fbpx
Benjamin Champagne, Alexandre Champagne, Denis Champagne, Diane Destrempes, Marjorie Champagne, Patricia Roberge et la chienne Betty, de la Ferme Diane et Denis Champagne de Lanoraie. Photos : Geneviève Quessy

Benjamin Champagne, Alexandre Champagne, Denis Champagne, Diane Destrempes, Marjorie Champagne, Patricia Roberge et la chienne Betty, de la Ferme Diane et Denis Champagne de Lanoraie. Photos : Geneviève Quessy

Une famille qui ne baisse jamais les bras devant les folles idées

LANORAIE – La famille Champagne cultive et transforme des grains de soya, d’épeautre, de blé, de sarrasin et de maïs pour en faire une farine moulue sur meule de pierre. Visionnaires, ils ont profité de l’engouement pour le biologique et de la pénurie de farine causée par la pandémie pour développer leur entreprise.

Fiche technique

Nom de la ferme
Ferme Diane et Denis Champagne, Folle Farine

Spécialités
Grande culture biologique et transformation

Année de fondation
1996

Noms des propriétaires
Diane Destrempes et Denis Champagne

Nombre de générations
4

Superficie en culture
680 hectares 

Diane Destrempes et Denis Champagne se rappellent très bien la date de fondation officielle de leur ferme de Lanoraie. « C’était le 29 février 1996 », se souvient Diane. Une date anniversaire qui ne revient qu’aux années bissextiles, soit aux quatre ans.

Le couple venait d’acheter la ferme familiale des Champagne, où le grand-père et le père de Denis s’étaient relayés pour cultiver les 20 hectares de terre et faire fructifier une petite production laitière. Quand ils se sont installés, la décision a été prise de vendre les vaches et le quota laitier pour se concentrer sur la production de grains.

« Au début, on a gardé nos emplois. Denis travaillait à l’usine d’Outils A. Richard et moi, comme éducatrice. Denis a commencé par prendre six mois sans solde durant l’été pour s’occuper des récoltes, puis à mesure qu’on louait des terres supplémentaires et que la superficie de cultures s’agrandissait, on s’est rendu compte que la ferme pouvait nous faire vivre », se remémore Diane.

Au tournant des années 2000, ils ont laissé leurs emplois respectifs pour s’inscrire au programme de Gestion et technologies agricoles, à Joliette, dans le but de devenir agriculteurs à temps plein.

La conciliation travail-famille est devenue plus facile pour la jeune maman dont les deux filles, Marjorie et Gabrielle, entraient à l’école primaire. « La vie de ferme me permettait plus de souplesse », dit-elle.

De 20 hectares en cultures, la ferme est passée à 1 200 hectares. Blé, épeautre, seigle et sarrasin verdoyaient dans les champs, à côté d’une production maraîchère destinée à être transformée chez Bonduelle. Des infrastructures nécessaires à son autonomie ont graduellement été construites, tels un complexe de silos, des bâtiments d’entreposage et un plan de séchage.

Denis Champagne utilise ce séchoir à grains pour faire sécher les grains biologiques cultivés à sa ferme de Lanoraie.

Denis Champagne utilise ce séchoir à grains pour faire sécher les grains biologiques cultivés à sa ferme de Lanoraie.

Puis, un jour de 2014, une grande décision a été prise. La Ferme Diane et Denis Champagne a pris le virage vers la culture biologique. Trois ans de transition plus tard, Écocert Canada leur a accordé la certification biologique. Une décision qui a eu pour effet de diminuer la superficie en cultures de moitié. De 1 200 hectares, ils sont passés à 680 hectares en cultures.

« Denis croit beaucoup à l’entraide et a su bien s’entourer de personnes généreuses de leur expérience et de leur savoir. Avec quelques autres agriculteurs qui se sont lancés dans la transition biologique au même moment, il a formé un groupe où ils échangeaient leurs trucs et leurs expériences », raconte Diane.

Cette générosité est une valeur qu’elle admire beaucoup chez son conjoint. « Quand on dit à Denis qu’on a un projet, il va tout faire pour nous aider. C’est ce qu’il a fait avec moi quand je lui ai parlé de mon idée de créer Folle Farine. Immédiatement, il a été d’accord pour acheter un petit moulin et c’est comme ça qu’on a commencé à moudre notre farine », se rappelle l’agricultrice.

Des farines de maïs, de sarrasin, de blé ou d’épeautre biologiques sont désormais moulues et vendues directement à la ferme et dans plusieurs points de vente à travers le Québec. En raison de la pandémie et de la pénurie de farine, les ventes se sont envolées. « C’est ce qui nous a permis d’acheter un moulin à farine plus performant et d’augmenter notre production », révèle Marjorie, la cadette des filles, qui a quitté son emploi d’éducatrice spécialisée pour s’impliquer à la ferme.

« J’adore ça. Chaque jour est différent et le sentiment de savoir que tous les efforts que je mets au travail reviennent à la famille et qu’un jour ce sera à moi, c’est très motivant », dit Marjorie.

Tranquillement, la relève prend sa place à la ferme. Deux des neveux, Benjamin et Alexandre, cultivent maintenant une partie des terres et mènent leur propre production de légumes, tandis que Patricia Roberge, conjointe d’Alexandre, épaule Marjorie à la gestion de Folle Farine.

« L’entraide est une valeur importante pour nous. Avec nos enfants, c’est la même chose, on va les accompagner et leur transmettre notre savoir tant qu’on peut. Et eux apportent déjà leurs couleurs à l’entreprise », dit Diane Destrempes.

Le bon coup de l’entreprise

Prendre la décision d’effectuer la transition vers le biologique a certes été leur meilleur bon coup, témoigne Diane Destrempes. « Denis a toujours été visionnaire et très entrepreneur. S’orienter vers le biologique était la décision qu’il fallait prendre à ce moment-là pour développer la ferme à son plein potentiel. »

Une transition qui n’aurait pas été aussi facile sans le réseau d’entraide qu’ils ont mis en place. Ils se réunissaient régulièrement avec un groupe d’agriculteurs pour partager leurs expériences. De ce groupe, trois ou quatre ont décidé de se lancer dans la transition biologique au même moment.

« Ils faisaient régulièrement des réunions avec Jean-Pierre Hivon du CETAB+ [Centre d’expertise et de transfert en agriculture biologique et de proximité], un agronome devenu un ami, et ils s’échangeaient leurs trucs. C’est enrichissant pour tout le monde de s’entraider et de partager. Ça ne nous enlève rien à nous et ça fait grandir l’autre à côté », raconte Diane.

Équipement technique

Grâce aux gains réalisés durant la pandémie, un nouveau moulin à farine a été acquis, ce qui a permis d’augmenter la production de 100 kg à 500 kg par jour. « Comme le Moulin Bleu de Saint-Roch-de-l’Achigan cessait ses activités, on a eu l’opportunité d’acheter leur moulin. Le propriétaire, qui était un vrai meunier avec un grand savoir, nous a aidés à installer et à ajuster les meules de pierres », dit Marjorie.  Traditionnellement utilisées à l’horizontale, les pierres ont cette fois été placées à la verticale. « On s’est fait machiner un support pour que le tamiseur soit placé en dessous », précise-t-elle. 

Le nouveau moulin qui sert à moudre la farine de Folle Farine, à droite, fait tomber la farine dans le tamis en bas. Celle-ci est ensuite acheminée par convoyeur jusque dans l’entonnoir à gauche, d’où elle est ensachée à la main.

Le nouveau moulin qui sert à moudre la farine de Folle Farine, à droite, fait tomber la farine dans le tamis en bas. Celle-ci est ensuite acheminée par convoyeur jusque dans l’entonnoir à gauche, d’où elle est ensachée à la main.