fbpx
Une ferme de bétail et de soya dans les basses terres de Bolivie à proximité de Santa Cruz de la Sierra, dans la province de Santa Cruz, en 2013. Cette parcelle de terre où trône un silo à grains a récemment été gagnée sur la forêt. Photos : Yann le Polain de Waroux

Une ferme de bétail et de soya dans les basses terres de Bolivie à proximité de Santa Cruz de la Sierra, dans la province de Santa Cruz, en 2013. Cette parcelle de terre où trône un silo à grains a récemment été gagnée sur la forêt. Photos : Yann le Polain de Waroux

Quand la finance s’empare des terres agricoles

Dans les basses terres boliviennes de Santa Cruz, la forêt a cédé du terrain à une ferme de bétail et de soya. Cette dynamique à l’œuvre dans la région du Gran Chaco, aux confins de l’Argentine, de la Bolivie et du Paraguay, Yann le Polain de Waroux la documente depuis des années.

« La question de l’expansion urbaine est importante dans plusieurs régions du monde », observe le professeur adjoint en géographie à l’Université McGill, mais dans les plaines du Chaco où il mène ses recherches, c’est l’expansion agricole qui retient l’attention.

Yann le Polain de Waroux est professeur adjoint en géographie à l’Université McGill.

Yann le Polain de Waroux est professeur adjoint en géographie à l’Université McGill.

C’est qu’en plus de causer une déforestation à grande échelle, le développement d’immenses monocultures de soya et d’élevages bovins est à la source de conflits d’usage sur le territoire. De grands producteurs qui exploitent des milliers, voire des dizaines de milliers d’hectares s’accaparent toujours plus de terres, délogeant des paysans qui pratiquent l’agriculture vivrière ou l’élevage de subsistance, souvent depuis des générations. « Ce n’est pas un phénomène complètement nouveau », explique le chercheur, qui précise qu’on assiste, depuis près d’un demi-siècle, à « l’expulsion progressive de l’agriculture paysanne » par l’agriculture industrielle dans la région.

Ce qui est nouveau, c’est la vitesse de la progression agricole en cours. « Il n’y a jamais eu une expansion aussi massive et rapide qu’aujourd’hui », souligne M. le Polain de Waroux. Il mentionne que les propriétaires de ces vastes pâturages et de ces immenses cultures céréalières sont de plus en plus souvent de grandes entreprises financées par des fonds d’investissement internationaux, dont le « but avéré est d’augmenter la valeur des terres ».

Impact de la spéculation

Ce mouvement de « financiarisation de l’agriculture », ajoute le géographe, s’accompagne d’une forte pression spéculative qui pousse même parfois les investisseurs à déposséder les paysans de leurs terres et à les évincer par la force, « avec la complicité d’une police souvent corrompue ». Les petits agriculteurs doivent quant à eux le plus souvent se contenter de louer des terres à des propriétaires qui peuvent décider, d’une année à l’autre, de les mettre à la disposition du plus offrant.

L’accaparement des terres pour la production de biens agricoles destinés principalement à l’exportation cause « des tensions importantes » dans la région, indique Yann le Polain de Waroux. « Il y a une violence réelle contre les petits agriculteurs », affirme le chercheur. Celui-ci mène actuellement des entrevues auprès des paysans qui cohabitent tant bien que mal avec les grands producteurs.

Incomparable, mais similaire?

Bien qu’il n’ait aucune mesure avec le phénomène observé au Chaco, l’accaparement de terres agricoles par des fonds d’investissement commence à être inquiétant au Québec, souligne le chercheur.

Simon Van Vliet, collaboration spéciale