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La crise des intrants

L’invasion de l’Ukraine par la Russie depuis la fin février entraîne des conséquences économiques pour bien des gens, mais c’est encore plus marqué chez les agriculteurs, en raison de problèmes d’approvisionnements. Pour parler de cet enjeu, Vincent Cauchy a rencontré le chef de la direction de Sollio Agriculture et vice-président exécutif de Sollio Groupe Coopératif, Casper Kaastra. Voici quelques extraits de leurs échanges dans le plus récent épisode du balado Le son de la Terre.

Q Quel pourcentage du volume d’engrais estimez-vous être arrivé en date du 7 juin?

R  Je dirais qu’environ 95 % du volume d’engrais est déjà rentré dans l’est du Canada. La majorité du volume est utilisé pendant la période d’ensemencement. En fait, nous avions déjà une bonne partie de notre volume, environ 75 %, en entreposage ici. Ces cargaisons étaient rentrées à l’automne, avant la fermeture de la voie maritime.

Q  Comment s’est passé l’approvisionnement en provenance de la Russie?

R  Nous avions déjà commandé huit bateaux en provenance de Russie avant l’invasion. Nous avions sécurisé ces approvisionnements avec nos fournisseurs. C’est la façon de faire pour pouvoir honorer les engagements avec les producteurs et qu’ils puissent connaître notamment leurs coûts de production. Nous avons quand même dû aller chercher deux de ces bateaux ailleurs avec des coûts plus élevés parce que ce n’était pas possible de les faire venir de Russie. Par contre, nous ne pouvions pas le faire avec l’ensemble des bateaux. Ça aurait généré une rupture de stock.

Q Qu’en est-il de la taxe de 35 % imposée par le gouvernement du Canada sur les produits russes ?

R  Nous avions déjà un bateau en route alors il n’a pas été taxé, mais pour les cinq autres en provenance de Russie, nous n’avons pas eu d’autre choix que de payer la taxe de 35 %. On parle d’un montant supplémentaire de plus de 30 millions de dollars. Nous avons dû payer pour être en mesure de décharger ces bateaux-là.  Si nous avions refusé de payer, nous ne serions pas dans une aussi bonne position en ce moment.

Q  Est-ce que les agriculteurs vont devoir payer cette taxe?

R  C’est ça, le problème. On continue d’essayer de travailler avec le gouvernement, notamment les ministères des Affaires étrangères, des Finances et de l’Agriculture, pour essayer de trouver une solution pour retourner le montant de cette taxe. Celle-ci ne pénalise pas le fabricant en Russie, et c’est pour ça qu’on demande que le montant soit retourné aux producteurs d’ici. Nous avons toutefois reçu un avis dernièrement avisant qu’ils ne rembourseraient pas les taxes, alors nous avons dû faire payer les producteurs. Mais nous sommes toujours en pourparlers pour les convaincre de retourner l’argent directement aux producteurs.

Q  À quel point la Russie est-elle incontournable comme fournisseur d’engrais ?

R  C’est certain que c’est une source d’approvisionnement très importante pour l’est du Canada. Nous sommes en train d’envisager de nouvelles sources d’approvisionnement pour les prochaines saisons, mais cette année, ce n’était pas envisageable.

Q Est-ce que vous croyez que la crise actuelle aura des conséquences sur les ­prochaines saisons ?

R  Il y a toujours des risques. Il y a différents pays qui tentent de sécuriser leurs approvisionnements, la nourriture pour leurs citoyens. On voit un certain niveau de protectionnisme qui arrive à gauche et à droite. Ici au Québec, il faut mettre l’accent sur les alternatives et la diminution du risque en utilisant d’autres fournisseurs.

Pour écouter l’entrevue complète et en apprendre plus sur le parcours qui a mené Casper Kaastra à la tête de Sollio Agriculture, rendez-vous à l’adresse laterre.ca/balado