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Même en date du 15 novembre, il y avait quand même une bonne population de vers de terre active sous cette abondante culture de couverture de seigle qui a succédé à une culture de blé de printemps. Photo : Gracieuseté de Gérald Villeneuve

Même en date du 15 novembre, il y avait quand même une bonne population de vers de terre active sous cette abondante culture de couverture de seigle qui a succédé à une culture de blé de printemps. Photo : Gracieuseté de Gérald Villeneuve

Le ver de terre et le laboureur (2e partie)

Durant quatre saisons de culture, nous avons mesuré les populations de vers de terre sur un total de 72 champs avec une moyenne de 25 prélèvements de comptage par champ. Les régies culturales variaient selon le type de rotation/culture, le recours ou non à des cultures de couverture ainsi que le type de travail de sol. La totalité des entreprises étudiées était en production conventionnelle et nous nous sommes limités à des rotations sans cultures pérennes. 

A priori, nous nous attendions à une gradation de population selon le type de travail de sol (c’est-à-dire, en ordre décroissant, semis direct, travail réduit ou labour). Nous avons bien observé d’importantes variations, mais le point commun des sites avec les plus grandes populations de vers de terre était la présence de la culture de petites céréales dans la rotation (en semis direct ou en travail réduit). Les sites qui avaient recours à des cultures de couverture après les céréales se retrouvaient parmi les meilleurs dans le peloton de tête. La culture de petites céréales permet généralement de faire un travail de sol en condition de sol sec et ne perturbe pas les vers de terre qui sont encore en estivation. De plus, le chaume et la paille des céréales fournissent un excellent substrat pour la nourriture des vers de terre et celle-ci est disponible durant la période d’activité automnale (alors que le chaume et la paille de soya ou de maïs n’arriveront que plus tard et parfois même lorsque les vers seront en hivernation). En ce qui concerne l’effet propulseur des cultures de couverture, des publications rapportent un effet bénéfique sur le taux de reproduction des vers de terre stimulé par l’abondance de nourriture facilement dégradable et le réseau de transport créé par le système racinaire des cultures de couverture en dégradation.

Parmi les situations où les rotations n’incluaient pas de petites céréales, nous ne sommes pas arrivés à observer une gradation de population de vers de terre selon l’intensité du travail de sol. Dans un cas extrême où le maïs était cultivé en continu avec labour, nous avons trouvé d’aussi bonnes populations de vers de terre que pour des rotations maïs-soya en travail réduit (chisel) ou même en semis direct. Après validation avec l’exploitant, la charrue était toujours passée très tard à l’automne, et nous pouvons en déduire que les vers de terre se trouvaient donc déjà en hivernation, ce qui limite la mortalité des vers par déchiquetage ou exposition aux prédateurs (goélands et autres).

Autres facteurs à surveiller

D’autres facteurs peuvent affecter les populations de vers de terre. Par manque d’oxygène et par la difficulté d’y établir des galeries, les argiles compactées peuvent être presque complètement dépourvues de vers. D’autre part, bien que les herbicides présentent généralement peu de toxicité pour les invertébrés, il peut en être autrement avec des insecticides (incluant les traitements de semence) ou des fongicides. Dans ce cas, l’effet peut être direct ou indirect. Ainsi l’application d’un fongicide affectera les populations de champignons (pathogènes, mais aussi ceux qui décomposent les résidus). Comme les vers de terre consomment des champignons, cela affectera leurs sources d’alimentation. Enfin, la dose toxique de certains métaux comme le cuivre est beaucoup plus faible pour les invertébrés que pour les vertébrés.

L’inclusion d’une culture de petites céréales idéalement suivie d’une culture de couverture est donc le facteur ­principal pour favoriser des populations de vers de terre élevées et ainsi une ­meilleure santé du sol. En ce qui concerne le travail de sol, il vaut mieux favoriser une période où les vers sont en estivation ou en hivernation. Enfin, ceux qui envisagent de passer au semis direct devront s’assurer que leurs ­populations de vers de terre se trouvent dans le haut de la moyenne, car ces vers deviendront leurs uniques laboureurs. Il faut apprendre à déléguer!

Nombre de vers par pelletée

Dans une pelletée de terre de 17 cm x 17 cm x 17 cm, on devrait trouver idéalement de 6 à 15 vers de terre (de 2 à 3 g de biomasse humide). Il devrait y avoir moins de 25 % d’Allolobophora chlorotica et le ratio de vers immatures par rapport au nombre de vers total devrait être plus grand que 0,3 pour assurer une relève constante. Une prise de données devrait être faite minimalement à chaque hectare cultivé.

Gérald Villeneuve, agr., conseiller en agroenvironnement à AGEO-Club


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