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Pour Alexandre Couture-Lalande et Nadine Pineault, l’équilibre travail-famille ainsi que le juste partage des tâches constituent les fondations de l’entreprise. Les voici en compagnie de leurs fils Léonard, 5 ans, et Émilien, 7 ans. Photo : Nathalie Laberge

Pour Alexandre Couture-Lalande et Nadine Pineault, l’équilibre travail-famille ainsi que le juste partage des tâches constituent les fondations de l’entreprise. Les voici en compagnie de leurs fils Léonard, 5 ans, et Émilien, 7 ans. Photo : Nathalie Laberge

La volonté de nourrir un village

SAINT-PLACIDE – En quittant la grande ville en quête d’autonomie alimentaire et d’un environnement sain pour élever ses enfants, un jeune couple de Montréal allait bâtir le projet de toute une vie. À la Microferme L’Enracinée, la famille Pineault-Lalande cultive des légumes sans engrais chimiques et sans pesticides, avec amour… et une mission communautaire en prime.

Fiche technique

Nom de la ferme :
Microferme L’Enracinée

Spécialités :
Asperges et autres légumes

Année de fondation :
2017

Noms des propriétaires :
Nadine Pineault et
Alexandre Couture-Lalande

Nombre de générations :
1

Superficie en culture :
3 acres (1,2 hectare)

« À l’origine, on visait juste l’autosuffisance pour notre famille. Partant de ça, on a décidé de développer un projet qui serait bon pour la communauté », explique Nadine Pineault, qui raconte comment elle et son conjoint, Alexandre Couture-Lalande, sont tombés sous le charme d’une aspergeraie en 2017. « On voulait s’installer sur la terre pour s’y mettre à temps plein, et apprendre correctement. Pour la première saison, on a été coachés par les anciens propriétaires », témoigne l’agricultrice.

Avec l’asperge, l’entreprise misait sur une clientèle locale fidèle chaque année. « Nos prédécesseurs cultivaient seulement de l’asperge et 40 % de leurs ventes avaient lieu à la ferme, et le reste au marché Jean-Talon », explique la jeune entrepreneure. En optimisant cette base, d’abord avec l’affichage local, puis par des publications sur les réseaux sociaux, les Pineault-Lalande ont majoré leur pourcentage de ventes locales à 100 %. « Pour nous, l’asperge reste un légume fort, parce que c’est le premier légume qui sort au Québec et les gens sont excités de le voir arriver. Mais les clients nous demandaient toujours : ‘‘Avez-vous autre chose?’’ »

Diversité à la carte

Le couple s’est d’abord hasardé à planter de l’ail. « La récolte s’est écoulée en une semaine! » se souvient Nadine. « La saison suivante, on a fait un grand potager. C’était une mission exploratoire. On voulait essayer différentes techniques et voir la demande qu’il pouvait y avoir pour ces produits. »

La culture a ainsi commencé à se diversifier et à prendre de l’ampleur. Six potagers, deux tunnels chenilles et une serre intelligente participent maintenant à la production de la ferme. « L’ajout de ces structures nous permet d’offrir des légumes avant et après la saison des jardins de nos clients », précise l’agricultrice, pour qui la disponibilité de l’offre en région représente un enjeu crucial. « Souvent, les maraîchers se rendent vendre leurs paniers en ville. On trouvait bizarre que les gens de la campagne aient accès à moins de produits frais que ceux de la ville, et qu’il y ait des déserts alimentaires à l’endroit même où ces aliments-là sont produits. » À cette production locale s’ajoute une culture-niche de légumes destinés aux chefs cuisiniers, qui procure à la ferme un marché complémentaire et une source de savoureuses découvertes.

Six potagers, deux tunnels chenilles et une serre intelligente participent maintenant à la production de la ferme. Photo : Gracieuseté de la Microferme L’Enracinée

Six potagers, deux tunnels chenilles et une serre intelligente participent maintenant à la production de la ferme. Photo : Gracieuseté de la Microferme L’Enracinée

Équilibre

Pour ces parents de deux jeunes enfants, l’équilibre travail-famille et un juste ­partage des tâches sont la fondation d’une entreprise qui est aussi un mode de vie. « L’agriculture exige de longues heures et les enfants comprennent que l’été, on travaille plus fort. On essaie de les impliquer à la hauteur de ce qu’ils peuvent faire », confient ceux qui espèrent transmettre des valeurs saines à Émilien, 7 ans, et Léonard, 5 ans.  

« Nadine et moi, on fait une bonne équipe », renchérit Alexandre. « Je m’occupe des tâches en tracteur, des systèmes d’irrigation et de chauffage, et de tout l’entretien des machines, moteurs et bâtiments. Je me suis aussi inspiré d’autres petites fermes semblables à nous pour transformer une laveuse en essoreuse à salade, ou un mélangeur à béton en baratte à racines. »

Alexandre, qui continue d’être ingénieur électrique à temps plein, trouve dans les travaux de la ferme une façon utile de se ressourcer. « Après une journée passée devant l’ordinateur, j’aime me mettre les mains dans la terre, comme en désherbant manuellement des semis de carottes! J’en ai fait une expertise. C’est presque méditatif pour moi! » ajoute-t-il en riant.

Un futur ancré dans la tradition

Cette petite ferme qui soigne sa communauté vise à se spécialiser en s’inspirant des coutumes d’antan. « On aspire à manger local à l’année. Pour moi, ça passe par la conservation des légumes de saison pour pouvoir les consommer au moment de l’année où il n’y en a pas », soutient Nadine, qui caresse le projet d’organiser des ateliers de conservation.

« Notre vision pour le futur n’est pas de chauffer la serre pour produire des légumes d’été en hiver. On veut plutôt sensibiliser les gens à manger les légumes qui sont disponibles, à les conserver et à les transformer. » 

Équipement techno

La serre intelligente permet de contrôler à distance les paramètres de culture. Photo : Gracieuseté de la Microferme L’Enracinée

La serre intelligente permet de contrôler à distance les paramètres de culture. Photo : Gracieuseté de la Microferme L’Enracinée

Depuis 2021, une serre automatisée de 10 m par 30 m permet de prolonger la saison de culture. « L’ajout d’une serre est une grosse responsabilité. On voulait pouvoir aller au lac avec les enfants sans s’inquiéter de voir apparaître un nuage et de devoir rentrer en catastrophe pour fermer les côtés de la serre », confie Nadine Pineault, pour qui la tranquillité d’esprit est importante. « Avec les alertes sur le portable, on peut superviser à distance. On programme le climat et les départs d’irrigation. On peut même contrôler la déshumidification à différentes fréquences. Ça nous permet de profiter un peu de l’été en famille. » 

Le bon coup de l’entreprise

Alexandre Couture-Lalande au kiosque du village, qui a permis à la ferme d’aller à la rencontre de ses clients, l’été dernier. Photo : Gracieuseté de la Microferme L’Enracinée

Alexandre Couture-Lalande au kiosque du village, qui a permis à la ferme d’aller à la rencontre de ses clients, l’été dernier. Photo : Gracieuseté de la Microferme L’Enracinée

L’été dernier, la ferme est sortie du rang Saint-Vincent pour aller rencontrer ses clients. « On a installé un kiosque devant l’école du village et on a fait les 5 à 7 du vendredi d’une brasserie locale », raconte Nadine Pineault. Cette initiative a facilité la découverte de produits, tout en permettant aux artisans de la ferme de mieux connaître les besoins de la communauté.

« On s’est demandé : ‘‘Qu’est-ce que les gens veulent qu’on fasse pousser?’’ Quarante sortes de légumes, c’est beau, mais si on peut en faire pousser juste 20 qui sont exactement ceux que les gens veulent, c’est encore mieux. On peut miser sur des légumes plus rentables au mètre carré pour évaluer quelle culture vaut la peine d’être produite », relate l’agricultrice, qui apprécie ces occasions de partager avec les gens. 

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Nathalie Laberge, collaboration spéciale

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