fbpx
Aminata Dominique Diouf a choisi d’étudier à l’Institut de technologie agroalimentaire en raison de la renommée des pratiques agricoles canadiennes et parce qu’elle cherchait des cours en français. Les notions apprises lui ont ensuite permis de propulser son entreprise en Afrique. Photos : Martin Ménard / TCN

Aminata Dominique Diouf a choisi d’étudier à l’Institut de technologie agroalimentaire en raison de la renommée des pratiques agricoles canadiennes et parce qu’elle cherchait des cours en français. Les notions apprises lui ont ensuite permis de propulser son entreprise en Afrique. Photos : Martin Ménard / TCN

Une ancienne étudiante de l’ITA fait un tabac en Afrique

SAINT-HYACINTHE — La Sénégalaise Aminata Dominique Diouf a obtenu son diplôme de l’Institut de technologie agroalimentaire (ITA), campus de Saint-Hyacinthe en 2013, et grâce à ses études « au Canada », comme elle dit, a développé en Afrique une grande entreprise agricole qui atteint aujourd’hui les 300 hectares.

Son chiffre d’affaires frôle les 700 000 $, ce qui est remarquable considérant que la ferme de son père faisait à peine trois hectares au début des années 2000. Le magazine African Business a consacré une pleine page à la jeune agricultrice de 29 ans. Ambitieuse, Aminata veut élever son entreprise au même niveau que les multinationales, elle qui exporte déjà 50 % de sa production en Europe.

Aminata a été applaudie lors de son passage à son ancienne école où elle se souvenait encore de tous les noms de ses professeurs.

Aminata a été applaudie lors de son passage à son ancienne école où elle se souvenait encore de tous les noms de ses professeurs.

De retour au Québec

Aminata attribue une partie de son succès aux techniques agronomiques qu’elle a apprises à l’ITA. C’est pour remercier le personnel enseignant et pour partager son histoire qu’elle est venue donner une conférence à l’Institut le 18 septembre. Tirée à quatre épingles avec son tailleur et ses chaussures rouges, la Sénégalaise a expliqué comment sa décision de quitter son pays pour aller étudier au Canada était atypique pour un Africain, surtout pour une femme. « Il a fallu que je sois entêtée pour venir ici, assure-t-elle. En Afrique, les parents imposent souvent d’être une bonne femme au foyer. Alors vouloir aller étudier à l’étranger et ensuite diriger une entreprise, ce n’est pas habituel. Mais je voulais me former pour changer les choses. Il y a aussi mon père qui m’a toujours soutenue. Je lui suis très reconnaissante », explique-t-elle.

Choc à son arrivée

À sa première session à l’ITA, Aminata a vécu un choc culturel. « En Afrique, on fait tout collectivement : on mange ensemble, on vit ensemble. En Amérique du Nord, c’est individualiste. Je n’étais pas habituée à ça, je me sentais seule, j’avais peur », se souvient-elle. Celle qui disait quand même bonjour à tous les étudiants chaque fois qu’elle entrait dans une classe s’est vite fait des amis. Les professeurs ont également remarqué son désir d’apprendre. « Si elle ne comprenait pas un petit élément, elle venait tout de suite nous voir. C’est une étudiante qui ressortait », se rappelle l’enseignant Martin Gosselin.

Carence en phosphate, ravages aux cultures causés par les insectes, maladies fongiques, mauvaises herbes… « J’ai compris à Saint-Hyacinthe c’était quoi tout ça, et qu’il y avait des solutions. Quand je suis revenue en Afrique, la production totale de la ferme est passée d’une tonne de mangues à plus de 300 tonnes aujourd’hui », indique fièrement l’agricultrice.

Elle ajoute que les notions apprises lui permettent aussi de livrer ses fruits selon les exigences internationales. « Par la grâce de Dieu, j’ai pu m’inscrire à Saint-Hyacinthe. C’est une école qui m’a beaucoup marquée. Je remercie l’ITA en mon nom et au nom de mon village », insiste-t-elle, spécifiant que les écoles d’agriculture de son pays enseignent de vieilles techniques qui ne permettent pas aux jeunes d’exercer une agriculture performante et rentable.

Aminata Dominique Diouf entend poursuivre sa lancée et souhaite développer la transformation de sa production agricole. « Je veux devenir le Danone de l’Afrique », lance sans détour la jeune femme dotée d’un sens entrepreneurial très développé. Elle ajoute d’ailleurs : « L’entrepreneuriat, ce n’est pas de lâcher un projet après trois mois. Il faut y croire, il faut persévérer et avoir de grands rêves. De très grands rêves », conseille-t-elle.

« J’ai copié les fermes du Québec »

Ses études au Québec ne lui ont pas seulement laissé des notions agronomiques, Aminata Dominique Diouf s’est également inspirée des installations de plusieurs fermes. « En Afrique, les gens laissent souvent l’équipement au champ. Moi, j’ai copié les fermes du Québec en construisant des hangars pour ranger les tracteurs et stocker l’engrais et les produits de phytoprotection. Au Québec, c’est très propre », mentionne la productrice de mangues, de piments, de papayes, etc.

Elle a utilisé ses profits pour investir dans une chambre froide, des serres, un centre de conditionnement et l’énergie solaire. « Le problème au Sénégal, c’est que les agriculteurs n’ont souvent pas d’installations pour conserver leurs produits et ils les perdent ou sont obligés de les vendre à un faible prix », indique-t-elle. Aminata s’est aussi inspirée de ses formations en irrigation pour mettre en place des systèmes d’arrosage efficaces. « Il y a moyen d’avoir de l’eau, mais notre gouvernement n’investit pas pour la rendre disponible. Il faut le faire par nous-mêmes et peu de personnes s’y connaissent », mentionne-t-elle.

La ponctualité et la rigueur des employés africains demeurent un défi à la ferme d’Aminata. « Il faut leur expliquer très doucement et être toujours là pour vérifier le travail », dit-elle. Photo : Gracieuseté d’Aminata Dominique Diouf

La ponctualité et la rigueur des employés africains demeurent un défi à la ferme d’Aminata. « Il faut leur expliquer très doucement et être toujours là pour vérifier le travail », dit-elle. Photo : Gracieuseté d’Aminata Dominique Diouf

Des vacances à la ferme

Présentement en vacances au Québec depuis le 1er septembre, Aminata tenait absolument à visiter les fermes de ses anciens collègues de classe avec qui elle a gardé contact par Facebook. « Il y avait beaucoup d’émotion. C’était des moments inoubliables », indique celle qui a été jusqu’au Lac-Saint-Jean. Sur sa route, elle a cependant croisé des bâtiments agricoles abandonnés, une situation qui l’a choquée. « Mais qu’est-ce qui se passe? Il n’y a pas de relève? Pourquoi abandonner? Vous avez de la bonne terre et de l’eau. Chez moi, c’est la famine. Les gens mangent à peine deux repas par jour. Il faut produire », fait-elle remarquer.