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La Financière « suspend » le programme Agri-Québec

Virage majeur dans la gestion des risques. La Financière agricole du Québec (FADQ) met sur la glace son programme Agri-Québec « pour l’année de participation 2014 ».

La suspension du programme vise uniquement les productions qui sont couvertes par l’assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA). Cette mesure touche 12 000 entreprises dans tous les secteurs visés par l’ASRA, notamment le secteur bovin, porcin, les grandes cultures, la pomme, la pomme de terre et l’agneau.

Les producteurs ont reçu, ou devraient recevoir par courrier au cours des prochains jours, une lettre de la FADQ confirmant la décision prise par son conseil d’administration le 20 juin.

Concrètement, la contribution du gouvernement du Québec est suspendue pour l’année en cours, et cela signifie que la Financière ne versera aucune contribution pour les ventes nettes ajustées (VNA).

Pas l’unanimité

Il y a fort à parier que la suspension d’Agri-Québec – un programme d’autogestion des risques permettant aux entreprises participantes de déposer annuellement un montant dans un compte à leur nom et de recevoir, en contrepartie, un montant équivalent de la FADQ – ne fera pas l’unanimité dans le monde agricole.

Déjà, les producteurs de grains s’attendent à perdre 30 millions de revenus par année en raison de la décision de la Financière de ne plus offrir le programme aux producteurs couverts par l’ASRA.

« Nous sommes extrêmement choqués par cette décision », a d’ailleurs commenté le vice-président de la Fédération des producteurs de cultures commerciales du Québec, William Van Tassel.

Il se disait en outre animé par un sentiment de colère après avoir appris que l’Union des producteurs agricoles (UPA) avait donné son aval à ces changements.

Questionné à ce sujet, le président général de l’Union, Marcel Groleau, ne s’est pas défilé. « C’est vrai que nous avons donné notre accord, a-t-il confirmé en entrevue à la Terre, mais il manque des explications. On aurait aimé que la Financière prenne le temps d’écrire dans la lettre que nous, à l’UPA, avons mis des conditions et des règles liées à la suspension du programme Agri-Québec. »

« Ce que l’on veut, ultimement, c’est une véritable bonification du Programme d’assurance stabilisation des revenus agricoles [ASRA]. »

Cette bonification de l’ASRA pourrait représenter des déboursés de 40 à 60 millions de plus annuellement par la Financière, selon ses estimations, soit sensiblement le même montant versé en vertu du programme Agri-Québec.

Prudence et transparence

Marcel Groleau se dit par ailleurs conscient que de tels changements – sans parler de ceux qui restent à venir – peuvent susciter de l’inquiétude dans le monde agricole. Il rappelle à ce propos que l’UPA est dans l’action et qu’elle participe activement aux travaux du comité de révision des programmes de sécurité du revenu mis en place.

Il invite en outre les producteurs et les groupes de production à resserrer les rangs, tandis que les travaux se poursuivent. « Je sais que des groupes cherchent à maintenir la pression sur l’UPA et je comprends leur démarche, soulève-t-il. Mais il ne faudrait pas miner la crédibilité de notre organisation en s’étalant sur la place publique. »

Il tient ainsi à s’assurer que son message soit reçu 10 sur 10 de la part des producteurs. « J’ai décidé de travailler de façon transparente et j’ai pris les devants pour trouver des solutions afin d’améliorer le sort des producteurs, dit-il. Mais je veux aussi être clair sur un point en particulier : il n’est pas question, dans notre proposition, de réduire la couverture de l’ASRA. Nous voulons et nous tenons à une bonification du régime, autrement ça ne tient plus et ça remet tout en cause. »

Il ne veut pas parler d’une réforme de l’assurance stabilisation, mais plutôt d’une « évolution » de l’ASRA.

Le monde agricole devrait en prendre connaissance dans une nouvelle version d’ici quelques mois.