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Développement de l’agriculture : en attente d’un signal clair de l’État

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Tel que publié dans La Terre de chez nous

LA CROCHE — Fernand Pelletier, Christel Schönau et leur fils Richard mènent une vie paisible dans le pittoresque village de La Croche, en Haute-Mauricie.

Éleveurs de bovins de boucherie, ils ont dû surmonter leur part d’épreuves au fil des ans, que ce soient les inondations de 1998, la crise de la vache folle en 2003 ou la sécheresse en 2010. Malgré toutes les embûches, cette famille croit toujours à la production de bœuf. Elle aimerait maintenant que l’État y croie tout autant.

Originaire de La Tuque, Fernand Pelletier est devenu éleveur de bovins de boucherie « en mariant la fille du producteur », dit-il en souriant. Avec sa douce, Christel Schönau, il s’occupe d’un impressionnant cheptel de 140 vaches de race Simmental.

Au début des années 1990, le couple prend la relève de Gérard Schönau à la tête de la ferme familiale. L’entreprise se spécialise alors dans la production laitière, mais possède néanmoins quelques vaches de boucherie. Fernand et Christel, que son mari appelle affectueusement « la patronne », décident de consacrer leurs énergies à l’élevage de bovins de boucherie. De 25 têtes en 1991, la ferme est passée à 140 vaches Simmental aujourd’hui, pour 300 bêtes au total. Elle cultive 242 hectares (600 acres) en fourrage et petites céréales.

Depuis leurs débuts dans l’élevage, les deux producteurs sont demeurés fidèles à la race Simmental pour une question de performance. « C’est une vache très maternelle, une bonne laitière, facile d’entretien », explique M. Pelletier.

Chaque année, la Ferme Christel met en marché une centaine de veaux : certains sont vendus comme animaux de remplacement et d’autres, comme veaux d’embouche. De plus, pour maximiser ses performances, l’entreprise participe à la version supervisée du Programme d’analyse des troupeaux de bovins de boucherie du Québec (PATBQ). « En production bovine, il faut que tu sois performant. Nous avons commencé au bas de l’échelle il y a plus de 25 ans, mais nous avons toujours été à l’affût de tout pour nous améliorer », confie M. Pelletier.

Sans négliger les régions

Le couple observe une méconnaissance de la réalité des producteurs agricoles dans les régions éloignées comme la Haute-Mauricie. « Nous ne sommes pas une région agricole, mais nous faisons partie du paysage. Il n’y a pas juste des épinettes, ici », insiste Mme Schönau.

« Les petites productions sous assurance stabilisation des revenus agricoles [ASRA], comme le bovin et l’agneau, se trouvent dans les régions éloignées. Ces productions sont importantes pour ce qui est de l’occupation du territoire. Dans certains coins, elles vont garder la petite école ou le bureau de poste ouvert. Elles ont un apport économique important, et elles ont besoin d’être soutenues », fait valoir M. Pelletier.

Ce dernier cite l’exemple de l’Europe, qui reconnaît et soutient le rôle de l’agriculture dans le maintien du paysage et la conservation du patrimoine rural. « Faut pas se le cacher, le resserrement à l’ASRA a fait mal. En production bovine, le nombre de producteurs a chuté de 30 %. Et chaque fois qu’on perd une ferme, elle ne revient pas », déplore-t-il.

Si la Haute-Mauricie n’est pas reconnue pour ses plaines fertiles, l’accès à la terre pour les agriculteurs de « ce bout du monde » ne coule pas de source. En effet, ils doivent négocier avec la concurrence des gens de la ville, à la recherche d’un petit paradis de villégiature. Mme Schönau regrette « cette méconnaissance de notre réalité ».

« Avec toute l’abondance sur leur table, les gens ne sont pas conscients de l’importance de l’agriculture. Mais un pays qui n’est pas capable de se nourrir, c’est un pays du tiers-monde », plaide-t-elle.

De la quinzaine de producteurs des années 1980, le village de La Croche n’en recense plus que trois. La baisse de la démographie agricole entraîne une perte de superficies en culture, des terres qui furent durement arrachées à la forêt.

Le quotidien des éleveurs des régions éloignées exige de la débrouillardise. En effet, les visites du réparateur de tracteurs et du vétérinaire se font de plus en plus rares, au fur et à mesure que le tissu agricole s’effrite. Les producteurs doivent ainsi investir davantage en machinerie et équipements que leurs confrères situés près des grands centres. « Dans la région, des coopératives d’utilisation de machinerie agricole, oubliez ça », illustre Mme Schönau.

Avec les frais de transport et la saison de végétation écourtée, les coûts de production des fermes des régions éloignées s’avèrent souvent proportionnels à leur distance du noyau urbain.

Double tâche

Pour bien vivre en agriculture, « ne pas seulement survivre », Fernand Pelletier travaille à temps plein à l’extérieur, tout comme sa femme. « C’est un choix familial que nous avons fait. Les salaires extérieurs permettent de développer la ferme », explique-t-il. Une croissance qui vise à préparer le terrain pour la relève. « Tu passes une vie à monter un troupeau. Tu ne peux pas tout balayer du revers de la main, poursuit-il. Il faut une continuité. »

Sa femme et lui consacrent ainsi leurs soirées, leurs fins de semaine et leurs vacances à la ferme. « Nous avons à cœur de développer notre entreprise pour transférer quelque chose de potable », assure l’éleveur. Le projet consiste à construire une étable froide avec allée centrale d’alimentation pour faciliter l’organisation du travail et limiter les pertes alimentaires. « Si nous investissons, c’est pour notre fils Richard », précise la fière maman.

Diplômé en production bovine de l’École d’agriculture de Nicolet, Richard œuvre à temps plein sur la ferme et prend part à toutes les décisions. Malgré un solide plan d’affaires appuyé par des spécialistes du secteur bovin, leur projet a été refusé en hautes instances parce qu’il « ne rentre pas dans les paramètres traditionnels », révèle Fernand Pelletier.

« En production bovine, le discours doit changer. Il faut arrêter de dire qu’il ne faut pas investir. Il y a de belles réussites dans le bœuf. Les producteurs prennent des risques tous les jours. Va falloir que le gouvernement et La Financière agricole du Québec prennent aussi des risques et fassent preuve de plus d’ouverture d’esprit. Il faut que La Financière revienne à sa mission première de développer et soutenir l’agriculture », insiste M. Pelletier.

À son avis, l’occasion devrait se présenter sous peu. « En production bovine, les filières de veaux d’embouche et de bouvillons, ainsi que le Comité conjoint des races de boucherie, sont à terminer un plan stratégique de développement. Nous espérons que le gouvernement va suivre », conclut-il.

Ce qu’ils ont dit

« Si nous voulons développer notre production, nous devons investir, et le gouvernement aussi. »

« Dans les régions très éloignées, c’est très important d’occuper le territoire. »

« Il faut prendre conscience que les générations précédentes ont fait des sacrifices majeurs pour que l’on puisse s’établir. Avec la valeur des entreprises agricoles aujourd’hui, il va falloir penser à notre relève et trouver des façons d’aider nos jeunes à démarrer en agriculture. »

« Produire en régions, ça demande de la débrouillardise et de l’organisation. »

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