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Maurice Doyon était en conférence le matin du 13 janvier au Salon de l’agriculture de Saint-Hyacinthe. Crédit photo : Thierry Larivière/TCN

Maurice Doyon était en conférence le matin du 13 janvier au Salon de l’agriculture de Saint-Hyacinthe. Crédit photo : Thierry Larivière/TCN

L’opposition à la gestion de l’offre basée sur un principe dépassé

L’opposition à la gestion de l’offre serait basée sur l’équilibre de tous les marchés, un principe qui serait aujourd’hui dépassé en sciences économiques.

C’est l’une des conclusions du professeur et économiste de l’Université Laval Maurice Doyon, qui était en conférence le matin du 13 janvier au Salon de l’agriculture de Saint-Hyacinthe à l’invitation de l’Association des technologues en agroalimentaire et de l’Institut de technologie agroalimentaire.

« La notion de déséquilibre explique beaucoup mieux certains marchés, dont celui de la production laitière », a soutenu Maurice Doyon. Le cursus académique des futurs économistes tarderait cependant à tenir compte de ces nouveaux développements en recherche.

C’est sans doute pour cette raison que 51 % des économistes canadiens étaient défavorables à la gestion de l’offre en 2014. Selon l’étude publiée par l’Université Laval cette année-là, on constatait tout de même que 43 % des 2 200 économistes canadiens sondés y étaient favorables. On est donc loin d’un consensus pour l’abolition de la gestion de l’offre.

L’exemple américain

Le conférencier a donné l’exemple des grandes fluctuations du prix du lait que les producteurs reçoivent sans gestion de l’offre. En 2008-2009 aux États-Unis, le prix était passé de quelque 65 $ l’hectolitre à 30 $ en seulement quatre mois. Avant la baisse, plusieurs producteurs ont augmenté leur production pour en profiter, ce qui a mené à une chute radicale des prix causée par une surproduction. Le signal de prix était pourtant positif et incitait à augmenter la productivité.

« La capacité de résistance des agriculteurs à de faibles prix est extraordinaire », ajoute le professeur Doyon, qui précise que ce phénomène s’explique par la difficulté d’utiliser les importants actifs agricoles à d’autres fins et l’impossibilité de contrôler rapidement le volume de production. « Il n’y a pas de valve sur vos vaches », a lancé l’économiste, devant l’audience du déjeuner-conférence. Il a aussi rappelé que, contrairement à d’autres ressources naturelles, les produits agricoles sont périssables. Bref, le marché produit des situations désastreuses qualifiées de « sous-optimales », et seules des faillites finissent par réduire l’offre après une période relativement longue. Autrement dit, laissé à lui-même, le marché « ne semble pas bien fonctionner ».

Pour éviter ces problèmes, il faut mettre en place une coordination horizontale et si possible verticale afin de répondre à la demande sans surproduction et ainsi permettre une certaine stabilité. Le gouvernement de la Nouvelle-Zélande, par exemple, a largement contribué à une fusion de toutes les coopératives laitières du pays en une seule. « Fonterra n’est pas une création du marché », a rappelé Maurice Doyon, en précisant que le gouvernement avait cédé pour 1 $ d’importants actifs de l’ancien office d’exportation pour arriver à cette fusion.

Des prix trompeurs

Maurice Doyon met aussi en garde contre l’argument des prix plus élevés des produits laitiers sous la gestion de l’offre. Bien que ce soit souvent vrai, ce n’est « pas honteux » et ce n’est de toute façon pas le cas en ce moment si on tient compte du taux de change.

L’économiste fait remarquer que les prix fluctuent grandement d’un endroit à l’autre dans les pays sans gestion de l’offre. À certains endroits, le contenant de 4 litres peut se vendre 3,46 $ US, tandis qu’il sera à 4,84 $ US dans un autre coin des États-Unis. En Nouvelle-Zélande, on a observé des variations allant de 2,89 $ à 5,25 $ pour 2 litres de lait.

Par ailleurs, une comparaison des prix de la ville de Québec et du nord de l’État de New York en 2014 avait montré que le bœuf haché était 35 % plus cher et les côtelettes de porc 135 % plus coûteuses au Canada. Bref, on constate que d’autres facteurs influencent les écarts de prix entre deux régions ou deux pays, même pour des produits qui font l’objet d’un libre marché complet.