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Crédit photo : Marianne Bissonnette/TCN

Crédit photo : Marianne Bissonnette/TCN

Le trichogramme, cet insecticide vivant

SAINT-BARNABÉ-SUD — Réputée pour ses fraises depuis des dizaines d’années, la famille Gadbois s’est récemment lancée dans la culture du maïs sucré. Véronique, diplômée en horticulture, et Jonathan, bachelier en agroéconomie, ont instauré cette nouvelle culture lorsqu’ils se sont investis dans la ferme familiale, en 2013.

La Ferme Jocelyn Gadbois est membre du Consortium PRISME, une association d’agriculteurs qui prône entre autres la recherche et les techniques de lutte intégrée depuis ses tous débuts. Il allait donc de soi de privilégier une solution de remplacement aux insecticides en ce qui concerne la pyrale du maïs, cauchemar des producteurs de maïs sucré.

Parasite parasité

Bien que l’éradication de la pyrale par l’insertion de trichogrammes ne date pas d’hier et que son efficacité s’avère excellente, relativement peu de producteurs y font appel. Le trichogramme est un insecte parasitoïde qui pond ses œufs dans ceux d’autres insectes, dont la pyrale du maïs. La larve de trichogramme se nourrit alors de l’œuf de son hôte, le vouant à une mort certaine. Les trichogrammes sont introduits dans les champs sous forme d’oeufs, à l’intérieur de trichocartes, des petits cartons qui comportent 5 000 individus chacun. On dispose 50 cartons par hectare, et ce, chaque semaine pendant la période de ponte de la pyrale.

Malgré son prix plutôt élevé (environ 2 $ par carton), la technique s’avère un soulagement pour Jonathan Gadbois. « C’est plus cher, mais ça vaut la peine, lance le jeune producteur. Ça endommage beaucoup moins le champ que les pesticides et on ne dépend pas de la température pour installer les cartons. » En effet, les
trichocartes comportent de nombreux avantages, dont leur facilité d’installation (les cartons sont simplement posés sur les feuilles), la réduction du compactage du sol et la survie d’insectes bénéfiques comme les pollinisateurs.

De plus en plus populaire

« Quand j’ai commencé à vendre des trichogrammes, il y a 16 ans, je n’avais que 13 clients, se rappelle Stéphane Dupuis, fournisseur de trichogrammes. Maintenant, j’en ai 110! » Le propriétaire de l’entreprise Para-Bio constate année après année une hausse de popularité de son produit, principalement en Montérégie, où les champs de maïs sucré sont nombreux. Stéphane Dupuis en est d’ailleurs très fier. « Je n’ai pas le choix d’offrir des produits qui ont une efficacité équivalente à celle des pesticides, parce que ceux-ci font concurrence à mes trichogrammes. Les gens n’aiment pas trouver des vers dans leur maïs; ça fait une mauvaise publicité aux producteurs. »

Un travail d’équipe

De son côté, Jonathan Gadbois demeure persuadé que l’aide des conseillers est un facteur déterminant pour bien maîtriser la technique. « Les conseillers sont importants, parce que si tu n’es pas suivi adéquatement, tu ne sais pas ce qu’il y a dans ton champ et tu risques de te faire avoir. » Par ailleurs, Jonathan Gadbois
déplore l’augmentation des superficies de maïs-grain génétiquement résistant à la pyrale, car cela pousse le ravageur à se trouver un nouvel environnement. Les pièges révèlent un accroissement de la population de pyrales dans son champ et un dépistage assidu est donc indispensable.

 

Larve de la pyrale du maïs.

Larve de la pyrale du maïs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’ennemi à vaincre

La pyrale du maïs est un lépidoptère (famille des papillons) dont le stade larvaire cause de nombreux soucis aux producteurs de maïs sucré, mais également d’un vaste éventail d’autres cultures comme le tournesol, le houblon ou encore le poivron. Deux races, l’univoltine, qui produit une génération par année, et la bivoltine, qui en engendre deux par année, ont été répertoriées au Québec. Au cours de leur croissance, les larves migrent du dessous des feuilles, où les œufs sont pondus, vers l’épi, s’attaquant parfois directement aux grains en formation.

La Ferme Jocelyn Gadbois

Agriculteurs depuis cinq générations, les Gadbois se sont spécialisés très tôt dans la culture de la fraise, qui couvre 20 hectares de leurs terres. Ce n’est qu’à partir de 2013 que neuf hectares supplémentaires ont été consacrés au maïs sucré, quand Jonathan et Véronique, la sixième génération, se sont impliqués dans la ferme familiale.