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Même s’ils passent progressivement le flambeau à leur fille Anne (au centre), Claire et Luc Forget sont toujours très impliqués dans les activités de la Ferme Ste-Catherine, située sur le chemin du même nom, à Sherbrooke. Photo : Gracieuseté de la famille Forget

Même s’ils passent progressivement le flambeau à leur fille Anne (au centre), Claire et Luc Forget sont toujours très impliqués dans les activités de la Ferme Ste-Catherine, située sur le chemin du même nom, à Sherbrooke. Photo : Gracieuseté de la famille Forget

Adaptés aux changements de route

SHERBROOKE — Rêvant d’un verger comme projet de retraite, Luc et Claire Forget ont acheté une terre en périphérie de la ville de Sherbrooke, en 1983. Rapidement rejoints par leur fille, ils ont finalement développé une entreprise de production agricole diversifiée, tenant bon malgré les embûches.

Au début, l’exploitation de la terre était nouvelle pour Luc, qui était vérificateur pour le gouvernement fédéral, et pour Claire, qui était archiviste de formation et qui tenait une garderie. Ils savaient tout de même qu’il faudrait de nombreuses années avant d’obtenir une première récolte de leurs pommiers nouvellement plantés. Ils ont alors progressivement délaissé leur occupation respective pour lancer des productions de plus en plus importantes de fleurs et de légumes, histoire de rentabiliser ce sol jadis piétiné par des animaux d’élevage.

Leur fille Anne, qui avait passé son enfance à courir entre les arbres et les rangées de fleurs, a troqué le plein air pour les bancs d’école jusqu’à la fin des années 90, le temps de décrocher une formation en agronomie à l’Université Laval. Elle est ensuite revenue exploiter la ferme à temps plein avec ses parents.

« J’ai toujours eu l’intérêt. Au cégep, je n’étais pas trop sûre, mais je me disais que c’était ce que je connaissais le plus. Puis, à l’université, j’aimais vraiment mes cours et ça a confirmé que c’était ce que je voulais faire », se souvient-elle.

Les propriétaires ont toujours cultivé les légumes et les fleurs selon des méthodes biologiques, mais ils se contentent d’afficher « Sans produits chimiques » puisque la certification serait trop coûteuse pour leur petite production, estiment-ils. Photo : Dominique Wolfshagen

Les propriétaires ont toujours cultivé les légumes et les fleurs selon des méthodes biologiques, mais ils se contentent d’afficher « Sans produits chimiques » puisque la certification serait trop coûteuse pour leur petite production, estiment-ils. Photo : Dominique Wolfshagen

Surmonter une expropriation

En 2009, toutefois, un coup dur frappe l’entreprise : la famille apprend que la moitié de son verger sera détruit pour permettre le prolongement de l’autoroute 410. Si les considérations prises en compte par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement avaient un peu aidé, relativise Claire, le choc n’en était pas moins grand.

Cette mésaventure aura néanmoins eu l’avantage de renforcer la proximité déjà très forte avec les clients de la ferme, qui ont même lancé une pétition pour tenter de sauver le terrain. « Ça nous a beaucoup, beaucoup aidés! Quand on se sent autant appuyés, c’est plus facile. Même qu’on continuait un peu pour eux, au début », relate Anne.

Dans les années qui ont suivi, les Forget ont donc réorganisé et optimisé l’espace restant, abandonnant certaines cultures au profit d’autres. « Ça s’est bien replacé finalement, mais on aurait pu tout arrêter et on a vraiment eu le goût, à un moment donné », confie Claire. Elle souligne que l’histoire de leur ferme ne se résume pas à cet épisode plus difficile, mais que d’avoir tenu bon durant une telle tempête a été très marquant pour la famille.

Vers une 3e génération?

Selon les trois agriculteurs, il est encore beaucoup trop tôt pour se questionner sur la relève – les enfants d’Anne n’ayant que deux et quatre ans –, mais tous soulignent l’attachement familial pour l’endroit. Même les deux autres enfants de Luc et Claire, Éric et Yves, qui travaillent respectivement en ingénierie forestière et en informatique, donnent occasionnellement un coup de pouce et prennent des nouvelles de la ferme.

Pour l’instant, les agriculteurs développent donc l’entreprise en établissant des partenariats avec certains employés. « Mais mon plus jeune tripe sur les tracteurs », lance Anne avec amusement. 

Dominique Wolfshagen, collaboration spéciale

https://soleno.com/