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Le secteur du bœuf est celui qui bénéficiera le plus de la fin du COOL. Crédit photo : Archives/TCN

Le secteur du bœuf est celui qui bénéficiera le plus de la fin du COOL. Crédit photo : Archives/TCN

Fin de l’étiquetage obligatoire de l’origine de la viande aux É.-U.

C’est la fin d’une saga qui a débuté en 2008. Le Congrès américain vient de voter pour la fin de l’étiquetage obligatoire de l’origine de la viande, connu sous l’acronyme anglais de COOL. Cela devrait accroître la demande pour le bétail canadien puisque les abattoirs américains n’auront plus besoin de séparer les lots provenant du Canada du reste de leur production.

« C’est une excellente nouvelle, enfin! » lance avec un soupir de soulagement André Roy, directeur de la mise en marché du bouvillon d’abattage à la Fédération des producteurs de bovins du Québec. En effet, on ne se le cachera pas, ce sont les éleveurs canadiens qui assumaient les coûts reliés à la ségrégation des bovins canadiens dans les abattoirs américains. « Cette ségrégation créait des problèmes de logistique puisque nos éleveurs devaient livrer leurs bêtes selon des périodes très restreintes qui ne correspondaient pas toujours avec la disponibilité des transporteurs », a confié M. Roy à la Terre quelques minutes après le vote décisif.

Les producteurs de bovins québécois ne devraient cependant pas s’attendre à une hausse instantanée des prix. « Le problème, c’est qu’une bataille qui dure longtemps, comme celle du COOL, ça laisse des traces. Les acheteurs américains ont pris de nouvelles habitudes. Cependant, l’attrait pour le bœuf canadien risque de revenir, ce qui sera bénéfique pour nous », indique M. Roy. De fait, le géant JBS pourrait, avec la fin du COOL, augmenter ses volumes d’achat au Québec et ainsi accroître la compétition entre les acheteurs.

« La clé, ça va être de voir si les entreprises américaines ouvrent leurs approvisionnements », estime Jean-Philippe Gervais, économiste en chef chez Financement agricole Canada, faisant valoir que la fin du COOL va lever des contraintes. Certains abattoirs, par exemple, prenaient des animaux canadiens une seule journée par semaine. Il ne sera plus nécessaire de limiter ainsi les arrivages.

Sept ans de démarches

Le législateur américain n’a pas lâché le morceau facilement. Il aura fallu sept années de démarches devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour que le Canada et le Mexique obtiennent gain de cause et acquièrent le droit d’imposer des mesures de rétorsion de plus de 1 G$ sur divers produits américains.

Les élus du Congrès ont donc voté, le 18 décembre, la fin de l’obligation d’étiquetage pour les emballeurs de viande dans le cadre d’un projet de loi omnibus de plus de 2 000 pages et de 1,1 billion (million de millions) de dollars. La loi est passée facilement. Il faut dire que la fin du COOL n’était qu’un petit aspect de cette pièce législative d’envergure.

Les agriculteurs américains profiteront néanmoins de ce vaste projet de loi qui donne plusieurs avantages fiscaux aux entreprises et modifie la politique agricole (Farm Bill) de façon à supprimer le plafond de 125 000 $ par agriculteur pour les paiements de certains soutiens directs.

Impacts sur le porc

Pour le porc du Québec, les impacts seront plus limités puisque la convention de mise en marché prévoit que les abattoirs du Québec ont priorité pour l’achat de la production. La truie de réforme pourrait cependant bénéficier du nouveau contexte. « Dans certaines circonstances, il y a un intérêt à vendre des porcs aux États-Unis pour dégager le marché », précise Jean Larose, directeur général des Éleveurs de porcs du Québec, en parlant de situations comme les bris ou les conflits de travail dans les abattoirs.

L’autre point positif concerne les porcelets, qui ne font pas l’objet de mise en marché collective et qui sont parfois en surplus sur le marché québécois.

Cela pourrait faire une différence plus grande en Ontario, qui est aux prises avec une sous-capacité d’abattage et qui pourrait exporter plus de porcs. Il est possible que cette situation complique indirectement la situation des transformateurs québécois qui s’approvisionnent en Ontario en ce moment.

 

En collaboration avec Martin Ménard