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Les Hollandais de Val-d’Or

Pendant longtemps, on a parlé hollandais dans les rangs de Val-Senneville, en périphérie de Val-d’Or. En 2018, la doyenne du rang, Marie Reijerink Tenhave, s’est éteinte et les conversations hollandaises aussi. Par contre, les descendants Tenhave exploitent toujours la terre que son époux et elle ont bûchée dans les années 1950.

Val-d’Or est probablement la ville québécoise qui regroupe le plus de Tenhave au kilomètre carré. Cette particularité s’explique par l’immigration de trois frères hollandais portant ce nom au milieu du 20e siècle. Les parents de Paul Tenhave, deux passionnés d’agriculture, ont été les premiers à s’y établir. Ils manquaient d’espace pour pratiquer leurs cultures dans leur pays d’origine, raconte leur fils, aujourd’hui propriétaire de la Ferme Tenville.

« Au début, en 1952, ils ont immigré dans les Cantons-de-l’Est, où ils sont restés quatre ans avant de s’en venir ici, en Abitibi, en 1956 », rapporte-t-il.

Les deux immigrants sont partis de rien. « Tous les champs ici, ce sont eux qui les ont bûchés, mentionne avec admiration Daphné Tenhave, leur petite-fille de 25 ans, elle aussi agricultrice. Ils étaient tannés de ramasser des roches sur leur terre dans les Cantons-de-l’Est, alors ils sont venus bûcher une terre. »

L’installation en Abitibi fut cependant exigeante. « Le pire c’est que, pour commencer à bûcher la terre, il a fallu que notre grand-père aille travailler à la mine. Donc, de la roche, il en ramassait encore là-bas », renchérit le frère aîné de Daphné, Jean-Philippe.

Paul Tenhave et sa fille Daphné, qui elle, est agricultrice en Mauricie.

Paul Tenhave et sa fille Daphné, qui elle, est agricultrice en Mauricie.

Deux générations plus tard

Avec l’un de ses frères, Paul Tenhave a acheté l’entreprise de ses parents en 1993 pour ensuite en devenir l’unique propriétaire en 2002. Toutefois, c’est aux côtés de sa femme Guylaine Breton, elle aussi issue d’une famille agricole, qu’il mène la barque. « Quand on s’est connus, on avait 19 ans. Notre premier sujet de conversation, ç’a été les fosses à fumier », raconte la mère de famille. Cela fait bien rire ses enfants.

Avec un troupeau de 130 vaches, la Ferme Tenville est modeste. Les deux enfants Tenhave qui sont diplômés de l’Institut de technologie agroalimentaire ont convaincu leurs parents de moderniser l’endroit. Ainsi, la famille a procédé à des investissements pour plus de confort et davantage de luminosité, à du drainage, à un agrandissement pour les taures, à une reconfiguration de l’étable et à l’achat d’un robot pour nettoyer les planchers. L’exploitation est aussi l’une des seules de l’Abitibi à produire du maïs d’ensilage.

« Quand tu arrives de l’école, tu veux tout changer. De façon très polie, les parents m’ont dit : “On va y aller étape par étape” », rapporte Jean-Philippe.

Mais avec toutes ces améliorations, les résultats de l’entreprise se sont considérablement améliorés, si bien que les quotas finissent par manquer.

Maintenant installée en Mauricie avec son conjoint, Daphné prendra la relève de l’exploitation de ses beaux-parents, la Ferme Montambault-Tessier.

C’est donc Jean-Philippe qui prendra les rênes de l’entreprise familiale. « Je suis attaché à la terre ici, affirme-t-il. Je ne me suis jamais vu à faire ça ailleurs. » D’ailleurs, c’est lui qui habite la maison située à côté de celle de ses parents, où résidait sa grand-mère Marie Reijerink Tenhave, la pionnière du rang. Pendant longtemps, c’est Paul qui allait chauffer le poêle de la maison de la vieille dame. Son fils s’en charge désormais. 

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