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Rachel Desmarais Charbonneau et Laurent Charbonneau sont toujours copropriétaires et actifs au sein de la ferme où ils se sont établis en 1961. Âgée de 102 ans, l’agricultrice s’est d’ailleurs vu remettre la Médaille du Lieutenant-gouverneur pour les aînés le 16 septembre dernier. Photo : Marc-Alain Soucy

Rachel Desmarais Charbonneau et Laurent Charbonneau sont toujours copropriétaires et actifs au sein de la ferme où ils se sont établis en 1961. Âgée de 102 ans, l’agricultrice s’est d’ailleurs vu remettre la Médaille du Lieutenant-gouverneur pour les aînés le 16 septembre dernier. Photo : Marc-Alain Soucy

Un siècle marqué par l’amour au paradis des fruits

DUNHAM – Alors que les baby-boomers ont majoritairement accroché leur tablier de travail depuis belle lurette, Rachel Desmarais Charbonneau continue à 102 ans de donner un coup de main à la ferme le Paradis des fruits Dunham, qu’elle a fondée avec Laurent Charbonneau, son jeune mari de 94 ans.

Fiche technique

Nom de la ferme
Paradis des fruits Dunham,
Les Miels Naturels Charbonneau

Spécialités
Fruits et miel

Année de fondation
1961

Nombre de générations
3

Noms des propriétaires
Rachel Desmarais Charbonneau
Laurent Charbonneau
Pierre Charbonneau
Thérèse Charbonneau
Michel Poitras

Superficie en culture
24,3 hectares

Rachel Desmarais Charbonneau jette un regard amusé vers le journaliste de La Terre. « Mon nom, c’est Rachel avec un seul  L », ­prévient-elle en pointant gentiment le doigt. Message bien reçu! Pas de doutes, cette agricultrice n’a rien perdu de sa sagacité!

Avant la pandémie de COVID-19, il n’était pas rare de voir Rachel recevoir les clients au kiosque de fruits de l’entreprise sur le bord de la route 202 à deux kilomètres du village de Dunham. Aujourd’hui, elle et son mari participent encore à sa gestion dans la mesure de leurs capacités, rapporte leur fille Thérèse, la plus jeune d’une famille de neuf enfants, tous élevés à la ferme.

Impossible de ne pas demander la recette de longévité de ce couple vraiment singulier. Une partie de la réponse découle de la simple observation de l’attention que se portent les membres de ce couple. Pas besoin d’être fin observateur pour constater que ces deux tourtereaux s’aiment d’un amour tendre comme aux tout débuts.

Dur coup pour ceux qui croient que l’amour s’étiole à mesure qu’on avance en âge. Rachel ne s’en cache pas, elle a toujours été amoureuse de son Laurent, et c’est réciproque, nous confirme ce dernier. « Quand il va s’en aller, je vais être désemparée », confie-t-elle.

Parmi les neuf enfants de la famille, Pierre et Thérèse Charbonneau sont ceux qui ont suivi les traces de leurs parents. Photo : Gracieuseté du Paradis des Fruits Dunham

Parmi les neuf enfants de la famille, Pierre et Thérèse Charbonneau sont ceux qui ont suivi les traces de leurs parents. Photo : Gracieuseté du Paradis des Fruits Dunham

« Pour continuer de s’aimer, il faut cultiver notre relation comme on le fait dans nos champs. Il se glisse de petites mauvaises herbes dans nos cultures, il faut les enlever. Il en va de même en chacun de nous avec nos petits travers, on ne doit pas les laisser envahir notre champ intérieur », confie la jeune centenaire. Cette sagesse découle sans doute du fait que le couple s’est beaucoup investi socialement et au sein de son Église. Au fil des années, il s’est beaucoup impliqué dans des groupes de retraites organisés pour favoriser une bonne communication dans le mariage. Ça a porté fruit!

Rachel porte une petite croix de bois à son cou. C’est une personne très croyante qui considère que sa foi l’a aidée à traverser les épreuves inévitables quand on gère une vie de couple, neuf enfants et une entreprise. « Quand les coups durs venaient, je me tournais vers le Seigneur et je lui demandais de les prendre sur ses épaules », dit-elle.

Thérèse n’avait que 11 ans quand sa mère Rachel a placé deux tables sur le bord de la maison et que la toute petite fille a commencé à vendre les produits de la ferme aux passants. Photo : Gracieuseté du Paradis des fruits Dunham

Thérèse n’avait que 11 ans quand sa mère Rachel a placé deux tables sur le bord de la maison et que la toute petite fille a commencé à vendre les produits de la ferme aux passants. Photo : Gracieuseté du Paradis des fruits Dunham

Paradis des fruits

C’est en 1961 que Rachel et Laurent ont quitté une ferme trop petite du secteur de Mont-Saint-Grégoire, pour venir s’établir à Dunham. La belle terre de 100 acres (40,5 hectares) achetée en bordure de la route 202 allait permettre de faire vivre la famille dans une maison plus accueillante.

Avec la contribution des enfants, le couple a poursuivi et augmenté la production de miel dès son arrivée. « Ça fait 80 ans qu’on produit du miel dans la famille », précise Thérèse. Pour rentabiliser l’entreprise, des pommiers, pruniers et poiriers ont alors été ajoutés à ceux déjà existants. Il faut se rappeler que ces deux dernières productions étaient à l’époque encore peu répandues au Québec.Au début des années 1990, l’entreprise s’est lancée graduellement dans la production de petits fruits tout en poursuivant la vente en kiosque. C’est en 1994 que Rachel et Laurent, leur fille Thérèse, son conjoint Michel Poitras, et le grand frère Pierre, qui est agronome, se sont associés et ont fondé la compagnie Paradis des fruits Dunham.

Chacun des enfants a contribué aux succès de l’entreprise, tout comme les quatre filles de Thérèse et Michel, qui ont été initiées très jeunes à la cueillette des petits fruits, à la vente en kiosque et à la gestion des visiteurs de l’autocueillette. La famille est très reconnaissante de l’apport de tous ses employés.

Pierre s’est davantage intéressé à la pomiculture et à l’emballage du miel. Michel, un passionné des petits fruits, s’est concentré sur l’apiculture et sur la gestion de la main-d’œuvre. Actuellement, six travailleurs temporaires étrangers donnent un coup de main. Et ça continue! 


Le bon coup de l’entreprise

La décision de diversifier la production ne s’est pas prise sur un coup de tête. « Ça faisait partie des objectifs de la ferme dès le départ », raconte Thérèse. Ce bon choix s’est confirmé quand on a décidé de vendre directement au public.

Thérèse n’avait que 11 ans quand sa mère Rachel a placé deux tables sur le bord de la maison et que la toute petite fille a commencé à vendre les produits de la ferme aux passants. « J’étais déjà bilingue et, heureusement, bonne en mathématique, se souvient-elle. J’étais responsable et fière de partager notre abondance. »

C’est ainsi qu’est né le premier kiosque de fruits à la ferme. La clientèle, toujours à l’affût de nouveaux produits, allait confirmer l’importance de la diversité des produits. Aujourd’hui, les passants qui s’arrêtent au kiosque ou qui s’adonnent à l’autocueillette ont le choix parmi une très grande variété de miels et de fruits. L’entreprise a mis à profit les sols et le microclimat du secteur de Dunham qui a fait le succès des vignobles de la Route des vins du Québec. En plus des pommes, poires, prunes, bleuets, fraises et framboises, on y cultive du cassis, des groseilles, des gadelles, des cerises griottes, et bien d’autres petits fruits. Cela sans compter les produits transformés. 

Fait maison

Le jour de la visite de La Terre au Paradis des fruits Dunham, Michel Poitras recouvrait la base de rangs d’arbustes fruitiers de bran de scie avec une machine conçue à la ferme. « C’est un vieil épandeur de fumier qu’on a transformé en distributeur de bran de scie », explique le copropriétaire.

Il est actionné par la prise de force d’un petit tracteur qui fait avancer vers l’arrière le bran de scie poussé par des traverses sur le plancher de la machine jusqu’à un souffleur. Celui-ci remplace le rotor d’épandage habituel. L’avantage du souffleur, c’est qu’il dirige le bran de scie précisément à la base des arbustes. « Une machine industrielle aurait coûté 10 000 $; notre épandeur n’en a coûté que 3 000 », se réjouit Michel. 

L’épandeur de bran de scie maison de Michel Poitras est bien adapté aux exigences de la production de petits fruits. Photo : Marc-Alain Soucy

L’épandeur de bran de scie maison de Michel Poitras est bien adapté aux exigences de la production de petits fruits. Photo : Marc-Alain Soucy