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De gauche à droite : Audrey Mailloux, Luc, Roger, David, Alain Maheu (employé de Norfoin depuis une dizaine d’années) et Mathieu Normandin. Photo : Claude Fortin

De gauche à droite : Audrey Mailloux, Luc, Roger, David, Alain Maheu (employé de Norfoin depuis une dizaine d’années) et Mathieu Normandin. Photo : Claude Fortin

Une famille qui baigne dans le foin

SAINT-CÉSAIRE Nous sommes dans les années 1930. Uldège Normandin et son épouse Èva rentrent des États-Unis où ils ont passé quatre années à travailler pour survivre à la crise. À son retour, le couple reprend sa ferme de Saint-Césaire, louée pendant son exil forcé. C’est là que commence l’histoire de Norfoin.

Fiche technique

Nom de la ferme :
Norfoin

Spécialité :
Production, achat et vente
de foin séché

Année de fondation :
2013

Noms des propriétaires :
Luc, David, Mathieu Normandin
et Audrey Mailloux

Nombre de générations :
3

Superficie en culture :
81 hectares en propriété.
243 hectares en location

« Mon grand-père a aidé tous ses enfants à s’établir », raconte Luc Normandin, propriétaire de Norfoin avec sa fille Audrey et deux de ses fils, David et Mathieu. « Il élevait déjà du pur-sang [Holstein] et il produisait du lait nature », se rappelle le producteur. « La ferme familiale de mon grand-père est juste à côté, ici. Il a acheté son voisin pour établir mon père. »

« Y avait une petite étable avec huit vaches et quatre places de chevaux », précise Roger Normandin, le père de Luc, visiblement doté de la fibre entrepreneuriale de son père. « On faisait du pur-sang, du contrôle laitier et de la classification », raconte l’homme qui vient de célébrer ses 90 ans. « On faisait de l’exposition. Ça prenait ça pour se donner de la popularité et être capable de vendre. C’est ça qui nous a permis de vendre pour l’exportation », se souvient le chef de la famille dont certaines têtes se sont même retrouvées à Cuba.

Transition vers le foin

Lorsque Luc Normandin a rejoint son père à la ferme familiale à la fin de ses études en agriculture, on a construit une nouvelle vacherie pour accueillir plus d’animaux. « On a roulé ça pendant 20 ans, explique le producteur, et ça a été au tour de mes fils de s’impliquer dans l’entreprise. » Ça a également été le moment d’un changement important. « Mes fils n’aimaient pas les animaux, et ma fille non plus », raconte le père de cinq enfants.

C’est à cette époque, en 1998, que le foin s’invite chez les Normandin. « On avait beaucoup d’animaux, mais pas assez de superficie. Je manquais de foin », explique l’entrepreneur. « Je me suis dit : je vais acheter une presse, je vais louer un terrain où je vais faire mon foin. » Bien équipé, Luc Normandin a rapidement reçu des demandes de production à forfait de la part de voisins. « À partir de ce moment, on a graduellement changé pour aller faire du forfait, puis on a vendu les vaches. »

David Normandin explique que les balles de foin séché sont tranchées en bandes de 16 pouces avant d’être compressées et emballées selon la dimension demandée par le client.

David Normandin explique que les balles de foin séché sont tranchées en bandes de 16 pouces avant d’être compressées et emballées selon la dimension demandée par le client. Photo : Claude Fortin

De l’ensilage au foin sec et à l’exportation

Ce qu’il y a de commun avec les bonnes affaires, c’est qu’elles attirent l’attention. « Y en a qui ont vu que Normandin faisait de l’argent », raconte Luc Normandin. « J’ai commencé à avoir de la compétition. Je me faisais voler mes clients à forfait », relate l’homme, qui est douze fois grand-père. Les vaches vendues et moins de contrats d’ensilage, il fallait penser vite, se démarquer de la concurrence, raconte l’homme d’affaires qui ajoute le foin sec à ses activités en 2000.

« C’est plus difficile, faire du foin sec. On savait qu’il y aurait moins de concurrence », explique Luc Normandin. « Souvent, il va être un peu trop humide », ajoute Audrey. « Si c’est le cas, des moisissures vont se développer, le foin va chauffer, il va changer de couleur. Les gens achètent beaucoup par la couleur », signale la diplômée en génie biotechnologique de l’Université de Sherbrooke. « C’est de là qu’est venue l’idée d’inventer nos propres séchoirs à foin, en 2008 », signale David. C’est aussi là que la rumeur de la qualité du fourrage séché par Norfoin se répand, que sa réputation se forge et que son aventure à l’international s’amorce. « Y a un Américain qui est arrivé ici un jour en disant : j’ai entendu dire que vous avez du foin sec. J’en aurais besoin », se souvient David.

Le reste appartient à l’histoire. L’entreprise familiale produit et achète aujourd’hui du foin de producteurs du Nouveau-Brunswick et de l’Alberta, qu’elle sèche et vend ici et ailleurs dans le monde. Une partie de sa production nourrit même les chevaux des circuits de course les plus prestigieux des États-Unis, un détail un peu glamour qui ne semble pas impressionner Luc Normandin pour qui la qualité du foin apparaît le seul objectif, peu importe le client. 


Équipement techno

Des balles à « deux cordes », notamment vendues aux États-Unis.

Des balles à « deux cordes », notamment vendues aux États-Unis. Photo : Claude Fortin

Mis à part le séchoir qui constitue l’élément-clé de l’arsenal technologique de Norfoin, les deux presses qui compriment le foin représentent un des choix particulièrement judicieux de la famille Normandin. Ces équipements permettent de comprimer le foin afin de maximiser la quantité chargée dans les conteneurs destinés à l’étranger. Chaque conteneur devient alors plus lourd de foin et donc plus payant pour le producteur.

La moitié du foin séché par Norfoin reste au pays, 45 % prend la direction des États-Unis alors que les 5 % restants se retrouvent ailleurs dans le monde, dont au Moyen-Orient et en Asie. Des représentants des Émirats arabes unis se trouvaient d’ailleurs à Saint-Césaire, quelques jours avant la visite de La Terre. Ces derniers s’étaient auparavant rendus au nord de Toronto et en Alberta, avant de faire un crochet jusqu’en Montérégie. 


Fait maison

Un conteneur sert de fournaise pour chacune des remorques. Le silo, juste derrière, contient les granules de bois dont la combustion produit la chaleur destinée à sécher le foin.

Un conteneur sert de fournaise pour chacune des remorques. Le silo, juste derrière, contient les granules de bois dont la combustion produit la chaleur destinée à sécher le foin. Photo : Claude Fortin

Imaginez une remorque de 53 pieds à l’intérieur de laquelle est installé un faux plancher surélevé d’une trentaine de centimètres. Un conteneur comme ceux utilisés dans le transport de marchandises se trouve juste à côté de la remorque. C’est lui qui sert de fournaise. Le conteneur est alimenté de granules de bois, contenues dans ce qui ressemble à un petit silo à grains. La chaleur produite par leur combustion se dirige sous le faux plancher de la remorque grâce à un système de tuyaux. Le foin entre dans la remorque par une extrémité et en ressort à l’autre, une fois le séchage terminé au bon taux d’humidité.

Placez une dizaine d’unités de la sorte côte-à-côte et vous obtenez le séchoir fait maison de Norfoin.  « Avec notre séchoir, on peut remplir nos entrepôts de foin sec et fournir à l’année la même qualité de foin à nos clients, peu importe la température », indique David, le concepteur principal du séchoir dans lequel 50 000 tonnes de foin et de paille ont transité en
2021. 

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Claude Fortin, Collaboration spéciale