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La cartographie du pythium et les tests de biofongicides ont été faits chez quatre producteurs, dont Marc Van Winden (au centre), par les chercheurs Hervé Van Der Heyden (à gauche) et Andréanne Sauvageau (à droite). Crédit photo : Myriam Laplante El Haïli/TCN

La cartographie du pythium et les tests de biofongicides ont été faits chez quatre producteurs, dont Marc Van Winden (au centre), par les chercheurs Hervé Van Der Heyden (à gauche) et Andréanne Sauvageau (à droite). Crédit photo : Myriam Laplante El Haïli/TCN

Quand cartographie et biofongicides font bon ménage

SHERRINGTON — En 2017, Marc Van Winden pouvait enregistrer jusqu’à 50 % de pertes de rendement dans ses champs de laitue de la Montérégie. Le grand coupable : le pythium, un micro-organisme fongique qui s’attaque aux semences et aux jeunes plantules. Un an plus tard, grâce à une réorganisation de son plan de culture guidée par les cartes du chercheur Hervé Van Der Heyden, les pertes sont passées à 10 %. Un outil qui ouvre aussi la porte à une réduction d’utilisation des fongicides chimiques.

Cartographier la maladie

Le champ sur lequel La Terre s’est rendue l’été dernier n’aurait même pas été cultivé si la cartographie du chercheur n’avait pas révélé un faible risque de développement de la maladie. « La carte a bouleversé notre plan de culture parce que logiquement, ici, ça aurait été fini », indiquait M. Van Winden au moment de la récolte en juin. Le producteur allait initialement planter ses laitues dans des terres comportant un niveau de pythium plus élevé. « J’ai planté ce sol-là, disait-il l’été passé [et] il y a une grosse différence en comparaison avec l’année 2017. » Les résultats diffèrent cependant d’un agriculteur à l’autre en raison des variabilités spatiales et climatiques.

Dans le cadre de son projet de recherche financé en partie par Prime-Vert et Fonds vert, Phytodata a développé des séquences d’ADN qui reconnaissent spécifiquement les diverses espèces de pythiums. L’équipe peut ainsi calculer l’inoculum, le nombre de spores par gramme de terre de chacun des échantillons de sol prélevés aux champs, établir des seuils de nuisibilité et présenter les résultats sous forme de carte. « On sait que cette maladie-là est plus sévère au printemps, en mai ou juin, donc on est capables de dire [au producteur] : “Plante là où l’inoculum est peu élevé quand les conditions sont favorables et après, lorsqu’elles seront moins favorables au développement de la maladie, plante dans des champs où l’inoculum est plus élevé” », explique le chercheur. En 2018, plus de 875 échantillons ont été prélevés en Montérégie.

Biofongicides

Grâce à la cartographie, le chercheur et son équipe estiment que les superficies traitées aux fongicides chimiques lors du bassinage (arrosage en préplantation) pourront être réduites de 20 à 40 %. « Si on a un champ où l’inoculum est très bas, on peut systématiquement utiliser un biofongicide [en préplantation] plutôt qu’un fongicide chimique, et si les conditions climatiques sont défavorables au développement de la maladie, on peut aussi utiliser un biofongicide », explique M. Van Der Heyden.

L’objectif n’est pas de convertir la production conventionnelle en une autre qui est biologique certifiée, mais d’amorcer une transition vers des produits de remplacement à moindre risque pour la santé et l’environnement. Un biofongicide et une régie de culture serrée pourraient même permettre, à long terme, d’accroître les rendements. 

Des essais sur de plus grandes parcelles

L’été prochain, les essais seront effectués sur de plus grandes parcelles de deux ou trois acres. Cependant, dans un horizon de trois à cinq ans, l’objectif sera de comparer le niveau de pythium dans les champs à celui d’aujourd’hui et de documenter les pratiques culturales des producteurs.