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Selon des analyses récentes effectuées en Amérique du Nord, près de la moitié des échantillons d’aliments de bétail contenait plus d’une mycotoxine, une substance toxique produite par des champignons. Photo : Martin Ménard/Archives TCN

Selon des analyses récentes effectuées en Amérique du Nord, près de la moitié des échantillons d’aliments de bétail contenait plus d’une mycotoxine, une substance toxique produite par des champignons. Photo : Martin Ménard/Archives TCN

Les mycotoxines dans l’alimentation des bovins laitiers

Les mycotoxines sont des composés organiques complexes et toxiques produits par des moisissures. Elles sont considérées comme un facteur de risque majeur pour les animaux et les humains. Selon l’évaluation de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 25 % des produits agricoles sont contaminés par des mycotoxines.

La contamination peut avoir lieu au champ, avant la récolte ou lors de l’entreposage des aliments. Bien que certaines mesures de prévention puissent être prises pour en réduire la fréquence, il est très difficile de prévenir la contamination des aliments, en particulier lorsque les conditions climatiques sont favorables au développement des moisissures dans les cultures. La présence de mycotoxines dans les aliments des bêtes d’élevage représente une problématique majeure dans toutes les productions animales.

Système immunitaire

Chez les vaches, les mycotoxines ont pour effet de diminuer l’efficacité immunitaire, entraînant une sensibilité accrue aux infections et aux maladies, des problèmes de reproduction et une réduction des performances zootechniques.

Les symptômes de mycotoxicoses, soit les intoxications par ce champignon microscopique, sont variés et peu spécifiques. Ils peuvent prendre la forme de troubles digestifs, d’une immunosuppression, c’est-à-dire une atténuation ou une abolition des réactions immunitaires. Une baisse de prise alimentaire, du gain de poids et de la production laitière peut aussi être constatée. Des problèmes de reproduction, tels que la mortalité embryonnaire, l’avortement fréquent, le retour aux chaleurs même si la femelle est gestante, sont également possibles.

Les pertes de productivité qu’engendrent les mycotoxicoses ont un impact économique majeur. Il est cependant ardu d’en chiffrer l’importance, car il est difficile de les diagnostiquer sur la simple base des symptômes.

Tolérance

Dans les climats tempérés comme celui du Québec, les mycotoxines les plus préoccupantes sont le désoxynivalénol (DON), aussi appelé vomitoxine, et ses dérivés (3-acétyl-DON et 15-acétyl-DON), l’acide fusarique, le nivalénol, les toxines T-2 et HT-2, la zéaralénone (ZON) et ses métabolites a et b-zéaralénol, les fumonisines (surtout fumonisine B1), les ochratoxines (surtout ochratoxine A), le diacétoxyscirpénol et l’ergot.

Les ruminants tolèrent certaines mycotoxines parce que les populations microbiennes du rumen les dégradent partiellement. Par contre, cette dégradation peut être réduite lorsque l’activité du rumen est défaillante, que l’animal est en mauvaise santé, que le temps de séjour des aliments dans le rumen est court ou lorsque la population microbienne du rumen est trop faible.

De plus, la bioconversion de certaines mycotoxines dans le tube digestif peut parfois en augmenter leur toxicité. C’est le cas de la ZON qui est transformée à 90 % en a-zéaralénol, un métabolite 10 fois plus toxique que la ZON.

Lorsque la ration est contaminée, il est possible que les mycotoxines se retrouvent dans les produits animaux, soit le lait et la viande puisqu’elles ne sont pas complètement dégradées. De ce fait, elles peuvent constituer un danger sanitaire pour les humains consommateurs. Finalement, selon des analyses récentes effectuées en Amérique du Nord, 48 % des échantillons d’aliments de bétail contenaient plus d’une mycotoxine. Cela implique de possibles synergies entre les mycotoxines présentes dans les aliments, ce qui exacerbe les effets associés à une seule. 

Dr. Younes Chorfi, Médecin vétérinaire et professeur à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal