Actualités 19 août 2022

Pénurie d’orge brassicole québécoise

L’approvisionnement en orge brassicole québécoise est un réel enjeu et l’industrie se mobilise pour y trouver des solutions.

Marie-Eve Myrand
Marie-Eve Myrand

Marie-Eve Myrand, directrice générale de l’Association des microbrasseries du Québec (AMBQ), n’hésite pas à parler de pénurie. « La demande augmente, tandis que la production diminue constamment. Encore cette année, on observe une diminution de l’orge semée au champ. »

Des données tirées du Portrait diagnostic de l’industrie des grains au Québec, publié par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) en 2020, révèle en effet que la production d’orge a diminué de 30 % entre 2013 et 2018. Durant cette période, la superficie en culture est passée de 80 980 à 53 260 hectares, pour un volume récolté de 239 400 à 166 900 tonnes.

La plus grande partie de cette orge est destinée à l’alimentation humaine. Selon tous les intervenants interrogés, il est difficile de savoir combien d’orge brassicole est semée, mais de la quantité récoltée, seuls 50 % des lots réussissent à se qualifier, selon des critères tels que l’humidité du grain, sa taille et son taux de germination, estime Jean Goulet, vice-président à la recherche chez Semican.

Ainsi, selon les statistiques du MAPAQ, 25 000 tonnes d’orge ont été produites en 2018 pour les malteries, tandis que l’industrie en aurait pris 105 000 tonnes. Cette année-là, les Producteurs de grains du Québec dénombraient 140 producteurs d’orge brassicole. En 2021, ils n’étaient plus que 50.

La culture de l’orge brassicole est réputée difficile. « Pour que l’orge soit classée brassicole, il y a des barèmes à respecter sur le plan des toxines, du taux de protéines et du taux de germination. Si l’orge a prégermé au champ, ce qui arrive parfois quand il pleut juste avant la récolte, il ne pourra pas germer au moment du maltage, donc il sera déclassé », explique Alexandre Perreault de la Ferme du Tarieu, qui produit entre 30 et 50 tonnes d’orge brassicole par an.

Afin de remédier à cette situation selon laquelle la demande dépasse de beaucoup l’offre disponible, plusieurs solutions ont été imaginées par la Filière brassicole. « On travaille à créer une trousse à outils pour les agriculteurs qui veulent semer de l’orge avec des conseils pour la culture et l’entreposage, afin d’éviter le déclassement des grains », révèle Marie-Eve Myrand. Le document devrait être accessible en septembre prochain.

Mise en place d’une prime

 Jean Goulet
Jean Goulet

Pour créer un incitatif pour les producteurs, une prime sera mise en place dès cette année. « Les micromalteries sont prêtes à payer plus pour avoir de l’orge québécoise, donc les prix seront ajustés », dit Mme Myrand.

De nouvelles variétés d’orge adaptées à notre climat humide arriveront par ailleurs bientôt sur le marché. « On travaille à créer de nouvelles variétés intéressantes du point de vue brassicole et plus performantes agronomiquement », annonce Jean Goulet, de Semican. 

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Ce texte est issu du dossier sur la filière brassicole, paru dans La Terre de chez nous du 17 août.