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Jean-Philippe Fortin et Laurie-Anne Généreux de la Ferme Les bouchées doubles, avec un jeune veau qui vient tout juste d’arriver à la ferme. Photos : Claude Fortin

Jean-Philippe Fortin et Laurie-Anne Généreux de la Ferme Les bouchées doubles, avec un jeune veau qui vient tout juste d’arriver à la ferme. Photos : Claude Fortin

Une ferme aux allures du passé

SAINT-CYPRIEN-DE-NAPIERVILLE – « Adieu veaux, vaches, cochons », écrivait Jean de la Fontaine dans La laitière et le pot au lait. À la Ferme Les bouchées doubles, oubliez cette idée. Ici, on leur dit bienvenue. Le couple de ­Laurie-Anne Généreux et Jean-Philippe Fortin élève non seulement des veaux, des vaches et des cochons, mais des poulets et des dindes s’ajoutent à la ménagerie. La Terre vous propose une brève incursion à l’intérieur d’une toute petite ferme aux grandes ambitions.

Nom de la ferme
Les bouchées doubles

Spécialité
Production animale

Année de fondation
2020

Noms des propriétaires
Laurie-Anne Généreux et
Jean-Philippe Fortin

Nombre de générations
1

Superficie en culture
19 hectares

Cheptel
25 taures, 24 veaux, 3 vaches, 300 poulets, 30 dindes et 50 porcs

Lorsqu’on se tient debout au centre du terrain de 0,25 hectares de la Ferme Les bouchées doubles, on retrouve tout autour, la maison familiale, l’enclos des porcelets, celui des veaux et ensuite des vaches, le poulailler et les bâtiments, petits, qui abritent le bétail lorsque c’est nécessaire.

Si ce n’était du nombre d’animaux en élevage, on se croirait dans une de ces fermes de subsistance, si nombreuses au Québec il n’y a pas si longtemps. Il suffit de quelques mots échangés avec Laurie-Anne Généreux pour constater que l’image que la ferme inspire se rapproche passablement de l’esprit du couple au moment de se lancer dans leur aventure agricole.

« C’est parti d’un désir d’autosuffisance », raconte la productrice qui, comme son conjoint, ne provient pas d’une famille d’agriculteurs. « Ça a commencé avec des poules pondeuses, après ça avec de l’agneau, du veau… On voulait consommer moins de ce qui venait de l’épicerie, dont on ne savait rien de la qualité et de la méthode de production », explique la jeune femme d’un ton convaincu.

L’initiative du couple a rapidement fait le tour du village, se rappelle Laurie-Anne. « À un moment donné, on a commencé à avoir de la demande de gens de l’extérieur qui disaient : « Hey! C’est le fun ce que vous faites comme projet! Moi, ça m’intéresse d’acheter de la viande produite de manière éthique [sans hormone, ni antibiotique] comme ça. Est-ce que vous en vendez? »

La Ferme Les bouchées doubles produira 50 porcs cette année. C’est 44 de plus que l’an dernier.

La Ferme Les bouchées doubles produira 50 porcs cette année. C’est 44 de plus que l’an dernier.

La réponse était non, mais le oui n’a pas tardé à s’imposer aux deux entrepreneurs qui découvraient le potentiel commercial de leur activité, un peu par hasard. « Ça fait qu’on est allés chercher des permis au MAPAQ [ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation] pour vendre de la viande à la ferme puis, de fil en aiguille, on a commencé à avoir une clientèle de bouche à oreille. Au début, c’était un petit cercle, des gens du village, des connaissances, des clients de Jean-Philippe, qui produisait déjà du foin sec », explique la productrice qui constate la croissance de la demande pour ses produits. « La première année qu’on a fait du porc, on en a fait six », raconte-t-elle. « Y a eu tellement de demande que cette année, on en fait 50 », soutient la jeune femme qui remarque la même tendance pour son veau, élevé au lait entier. « Au début, on faisait peut-être, deux veaux par année.Là on a de la demande pour en faire entre 12 et 24 », estime celle qui ajoute 300 poulets et 30 dindes, produits hors quota, à son offre aux consommateurs.

La prochaine étape consiste à gagner en autonomie, soutient Laurie-Anne Généreux, qui peut déjà compter sur un petit cheptel d’une vingtaine de taures et de trois vaches laitières, une Suisse brune, une Jersey et une Canadienne, sauvées de la réforme. « On est en train de se monter un troupeau avec nos taures. On les prend jeunes, on les élève pour les faire inséminer pour éventuellement faire du vache-veau, ce qui va faire en sorte que les veaux vont avoir un peu moins d’interactions avec les humains. Ça va être ce qui se rapproche le plus du naturel puisqu’il va être élevé avec la mère », explique Mme Généreux qui souhaite, dans un avenir rapproché, élever ses animaux de la naissance à l’abattoir afin de maîtriser l’histoire complète de la viande que sa ferme met en marché.

L’idée d’être « proches de la nature » anime les deux jeunes producteurs.

L’idée d’être « proches de la nature » anime les deux jeunes producteurs.

Proches de la nature

Cette idée d’être « proches de la nature », c’est un peu ce qui anime les deux jeunes producteurs. Le mode de production retenu aux Bouchées doubles prévoit que les animaux restent à l’extérieur, dans une sorte de semi-liberté, la plupart du temps. « Mis à part les veaux, quand on les démarre, il y a une partie pouponnière, mais dès qu’ils sont sevrés, on les sort à l’extérieur », précise Mme Généreux.

Pour elle, la liberté dont profite ses animaux et le fait, aussi, que les veaux ne sont pas retirés à la mère au début de leur vie, se répercute sur le rendement du bétail. « On a vraiment constaté un impact sur la santé générale du veau, sur le gain de poids, puis pour la vache, ça semble aussi influencer la quantité de lait qu’elle produit. On a eu une vache qui nous a été vendue comme faisant 18 kilos par jour. Une fois ici, avec la méthode d’élevage qu’on favorise, elle en faisait 40 kilos par jour », raconte la productrice.

Vendre de la viande pour vendre de la viande? Non merci, soutient le couple. Avec les 19 hectares de culture de foin sec à partir d’un champ loué, le choix de Laurie-Anne Généreux et de Jean-Philippe Fortin leur impose cinq régies distinctes. « On ne voulait pas se spécialiser dans une seule production parce que souvent, c’est là [que ça peut se compliquer]. Les gros volumes, ce n’est pas notre façon de faire. On voulait de petites productions, avoir un éventail diversifié à offrir aux clients », explique Laurie-Anne Généreux, plutôt fière à l’idée que ses clients savent d’où provient ce qu’ils mangent. « Je ne vends pas un produit, je vends une histoire. Les gens ont l’occasion de connaître la provenance de leurs aliments et comment ils arrivent dans leur assiette. »

Le bon coup de l’entreprise

Produire de la viande de qualité suppose de bien nourrir ses animaux. En plus des aliments de base distribués au bétail, Laurie-Anne Généreux et Jean-Philippe Fortin ajoutent de la drèche [un résidu de brassage de la bière] au menu offert aux porcs, aux veaux et aux vaches laitières. « C’est comme un bol de gruau chaud », illustre Laurie-Anne. « Ça augmente énormément la production laitière », soutient Jean-Philippe. « S’il y a une journée où on n’est pas encore allés chercher le bac de drèche ou qu’on passe une journée, c’est automatique, la journée même on le voit dans la production de lait », ajoute l’agricultrice. Les deux producteurs distribuent une demi-tonne de drèche par semaine à leurs animaux. Ils récupèrent le mélange de céréales fermentées des micro-brasseries de la région, qui le leur cèdent gratuitement. L’utilisation du produit serait répandue en Europe pour l’alimentation des animaux. 

Équipement utile

Lorsque La Terre demande à Jean-Philippe Fortin de dévoiler l’une des acquisitions qui lui a permis de gagner en efficacité dans ses travaux, il éclate de rire avant de répondre spontanément : « un tracteur ». Oubliez le véhicule autonome et tous ces équipements à la fine pointe de la technologie, Jean-Philippe Fortin ne jure plus désormais que par son International 1978 avec sa chargeuse et ses fourches, acheté il y a un an. « Nous on donne de la drèche comme aliment à nos animaux. Transporter ça à la chaudière, c’était long et pesant. Maintenant, avec le tracteur, on arrive, on verse, merci, bonsoir, c’est fini. » 

L’endroit ressemble aux petites fermes de subsistance qui occupaient le territoire québécois, il n’y a pas si longtemps.

L’endroit ressemble aux petites fermes de subsistance qui occupaient le territoire québécois, il n’y a pas si longtemps.

Claude Fortin, collaboration spéciale