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La saison estivale de l’an dernier a été plus longue, ce qui a été profitable à un acarien, le Varroa destructor, présent au Québec depuis une trentaine d’années. Photo : Shutterstock

La saison estivale de l’an dernier a été plus longue, ce qui a été profitable à un acarien, le Varroa destructor, présent au Québec depuis une trentaine d’années. Photo : Shutterstock

Où sont passées les abeilles? (1re partie )

Après la forte pénurie de main-d’œuvre qui frappe toujours de nombreux secteurs au Québec, incluant le milieu agroalimentaire, nous voici confrontés à un autre manque criant : le déficit d’abeilles. 

Cette pénurie risque fortement de pénaliser, entre autres, la production de petits fruits québécois, laquelle dépend de ces pollinisateurs qui sont en bien petite quantité pour tout le travail à accomplir. Habituellement, les apiculteurs perdent en moyenne de 20 à 30 % de ces précieux pollinisateurs à la fin de l’hiver. Au printemps dernier, ils ont été confrontés à près du triple de mortalité d’abeilles, soit de 50 à 65 %. Mais comment explique-t-on ce déclin des colonies d’abeilles?

Plusieurs facteurs sont montrés du doigt pour élucider cette décimation. Le réchauffement climatique en fait partie. Par exemple, la saison estivale de l’an dernier a été plus longue, ce qui a été profitable à un acarien, le Varroa destructor, présent au Québec depuis une trentaine d’années. Puisque celui-ci se reproduit à une vitesse record, il y en a eu davantage. Le transport de cet acarien du champ vers les ruches a été facilité par les abeilles, avec comme conséquence une diminution du contrôle de cette population parasitaire à l’automne. En raison de la promiscuité de ces deux espèces durant tout l’hiver, moins d’abeilles ont survécu au printemps suivant.

La monoculture est également montrée du doigt. Elle contribue à une malnutrition des abeilles en limitant la diversité de sources de nectar et de pollen.

Néonicotinoïdes

Peut-on également associer la présence des insecticides comme les néonicotinoïdes à cette cause? En 2015, une chercheuse du Centre de recherche en horticulture de l’Université Laval, Valérie Fournier, faisait le constat suivant dans un reportage de La semaine verte : « Les abeilles s’intoxiquent au printemps, moment où on met en terre les grains de maïs. Les poussières du sol chargées de néonicotinoïdes se déposent sur les pissenlits. »

Au Québec, des mesures ont été mises en place depuis 2019 pour limiter l’usage de néonicotinoïdes. Depuis ce temps, une justification et une prescription d’un agronome sont nécessaires pour appliquer certains pesticides. En effet, quoique l’usage des pesticides ne soit pas l’unique responsable du déclin des abeilles, l’élimination de certains d’entre eux pourrait favoriser leur retour. Toutefois, l’investissement en recherche demeure essentiel puisqu’il faudrait également proposer aux producteurs agricoles une solution de rechange lors du retrait de pesticides, la concurrence exigeant qu’ils soient toujours plus productifs.

Tout le monde s’entend pour dire que plus il y a du pollen, meilleure est la production, mais comment faire pour arrêter le déclin de ces précieux pollinisateurs, victimes d’un ensemble de facteurs défavorables à leur survie? Des pistes de solution existent… Ce sera l’objet d’une deuxième partie. 

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Monique Lambert, Ph. D.
Chef scientifique en pédagogie à l’Institut de technologie agroalimentaire du Québec