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L’agricultrice française Christiane Lambert voit dans la nouvelle politique agricole européenne des bienfaits et beaucoup de contraintes. Photo : François Démontagne/UPA

L’agricultrice française Christiane Lambert voit dans la nouvelle politique agricole européenne des bienfaits et beaucoup de contraintes. Photo : François Démontagne/UPA

L’Europe se dote d’un gigantesque plan d’agriculture verte

QUÉBEC – Les Européens ont voté en novembre dernier une réforme de leur politique agricole commune (PAC) principalement axée sur l’amélioration du volet environnemental de leur agriculture pour les sept prochaines années, le tout accompagné d’un faramineux budget de 387 milliards d’euros.

Renaud Sanscartier

Renaud Sanscartier

Cette nouvelle politique transformera le commerce agricole européen et pourrait avoir des répercussions sur l’agriculture québécoise, a indiqué l’économiste Renaud Sanscartier. Ce dernier a présenté la PAC aux agriculteurs présents au congrès de l’Union des producteurs agricoles, le 30 novembre à Québec. 

Atteindre les objectifs

La nouvelle stratégie vise à rendre le système alimentaire européen plus durable, avec l’objectif de réduire de 50 % l’usage des pesticides, des antibiotiques, des pertes de nutriment et de dédier 25 % des surfaces agricoles au bio (comparativement à moins de 10 % aujourd’hui). Les agriculteurs européens devront aussi répondre aux objectifs d’une baisse de 55 % des émissions de gaz à effet de serre pour 2030.

Renaud Sanscartier a énuméré plusieurs chiffres, spécifiant les généreuses contributions de l’Union européenne et des gouvernements de plusieurs pays européens pour leurs agriculteurs, avec une moyenne de 419 $ l’hectare en 2018. Par contre, 25 % de ce montant peut être obtenu en respectant les règles d’écoconditionnalité. « L’Europe offre un soutien beaucoup plus élevé, mais qui vient avec beaucoup plus de contraintes, de lourdeur bureaucratique et de normes auxquelles les producteurs doivent se soumettre pour avoir droit aux paiements. Cela augmentera avec la nouvelle PAC […] Et pas seulement sur le plan environnemental, ils devront aussi respecter les normes sociales, des normes de travail européennes pour avoir droit aux paiements », a donné en exemple M. Sanscartier.

Le développement d’une agriculture durable est souhaitable, estime l’agricultrice française Christiane Lambert, mais certains éléments l’indisposent. « Il y a des propositions qui nous paraissent inaccessibles et infaisables », a affirmé par vidéoconférence la présidente de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (de France). Elle a mentionné que les directives à suivre pour l’environnement entraînent par exemple un contrôle sévère de ses rotations de cultures ou le contrôle de la largeur de ses bandes riveraines, le tout effectué tous les cinq jours par satellite.

D’autre part, elle a déploré que certains concepts l’incitent à consacrer 10 % de ses terres en surfaces non productives, comme des jachères. « Cela nous paraît décalé par rapport à [la productivité requise pour] l’autonomie alimentaire », a-t-elle dit.

La dirigeante française souhaite que toutes ces normes demandées aux agriculteurs européens soient soutenues par la mise en place d’une politique solide de réciprocité des normes. « N’importons pas l’alimentation dont nous ne voulons pas [les méthodes de] production chez nous », a-t-elle dit, ce qui a fait réagir positivement les agriculteurs québécois qui l’ont applaudie. Mais paradoxalement, une réciprocité des normes européennes pourrait priver les entreprises d’ici d’un accès aux marchés européens… Renaud Sanscartier croit cependant que les producteurs québécois pourraient être mieux positionnés que ceux de certains autres pays, et ce, en raison de leurs avancées en agriculture durable et des normes environnementales québécoises sévères.