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Le premier ministre Justin Trudeau et son vis-à-vis chinois Li Keqiang ont procédé à une mise en jeu protocolaire, le 23 septembre à Montréal, peu après avoir annoncé le début des négociations pour un accord de libre-échange entre les deux pays. Crédit photo : Reuters/Christinne Muschi

Le premier ministre Justin Trudeau et son vis-à-vis chinois Li Keqiang ont procédé à une mise en jeu protocolaire, le 23 septembre à Montréal, peu après avoir annoncé le début des négociations pour un accord de libre-échange entre les deux pays. Crédit photo : Reuters/Christinne Muschi

Le libre-échange avec la Chine serait-il profitable?

Après la conclusion du Partenariat transpacifique (PTP), plusieurs observateurs ont dit que le secteur canadien de la gestion de l’offre était sécurisé pour les décennies à venir. En quoi l’ouverture des négociations de libre-échange avec la Chine change-t-elle la donne pour l’ensemble du secteur agricole?

« La Chine entend ouvrir davantage son marché et importer du Canada plus de produits agricoles de qualité et de produits de haute technologie », a annoncé le premier ministre de la Chine, Li Keqiang, dans une lettre ouverte publiée le 23 septembre dans le cadre de sa visite au Canada.

« On a tendance à voir ça positivement », indique Patrice Juneau, porte-parole de l’Union des producteurs agricoles (UPA). Ce dernier fait remarquer que la Chine a de « gros problèmes d’autosuffisance alimentaire » et que cela pourrait notamment profiter aux exportations de porc et de bœuf. « La Chine n’est pas un gros exportateur de produits sous gestion de l’offre », ajoute Patrice Juneau, qui estime donc que cette négociation est « moins préoccupante » que les deux précédentes en ce qui concerne la gestion de l’offre.

La disparité des normes entre le Canada et la Chine n’inquiète pas l’UPA outre mesure. « Ce sera à l’Agence canadienne d’inspection des aliments de faire sa job et de faire respecter les standards canadiens », affirme le porte-parole.

L’accord de libre-échange avec la Chine n’est pas pour demain et plusieurs spécialistes s’entendent pour dire que les négociations seront ardues. D’ailleurs, Pékin semble tenir à un autre accord qui permettrait d’extrader des ressortissants chinois recherchés pour des crimes commis en Chine. Or, le premier ministre Justin Trudeau a réitéré la position du Canada de ne pas extrader des gens vers des pays qui pratiquent encore la peine de mort.

L’ancien premier ministre Jean Charest estime de son côté que les Chinois ont un intérêt stratégique à signer un accord avec le Canada relativement rapidement pour faire « contrepoids » à l’élection d’un président américain, qui risque fort d’être plus défavorable aux relations avec la Chine.

Économie chinoise

Un autre facteur à garder sur l’écran radar est la vigueur de l’économie chinoise et son impact sur le marché mondial de plusieurs produits agricoles. Libre-échange ou pas, la demande chinoise joue un rôle majeur dans les prix mondiaux.

« La Chine enlève tranquillement tout son soutien aux prix des produits agricoles », mentionne Jean-Philippe Gervais, économiste en chef de Financement agricole Canada (FAC). On note par exemple une baisse du cheptel porcin de 10 % en trois ans, qui s’explique en partie pour cette raison. « Ce qui se passe en Asie pourrait jouer », soutient Maurice Doyon, spécialiste de l’économie agricole à l’Université Laval, en parlant plus spécifiquement de la Chine. Ce dernier craint que les « turbulences » qui entourent la Corée du Nord puissent amener son principal allier, la Chine, à s’isoler de l’Occident, du Japon et de la Corée du Sud. Cela pourrait ensuite avoir un impact sur le commerce.