n’est pas intéressants pour eux. » La politique de souveraineté alimentaire a donc bien des croûtes à manger pour être réellement porteuse.

La candidate caquiste a poursuivi : il faut que l’État se tienne debout et exige que les produits agricoles qui arrivent d’ailleurs respectent les standards imposés aux producteurs d’ici. Tous ont semblé d’avis que sans cette réciprocité, on court à la destruction de notre agriculture.

Mme D’Amours a toutefois suscité des haussements d’épaules en affirmant que la Coalition Avenir Québec (CAQ) considère les agriculteurs comme des gens d’affaires et l’agriculture comme n’importe quel autre secteur économique. La question qui vient spontanément à l’esprit : dans ce cas, faut-il encore un ministère de l’Agriculture?

Gestion de l’offre

Il y avait unanimité des candidats et des producteurs au sujet de l’erreur monumentale du gouvernement Harper de laisser entrer 16 600 tonnes de fromages fins européens de plus au pays, sans droits de douane. Outre les pertes substantielles de marché, il s’agit « d’un affaiblissement de la gestion de l’offre, un système envié et défendu depuis des décennies par tous les gouvernements », a noté M. Billette. Le doute planait quant à la capacité du gouvernement du Québec de refuser de signer l’entente finale, même en cas d’absence de mécanismes de compensation adéquats pour les producteurs de lait et les petits fromagers, si les 27 États européens et les autres 9 provinces canadiennes l’ont ratifié. Sans oublier que les industriels laitiers tiennent à cet accord. « J’éprouve un malaise quand je pense que Québec a donné son aval à l’entente de principe », a souligné M. Schnegg.

Photos de la soirée