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Françoise Marquis, ses enfants Julie et Luc, ainsi que son beau-frère Laurent Bérubé, dans le kiosque de la Ferme Manicouagan, à Pointe-Lebel. Photo : Geneviève Quessy

Françoise Marquis, ses enfants Julie et Luc, ainsi que son beau-frère Laurent Bérubé, dans le kiosque de la Ferme Manicouagan, à Pointe-Lebel. Photo : Geneviève Quessy

De nouveaux défricheurs

POINTE-LEBEL — Une famille d’entrepreneurs de la Côte-Nord a mis ses efforts en commun. En quelques années, ils ont créé une ferme florissante, l’une des premières de l’histoire moderne de la région, offrant ainsi à leurs concitoyens l’occasion de découvrir le bonheur des bons légumes frais cultivés localement.

Fiche technique

Nom de la ferme :
Ferme Manicouagan

Spécialités :
Camerises et production maraîchère

Année de fondation :
2012

Noms des propriétaires :
Laurent, Donald, Julie
et Luc Bérubé ainsi que
Claude Théberge

Nombre de générations :
2

Superficie en culture :
222 hectares

Le projet familial de la Ferme Manicouagan est arrivé un peu par hasard dans la vie de Donald Bérubé. Actif dans le secteur de la tourbe, puis du granit avec son entreprise Granijem, aujourd’hui reprise par ses enfants, Donald Bérubé surveillait continuellement les terrains à vendre sur la Côte-Nord. « En 2010, j’ai trouvé cette terre, située sur la presqu’île de Pointe-Lebel, tout entourée de tourbières. C’était défriché, mais à l’abandon. Je suis tombé en amour! Ça m’a pris 3 ans pour décider ce que j’allais en faire. Je n’avais même pas imaginé cultiver », mentionne celui qui s’est entouré, dans cette aventure agricole, de sa conjointe Françoise Marquis, de leurs deux enfants, Julie et Luc, de son frère Laurent et d’un partenaire d’affaires, Claude Théberge.

L’endroit, bien caché au centre de la presqu’île, est bordé d’une petite rivière et abrité du vent. « Les bonnes terres sont rares sur la Côte-Nord. Ici, on a les sédiments de la rivière Manicouagan, et en dessous, c’est du sable. Pour remonter le pH trop acide, j’ai étendu de la cendre provenant des compagnies de bois », raconte
Donald Bérubé.

Avec son frère Laurent, il a finalement décidé de se lancer dans la production de camerises, un fruit provenant du nord de l’Eurasie. « C’était important pour nous de choisir quelque chose qui allait fonctionner avec notre climat froid. Aujourd’hui, on a 45 000 plants de camerises, dont 30 000 en bio et le reste en conversion », mentionne-t-il.

Le succès est au rendez-vous, raconte Julie Bérubé, maintenant copropriétaire de l’entreprise. « C’est un petit fruit vraiment plaisant à travailler, pas de noyau, se mangeant nature aussi bien que transformé. On travaille sur une image de marque et notre objectif est de distribuer les fruits congelés en sacs, jusqu’à Montréal. »

Encore une fois, c’est un peu par hasard que les choses se sont enchaînées, il y a trois ans, pour emmener la famille Bérubé à diversifier sa production. « Ce sont les gens qui nous ont demandé de cultiver des légumes », se souvient Françoise Marquis. « On s’était fait un jardin pour nous, et on a commencé à vendre nos surplus. Ça a eu un succès fou! Tout le monde était surpris de voir de si beaux légumes. »

Donald Bérubé et sa conjointe Françoise Marquis s’impliquent dans la régie de la ferme. Photo : Geneviève Quessy

Donald Bérubé et sa conjointe Françoise Marquis s’impliquent dans la régie de la ferme. Photo : Geneviève Quessy

Avantages et défis nord-côtiers

Malgré la saison courte qui l’oblige à abriter certains légumes sous des bâches de toile jusqu’à la mi-juillet, comme le maïs, la Ferme Manicouagan produit maintenant toutes sortes de fruits et légumes. « Autant pour la camerise que pour les carottes et les fraises, on s’est rendu compte que notre climat froid augmente leur teneur en sucre. Tout le monde nous le dit. Il y a une grosse différence avec ceux de la Montérégie ou du Lac-Saint-Jean », affirme Julie Bérubé.

Cultiver dans une région comme la Côte-Nord comporte son lot de défis, et pas seulement à cause du climat. « Il y a si peu de producteurs. Si tes outils brisent, tu ne peux pas en emprunter à tes voisins. Il faut être débrouillard », explique Laurent Bérubé. « Même chose pour la main-d’œuvre. On les forme et c’est à recommencer chaque année. Il n’y a pas d’autres fermes pour les embaucher, alors c’est difficile de les faire rester. »

Tandis que Laurent, Donald, Françoise et Luc s’impliquent dans la régie de la ferme, Julie s’occupe des tâches administratives et du développement des produits. Éric Gagnon, le conjoint de cette dernière, dirige la cuisine de la ferme, où sont fabriqués une panoplie de produits transformés à partir des récoltes.

Donald s’est aussi lancé dans la production de foin, d’avoine et d’orge, sur une autre parcelle de terrain situé en bord de mer. Il a bon espoir d’arriver à faire qualifier son orge pour la production brassicole, afin de pouvoir créer des produits en collaboration avec les microbrasseries et distilleries locales.

À la mi-septembre, les travailleurs étaient à l’oeuvre dans les champs de fleurs et de légumes de la ferme. Photo : Geneviève Quessy

À la mi-septembre, les travailleurs étaient à l’oeuvre dans les champs de fleurs et de légumes de la ferme. Photo : Geneviève Quessy

Équipement techno

La récolteuse améliorée de la ferme. Photo : Geneviève Quessy

La récolteuse améliorée de la ferme. Photo : Geneviève Quessy

Originellement conçue pour la récolte des bleuets en corymbe, dont la hauteur des buissons ressemble à celle des camerisiers, la récolteuse dénichée par la famille Bérubé n’était quand même pas tout à fait adaptée, raconte Julie Bérubé. « Peut-être parce que les camerises ne sont pas rondes comme des bleuets, mais elles roulaient moins bien vers les tapis, avaient tendance à rester sur les plaquettes et à y coller. On a donc conçu un système de soufflerie sur le dessus de la machine, actionné par une génératrice au gaz. Les camerises sont ainsi soufflées de côté vers les tapis, ce qui évite des pertes », décrit-elle. 

Le bon coup de l’entreprise

Les conserves de cornichons, de condiments, de confitures et de gelées figurent parmi les produits développés par la ferme. Photo : Geneviève Quessy

Les conserves de cornichons, de condiments, de confitures et de gelées figurent parmi les produits développés par la ferme. Photo : Geneviève Quessy

D’un commun accord, les membres de l’équipe de la Ferme Manicouagan pensent que la décision de se lancer dans la production de produits transformés a donné tout un élan à l’entreprise.

Grâce à l’expertise d’Éric Gagnon, conjoint de Julie et pâtissier de métier, une foule de produits sont développés dans la cuisine de la ferme : du ketchup aux fruits aux confitures, en passant par les tartes, les mousses desserts et les cornichons marinés. Ils sont écoulés au kiosque de la ferme et dans divers commerces de la région. « C’est arrivé au bon moment, durant la vague d’achat local pendant la pandémie. Ça nous permet d’avoir des revenus toute l’année et de donner du travail à nos employés pendant les mois où on ne travaille pas aux champs », ajoute Julie Bérubé. 

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