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De gauche à droite, la petite Elena et Paul Saint-Vincent, Maude Desrosiers-Côté, Fabienne et Raphaël Plain, Diane Saint-Vincent, Simon Trépanier, Marie-Philippe Saint-Vincent et Julien Trépanier, devant la Ferme Saint-Vincent, éclairée par le soleil de fin de journée. Photos : Geneviève Quessy

De gauche à droite, la petite Elena et Paul Saint-Vincent, Maude Desrosiers-Côté, Fabienne et Raphaël Plain, Diane Saint-Vincent, Simon Trépanier, Marie-Philippe Saint-Vincent et Julien Trépanier, devant la Ferme Saint-Vincent, éclairée par le soleil de fin de journée. Photos : Geneviève Quessy

Un esprit visionnaire en héritage

SAINT-CUTHBERT – Veillant sur le domaine qui s’étend de part et d’autre du rang du Nord-de-la-Rivière-du-Chicot à Saint-Cuthbert, une statue du patriarche Jean-Yves Saint-Vincent, décédé en août 2020, et de son chien accueille les visiteurs qui se présentent à la Ferme Saint-Vincent. Son regard, dirigé vers le lointain, semble à l’affût de ce qui vient.

Fiche technique

Nom de la ferme
Ferme Saint-Vincent

Spécialité
Viande biologique

Année de fondation
1958

Noms des propriétaires
Diane Saint-Vincent, Marie-Philippe Saint-Vincent, Paul Saint-Vincent, Fabienne Plain

Nombre de générations
2

Superficie en culture
90 hectares

Cheptel
Bovins de boucherie Charolais dont 50 reproductrices/volaille/chevaux Quarter horse, Paint et Canadian/chèvres Boer

Le fondateur de la Ferme Saint-Vincent a su transmettre à ses enfants et ses petits-enfants sa passion pour la terre et cet esprit est toujours bien vivant sur ses terres de Saint-Cuthbert.

Jean-Yves Saint-Vincent, pompier comme son père à Montréal, rêvait d’agriculture et d’élevage comme son grand-père quand il a acheté cette ferme en 1958. « Mon père a toujours été un précurseur, toujours en avance. Il s’informait de tout ce qui se faisait, avait des tonnes d’idées! Je lui disais qu’il avait des idées pour 10 vies, et il me répondait : ‘‘Pas grave, vous allez avoir une vie après moi et vos descendants aussi’’ », raconte sa fille Marie-Philippe Saint-Vincent.

D’abord en production laitière, la vocation de la Ferme Saint-Vincent s’est transformée au fil du temps. Jean-Yves Saint-Vincent s’est lancé dans l’élevage de bœuf et de chevaux de race, parcourant le monde pour accomplir des échanges de génétiques. C’est en constatant la gravité des impacts de la crise de la vache folle en Europe qu’il est revenu au Québec persuadé qu’il fallait révolutionner les conditions d’élevage. La solution? L’agriculture biologique. Dès 1998, la ferme était certifiée.

« Surtout en bio, la rentabilité passe par la transformation et la vente au détail directement au consommateur. C’est pour ça que mon père a acheté une boucherie au Marché Atwater, puis une autre au Marché Jean-Talon. Moi et mon frère, on l’accompagnait partout, alors on a appris le métier sur le tas », raconte Marie-Philippe.

Fabienne Plain, Marie-Philippe Saint-Vincent, la petite Elena Saint-Vincent, Maude Desrosiers-Côté,  et Paul Saint-Vincent devant la maison de la ferme.

Fabienne Plain, Marie-Philippe Saint-Vincent, la petite Elena Saint-Vincent, Maude Desrosiers-Côté,et Paul Saint-Vincent devant la maison de la ferme.

Avec son frère Paul, il n’a jamais été question qu’ils fassent autre chose de leur vie que de prendre la relève de la ferme. Ainsi, pour acquérir des compétences complémentaires, Marie-Philippe a étudié les sciences animales, tandis que Paul étudiait en gestion à HEC Montréal. C’est eux, aujourd’hui, qui gèrent la ferme d’élevage et les deux boucheries, certifiées biologiques depuis 1998, avec leur maman Diane Saint-Vincent, ainsi que leur amie Fabienne Plain, stagiaire venue de France il y a 25 ans et devenue leur associée.

Sous régie biologique, libre d’aller et de venir à l’extérieur, les vaches Charolaises et leurs veaux continuent de brouter au pâturage. Un peu plus loin, les volailles, poulets, dindes, canards, oies et pintades caquettent et glougloutent en une joyeuse cacophonie.

Marie-Philippe Saint-Vincent avec ses chevaux de compagnie.

Marie-Philippe Saint-Vincent avec ses chevaux de compagnie.

Chaque année, les foins se font en famille. Les enfants aident à la ferme durant l’été. « Comme on le faisait, mon frère et moi, dans notre enfance, ils nous aident à transporter les sacs de grains, ramasser les œufs et attraper les oiseaux pour le transport à l’abattoir. Ils font tout ce qu’ils sont capables de faire », dit Marie-Philippe.

Toute la famille s’implique et montre un esprit d’entreprise, chacun à sa manière. Julien, 11 ans, a déjà son propre élevage de chèvre Boer. Raphaël, 14 ans, s’est lancé dans l’élevage de lapins. Maude, la conjointe de Paul, mène un projet maraîcher : À l’Orée des Champs. Ses légumes, vendus au marché et au kiosque de la ferme, se retrouvent dans les produits transformés à la boucherie.

« C’est la passion que mon père nous a transmise qui nous anime. Il nous a toujours incités à la débrouillardise, à essayer des choses. Il était abonné à une trentaine de revues, observait tout ce qui se faisait, nous découpait des articles pour qu’on les lise et qu’on s’en inspire », se souvient Marie-Philippe.

En misant sur le bio, sur la vente au détail, puis sur la vente en ligne, leur père, toujours en avance sur son temps, avait vu juste. Il croyait aussi à l’éducation et au partage de l’information. « Parfois, il passait des heures à parler avec des clients qui s’arrêtaient au kiosque. Maintenant, je me fais un devoir de faire comme lui, de répondre aux questions des gens. Les gens qui s’intéressent, il faut leur répondre. Il faut qu’ils comprennent de quoi est fait notre métier, qui en réalité n’est pas un travail, mais bien une vocation. Il faut qu’ils sachent qu’on le fait parce qu’on aime ça. »

Fait maison

Il a fallu plusieurs années pour concevoir les volières qui abritent les volailles de la ferme. Dans de vastes enclos, protégés des intempéries par des dômes abritant les mangeoires, les oiseaux profitent d’une liberté de mouvement en extérieur et d’un accès au pâturage. Des perchoirs ont été ajoutés pour les oiseaux qui aiment voler et se percher, comme la pintade et la dinde sauvage, ainsi que des bassins d’eau pour les oies et canards. Des filets résistants les protègent des prédateurs venant du sol et des airs. Les volières répondent aux besoins naturels des animaux, ainsi qu’aux normes d’élevage biologique.

Les dindes sauvages dans leur volière.

Les dindes sauvages dans leur volière.

Le bon coup de l’entreprise

Jean-Yves Saint-Vincent veille toujours sur le domaine de la Ferme Saint-Vincent.

Jean-Yves Saint-Vincent veille toujours sur le domaine de la Ferme Saint-Vincent.

Acquérir ses propres boucheries, c’est ce qui a permis à la Ferme Saint-Vincent d’augmenter sa production. « Mon père a rapidement compris que pour être rentable, il fallait contrôler la transformation et la distribution de nos produits directement jusqu’au consommateur. Surtout pour le biologique; les espaces sont tellement réduits en épicerie, la distribution est vraiment compliquée. Avoir nos propres boucheries a tout changé », raconte Marie-Philippe Saint-Vincent.

Aux deux boucheries certifiées biologiques, situées au Marché Atwater et au Marché ­Jean-Talon, s’ajoute le point de vente de la ferme.

Cherchant toujours davantage le moyen de rejoindre sa clientèle le plus directement possible, Jean-Yves Saint-Vincent a été parmi les premiers à avoir un site Internet au début des années 2000, puis à offrir la vente en ligne et la livraison. « Quand la pandémie est arrivée, ça faisait longtemps qu’on avait un site transactionnel et qu’on faisait de la livraison », se souvient Marie-Philippe ­Saint-Vincent.