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Boucar Diouf est arrivé dans le « frette » du Québec en 1991. Il aime ses villages et le monde qui les habite, mais il reste toujours attaché à son Sénégal, à ses racines. Crédit photo : Yvon Laprade

Boucar Diouf est arrivé dans le « frette » du Québec en 1991. Il aime ses villages et le monde qui les habite, mais il reste toujours attaché à son Sénégal, à ses racines. Crédit photo : Yvon Laprade

« Ça prend des villages pour nourrir les villes! »

LONGUEUIL — « Ça prend des villages pour nourrir les villes! Ça prend un village pour éduquer un enfant. C’est pourquoi il faut garder les villages vivants. »

Ça prend surtout un conteur de la trempe de Boucar Diouf pour décrire avec autant de verbe, autant de couleur dans les mots la réalité québécoise, ou plutôt, la force de la ruralité.

Boucar et son fils de sept ans, Anthony, se promènent dans un rang de Saint-Maxime-du-Mont-Louis, en Gaspésie. Crédit photo : Gracieuseté de Boucar Diouf

Boucar et son fils de sept ans, Anthony, se promènent dans un rang de Saint-Maxime-du-Mont-Louis, en Gaspésie. Crédit photo : Gracieuseté de Boucar Diouf

Boucar le conteur, le raconteur, le biologiste, l’océanographe, l’auteur de livres à succès… Le Sénégalais âgé de 53 ans, arrivé dans le « frette » du Québec en 1991, aime raconter et se raconter. Il apprécie surtout la vie des villages et le terroir québécois qu’il sillonne sans se lasser lorsqu’il est en tournée pour ses spectacles.

« Je me sens chez moi partout où je mets les pieds! » tient-il à rappeler. Il connaît la Belle Province comme le fond de sa poche, sans doute mieux que bon nombre de Québécois de souche. Cette connaissance de la ruralité et sa compréhension du monde et des gens lui permettent de porter un jugement éclairé sur des régions de la province qu’il affectionne.

« Je suis sensible à cette réalité-là », reconnaît-il d’emblée. Il se réjouit de voir des villages qui vont bien, mais il demeure lucide : « Il y en a aussi qui en arrachent. Ça m’attriste. Je me mets en colère quand j’entends du monde, comme le Conseil du patronat, affirmer sans gêne qu’il faut fermer des villages en manque de ressources. Il faut avoir un manque de vision pour dire des choses pareilles », mentionne-t-il.

Hurler pour évoluer

Le conteur au franc-parler n’hésite pas à dénoncer des aberrations et à remettre en question le jugement, parfois déconnecté, de ceux qui prétendent savoir, mais qui ne prennent pas toujours le temps d’aller voir sur le terrain ce qui s’y passe vraiment.

« Si je me sens concerné, si je vois que ça ne va pas, je hurle! Je me sers de ma tribune dans l’espoir de faire avancer les choses », soulève-t-il, sans prétention.

Il ajoute : « Quand je suis en tournée, on me dit : “Merci de parler des régions, de la ruralité.” On aime m’entendre m’exprimer. C’est ma façon de contribuer. Il faut dire les vraies choses. Le Québec, ce n’est pas que Montréal, Québec et Trois-Rivières! »

On l’aura deviné, Boucar Diouf a besoin d’air pour mieux réfléchir. « Ce n’est pas la ville qui m’attire », concède le conteur, citoyen urbain de Longueuil depuis une dizaine d’années.

Il travaille en ville, mais lorsqu’il est en congé, il prend vite la clé des champs. « Je me sens chez moi à Rivière-du-Loup quand je vois les battures du Saint-Laurent », évoque-t-il avec des éclats de lumière dans les yeux.

Avec lui, la vie est tout sauf un long fleuve tranquille, et c’est tant mieux! 

Yvon Laprade, collaboration spéciale.