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Mary Robinson cultive 80 hectares avec sa famille à l’Île-du-Prince-Édouard. Photo : Gracieuseté de Mary Robinson

Mary Robinson cultive 80 hectares avec sa famille à l’Île-du-Prince-Édouard. Photo : Gracieuseté de Mary Robinson

Le gouvernement invité à se lever aux côtés des agriculteurs canadiens

Les élections étant passées, la présidente de la Fédération canadienne de l’agriculture, Mary Robinson, demande au gouvernement fédéral de se lever aux côtés de ses agriculteurs, de reconnaître enfin leur importance et d’investir davantage pour les aider à se développer.

Elle affirme que malgré les derniers rapports qui soulignent les atouts du milieu agricole et son grand potentiel économique, le gouvernement néglige le secteur.  « On n’a pas un gouvernement qui se tient debout près de nous. Le gouvernement devrait dire aux Canadiens que nous pouvons être fiers de notre agriculture et que nous devrions y investir plus, mais je ne vois pas ça. Quand je regarde le gouvernement, je vois des gens qui rendent ça plus difficile pour nous, avec plus d’entraves et de réglementation », insiste-t-elle. « On peut parler du manque d’investissement du gouvernement, mais je pense que l’une des choses les plus importantes, c’est le manque de reconnaissance et l’attitude du gouvernement envers l’agriculture », souligne Mary Robinson.

La présidente a hâte de savoir si Marie-Claude Bibeau sera reconduite à son poste de ministre de l’Agriculture, mais elle souligne qu’il faudra aussi cogner à la porte des autres ministres dans les prochaines semaines afin de s’assurer que l’agriculture figure dans leur agenda politique et soit ciblée comme une solution aux changements climatiques, à la reprise économique post-pandémie, etc.

Elle veut aussi que le ministère de l’Agriculture du Canada réagisse plus vite pour soutenir ses producteurs en cas de besoin. La présidente donne l’exemple des producteurs de l’Ouest affligés par la sécheresse. Le fédéral ne les a pas encore aidés, dit-elle, comparativement à l’administration américaine qui a rapidement offert une aide financière à ses producteurs qui manquent de foin.

Blocage de l’Ouest

En campagne électorale, Marie-Claude Bibeau a répété à plus d’une reprise qu’elle se disait prête à majorer le programme de soutien aux agriculteurs Agri-stabilité, mais qu’elle ne pouvait le faire sans l’accord de toutes les provinces, dont celles des Prairies, qui refusent. Mary Robinson, qui a une vue sur l’ensemble du Canada, croit que l’Alberta et le Manitoba ne veulent pas signer, notamment par le fait qu’ils ont des gouvernements conservateurs provinciaux au pouvoir qui soutiennent plus difficilement les projets du gouvernement libéral de Justin Trudeau.

Malgré tout, Mme Robinson assure que la communauté agricole canadienne est plus unie que jamais. Il faut toutefois continuer à améliorer cette collaboration pour que les agriculteurs de toutes les provinces parlent aux politiciens fédéraux d’une même voix.

Une bonne présidente, plutôt que la première

Celle qui est devenue en 2019 la première femme nommée à la présidence de la Fédération canadienne de l’agriculture (FCA) en 84 ans d’histoire assure qu’elle n’a aucune difficulté à avancer dans ce monde traditionnellement masculin. Mary Robinson ne cache cependant pas qu’il manque de femmes et de minorités visibles dans ce secteur.

« Je ne veux pas être reconnue comme la première présidente, mais comme une bonne présidente », dit d’emblée Mary Robinson, 51 ans, en entrevue avec La Terre. Cette femme d’affaires n’en est pas à son premier poste de direction. Elle a été auparavant présidente de la Fédération de l’agriculture de l’Île-du-Prince-Édouard, où elle cultive avec sa famille 80 hectares, en plus de codiriger une entreprise d’emballage de la pomme de terre et un commerce de vente de chaux, notamment.

Travaillant sur la terre cultivée depuis 1810 par ses ancêtres, elle dit avoir toujours été encouragée à faire sa place. « Ma famille, mon père, ma mère, étaient des gens très impliqués; je n’ai pas grandi en me faisant dire que je ne réussirais pas. Au contraire! […] Et quand j’ai commencé dans l’agriculture, on m’a avisé qu’il y aurait dans les réunions une à deux femmes parmi 100 hommes. Rien pour me faire arrêter », mentionne-t-elle.

Du respect

La mentalité agricole change, peut-être pas aussi rapidement que le souhaiterait Mme Robinson, mais il y a du changement, assure-t-elle. Il existe encore quelques groupes d’agriculteurs plus à l’ancienne qui, sans le dire ouvertement, préfèrent garder les femmes à l’écart, mais avec le temps ces vieilles mentalités disparaîtront, analyse la présidente.

Déjà en 10 ans, elle a vu du changement. Mary Robinson se souvient avoir participé à une présentation importante où elle devait parler au micro la dernière, après des hommes. Lorsqu’est venu son tour, l’animateur a lancé une remarque sexiste, disant « voici notre dessert ». Mme Robinson l’a interpellé par la suite pour lui signifier que sa remarque était inappropriée. Elle dit que ce genre de situation aurait moins de chance de se répéter aujourd’hui.

Le conseil d’administration de la FCA compte seulement quatre femmes sur une vingtaine de personnes, déplore-t-elle, un ratio inégal qui ne se change pas en un claquement de doigts. « D’un point de vue national, on ne peut pas simplement dire : « On a besoin de femme et on doit prendre des femmes! » La solution doit provenir des racines; c’est important que toutes les fédérations provinciales et les petits chapitres trouvent les bonnes personnes. C’est la première priorité et la seconde, c’est qu’ils réussissent à accroître la diversité. La diversité fait des organisations plus fortes », assure la présidente.

Selon elle, les hommes ont aussi un rôle à jouer pour stimuler l’implication des femmes. Ils doivent dire qu’elles sont crédibles et les encourager à se lever. Pour leur part, les femmes ne doivent pas hésiter à prendre leur place. Parfois, cela nécessite d’en faire un peu plus pour gagner la confiance et le respect. Elle donne son propre exemple à la ferme, où elle conduit à l’occasion les camions lourds pour transporter ou épandre la chaux.