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L’ambassadeur européen Stavros Lambrinidis, entouré de Donald Trump et des représentants de l’industrie bovine américaine. Crédit : Maison-Blanche/Joyce N. Boghosian

L’ambassadeur européen Stavros Lambrinidis, entouré de Donald Trump et des représentants de l’industrie bovine américaine. Crédit : Maison-Blanche/Joyce N. Boghosian

L’Europe ouvre grande la porte au bœuf américain

Les États-Unis et l’Union européenne mettent de côté un différend vieux de plus de 20 ans et s’entendent pour élargir l’accès au marché outre-Atlantique pour le bœuf américain.

Washington compte pratiquement tripler ses envois de viande bovine vers le Vieux-Continent au cours des sept prochaines années, les faisant passer de 150 à 420 M$ US. À l’heure actuelle, les États-Unis bénéficient d’un accès sans droit de douane d’environ 13 000 tonnes de bœuf par année. La nouvelle entente fait augmenter ce tonnage de 42 % dès la première année pour finalement atteindre 35 000 tonnes/année sur une période de sept ans, soit un bond de 90 %, s’est réjoui le président des États-Unis, Donald Trump. Ces accès ne concernent toutefois que le bœuf élevé sans implants hormonaux.

Cet accord signe donc une trêve dans la querelle commerciale de plus de 20 ans concernant l’utilisation d’hormones comme promoteur de croissance en production bovine. Ces substances sont interdites dans l’Union européenne, mais leur usage est largement répandu aux États-Unis. À maintes reprises, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a dû arbitrer ce différend entre les deux nations.

Étonnamment, l’annonce du retour en masse du bœuf américain n’a pas soulevé de tollé du côté de la France, comme l’a fait quelques semaines auparavant la ratification de l’entente de libre-échange avec le Canada (AECG).

Accès difficile

Ces nouvelles importations de bœuf américain en Europe ne devraient pas venir gruger les parts de marché du bœuf canadien parce que les deux marchés sont fortement intégrés, explique le directeur général des Producteurs de bovins du Québec, André Roy. « Je ne sais pas pourquoi M. Trump se pète les bretelles parce que le volume auquel accèdent les Américains n’est pas significativement plus gros que le Canada quand on compare la taille des industries », précise M. Roy. Le nouvel accès négocié par Washington représente près de deux à trois fois celui obtenu par Ottawa, mais pour une industrie dix fois plus grosse.

Depuis l’entrée en vigueur de l’AECG, en septembre 2017, les exportations de bœuf canadien à destination de l’Union européenne sont passées de 340 à 1 059 tonnes en 2018, sur une possibilité de 20 000 tonnes, calcule la Canadian Cattlemen’s Association (CCA). Cela fait tout près de deux ans que l’organisation travaille à réduire les obstacles afin que l’AECG puisse remplir ses promesses.

La grogne des Européens

L’opposition à la ratification de l’AECG, que les Français désignent par l’acronyme anglophone CETA, atteint de nouveaux sommets sur le Vieux-Continent. L’augmentation des importations de bœuf canadien se trouve au cœur du débat puisque l’AECG prévoit un accès sans droit de douane pour 50 000 tonnes de bœuf canadien à compter de 2022. Au cours des dernières semaines, de nombreux bureaux de députés français ayant voté en faveur de la ratification ont été vandalisés. Sur les médias sociaux, les publications contre le CETA se sont multipliées. Certains internautes n’ont pas hésité à taxer les bovins canadiens de « vaches cannibales » en faisant référence à l’utilisation de farines animales dans l’alimentation du bétail. Toutefois, contrairement à l’information véhiculée en France, les bovins canadiens ne peuvent être nourris avec des farines de ruminants. Le réputé quotidien Le Monde y est même allé d’une charge contre les règles sanitaires canadiennes, dans un article sur la façon dont le Canada « utilise tous les leviers à sa disposition pour contourner les lois européennes et le principe de précaution ».