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Normand Bousquet est entouré de ses cinq enfants et des deux filles de son fils Jean-François Bousquet, qui devraient prendre la relève de leur père, le moment venu. Première rangée : Jacinthe, Brigitte et Lysanne et Camille Bousquet. Deuxième rangée : Jean-François, Benoit, Laurence et Normand Bousquet. Photo : Michel Tremblay

Normand Bousquet est entouré de ses cinq enfants et des deux filles de son fils Jean-François Bousquet, qui devraient prendre la relève de leur père, le moment venu. Première rangée : Jacinthe, Brigitte et Lysanne et Camille Bousquet. Deuxième rangée : Jean-François, Benoit, Laurence et Normand Bousquet. Photo : Michel Tremblay

Un parcours de passion et de détermination

SAINT-PIE – Oubliez le mot retraite pour Normand Bousquet, le fondateur de la Ferme Denor, de Saint-Pie. Soixante ans de la vie de l’homme de 86 ans se trouvent enracinées dans les 200 hectares de la terre familiale acquise et cultivée à force de passion et de détermination.

Fiche technique

Nom de la ferme :
Ferme Denor

Spécialité :
Finition de porcs

Année de fondation :
1962

Nom du propriétaire :
Jean-François Bousquet

Nombre de générations :
2

Superficie en culture :
200 hectares

Cheptel :
7 500 porcs par année

Il s’y rend encore chaque jour pour donner un coup de main à son fils Jean-François, qui poursuit le rêve de son père. « J’ai perdu ma mère, j’avais deux ans et demi », raconte Normand Bousquet, dont on devine la vie défiler devant ses yeux. « Je me suis retrouvé à différentes places avant d’aller vivre chez mon parrain, en bas de la rivière, icitte à Saint-Pie. J’y suis resté jusqu’à l’âge de 17 ans », souligne le père de cinq enfants.

Normand Bousquet n’a cependant pas eu besoin de toutes ces années pour comprendre que l’agriculture occuperait le centre de son existence. Dès la petite école, il savait que c’est sur la terre qu’il voulais travailler. « L’école ne m’intéressait pas. J’étais toujours avec mon oncle sur la terre. J’ai fini en 5e et demie, je pense », estime-t-il avant d’esquisser un sourire.

Le parcours du combattant

Il a fallu de la persévérance pour que Normand Bousquet aille jusqu’au bout de son rêve. « Je n’avais pas d’argent! Mon père, avec 13 enfants, n’avait pas les moyens de me financer non plus. Alors, je suis parti travailler à la journée pour des cultivateurs, 15 jours, trois semaines, un mois, mais ça ne marchait jamais. C’était une terre que je voulais », dit l’agriculteur, comme pour bien faire comprendre le rêve qui l’habitait.

Ses pérégrinations l’ont amené jusqu’à Montréal, à la fin des années 1950, où il s’est installé avec sa première épouse, Denise Ravenelle. Il est devenu chauffeur pour une communauté de religieuses pendant un an et demi environ. « À un moment donné, le frère de ma femme vient nous voir et il me dit : ‘‘Tu m’avais dit d’essayer de te trouver une job à Saint-Pie? Je t’en ai trouvé une.’’ On était à St-Pie le même soir. »

De retour à la maison

Normand Bousquet a travaillé cinq ans chez Gaétan Ducharme, un détaillant de matériaux de construction de Saint-Pie. Il y a accumulé quelques économies, mais pas assez pour se qualifier au prêt agricole. Il a acheté sa première terre grâce au prêt de 3 000 $ que lui a accordé une cousine. « J’ai acheté la terre où on est en 1962. Elle faisait 80 arpents [27 hectares] », précise l’agriculteur.  Malgré son achat, il a conservé son travail chez Ducharme. Les cinq vaches, achetées le premier automne, ne pouvaient pas faire vivre la famille.

À force de persévérance et grâce au hasard qui l’a bien servi, Normand Bousquet a mis la main sur les 75 arpents (26 hectares) de la terre voisine. Elle appartenait au cousin de son épouse Denise. La chance lui a souri et le voisin n’avait pas besoin d’argent. La terre lui a donc été léguée par son père et Normand n’a eu qu’à poursuivre les paiements. C’est là que la ferme a véritablement pris forme.

Des vaches vers le porc

Lorsque Normand Bousquet a vendu ses vaches pour devenir naisseur-engraisseur-finisseur de porcs, à la fin des années 1970, le cheptel avait atteint 75 têtes, dont près de 40 vaches en lactation. Il souffrait de maux de dos. La traite des vaches était devenue trop exigeante. « J’étais obligé de me tenir sur la queue de la vache pour me relever », raconte-t-il. 

Son fils Jean-François a joint l’entreprise à la fin des années 1980, après son cours en agriculture à Saint-Hyacinthe. Il souhaitait d’abord se lancer à son propre compte, mais, comme son père au même âge, l’argent manquait. « Moi non plus, je n’avais pas d’argent. J’ai essayé d’avoir un prêt, mais ça n’a pas marché », lance le producteur dans un éclat de rire. Le fils a toutefois reçu le soutien du père. La terre du voisin venait tout juste d’être mise en vente et les Bousquet l’ont achetée. La Ferme Denor a été fondée l’année suivante.

Après plus d’un quart de siècle comme naisseur-engraisseur-finisseur, la Ferme Denor s’est associée à un intégrateur en 2016. L’entreprise finit maintenant 7 500 porcs par année.

Un tracteur en cadeau

« Vous avez vu le petit Massey Fergusson qui vous a accueilli? », demande Jean-François Bousquet, au tout début de l’entretien avec La Terre. « C’est un petit 35. Mon père en avait un pareil dans le passé. Il l’a vendu parce qu’il le trouvait trop petit pour les besoins de la ferme », poursuit-il. « Celui que vous voyez, devant l’ancienne laiterie, c’est un cadeau qu’on a offert à notre père pour ses 84 ans. On l’a trouvé pas loin d’ici, mais il était en mauvais état. On lui a quand même donné en lui disant : ‘‘Pour tes 85 ans, il va être propre’’ », raconte l’agriculteur, manifestement heureux de l’achat.

L’anecdote peut sembler banale, mais elle témoigne de ce qui caractérise la ferme, de l’importance que ses membres accordent à ses origines et du respect des enfants pour ses fondateurs. « Tout tourne autour de la famille, ici », témoigne Jean-François. Le nom de l’entreprise vient d’ailleurs de la contraction du prénom de ses cofondateurs, Denise Ravenelle et Normand Bousquet. Madame Ravenelle est la première épouse de Normand. C’est elle qui assurait l’administration de l’entreprise avant son décès prématuré, en 1990. Elle fait partie des victimes du scandale du sang contaminé au VIH qui a frappé le Canada au cours des années 1980.

« La mort de ma mère, c’est un autre défi que mon père a dû relever », soutient Jean-François, qui tient à poursuivre le rêve de ses parents. « Le nom Denor, c’est très important. C’est la base de l’entreprise », affirme-t-il. « Mon père a fait tellement de sacrifices dans sa vie pour cette entreprise-là. Moi, c’est clair dans ma tête, je ne vendrai jamais la ferme. Mes filles Camille et Laurence vont en hériter. »

Le bon coup de l’entreprise

Normand Bousquet n’hésite pas un instant lorsqu’on lui demande d’identifier son meilleur coup dans la ferme. « C’est d’avoir acheté ma terre », dit-il de façon spontanée.

« C’est ma vie, ça, la terre. C’est ce que j’ai toujours souhaité. » Nous sentons, dans le regard de l’homme, qu’il est inutile d’insister, de creuser pour trouver autre chose, le petit coup de génie qui ferait la différence, parce que pour lui, c’est l’achat de la terre qui a rendu tout le reste possible.

Normand Bousquet, entouré de son fils Jean-François et des filles de ce dernier, Camille et Laurence, qui feuillettent le livre écrit par Jacinthe Bousquet pour souligner les 60 ans de la ferme. Photo : Michel Tremblay

Normand Bousquet, entouré de son fils Jean-François et des filles de ce dernier, Camille et Laurence, qui feuillettent le livre écrit par Jacinthe Bousquet pour souligner les 60 ans de la ferme. Photo : Michel Tremblay

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Claude Fortin, collaboration spéciale

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