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L’effritement de la globalisation du commerce international, la COVID-19 et la guerre en mer Noire ont fragilisé la logistique, ce qui entraîne des coûts plus élevés et un service moins fiable.

L’effritement de la globalisation du commerce international, la COVID-19 et la guerre en mer Noire ont fragilisé la logistique, ce qui entraîne des coûts plus élevés et un service moins fiable.

La logistique : un maillon essentiel, fragilisé et vulnérable

Au cours des dernières décennies, la logistique internationale s’est grandement améliorée et perfectionnée. Le transport par conteneur a explosé, la taille des navires s’est fortement accrue. Tant et si bien qu’on tenait pour acquis des transports extrêmement fiables et à des coûts minima.

Des récoltes insuffisantes

L’industrie mondiale s’était convertie au concept « juste à temps », une méthode d’organisation et de gestion de la production qui consiste à réduire au minimum le temps de passage des produits à travers les différentes étapes de leur élaboration. Cette méthode de production permettait de maintenir des stocks très bas et de réduire les coûts. En accédant à l’Organisation mondiale du commerce, la Chine est devenue au début des années 2000 le fournisseur mondial de produits transportés de manière fiable et à bas prix par conteneurs.

Le commerce international des grains a bénéficié de multiples améliorations logistiques. Ainsi, le Canada a introduit une nouvelle génération de wagons-trémies transportant 100 tonnes de grains au lieu de 90 tonnes précédemment. Du côté maritime, on a vu l’apparition d’une nouvelle génération de navires vraquiers supra-max plus performants pouvant traverser le nouveau canal de Panama, ce qui a amélioré le transport des grains conventionnels. Quant aux grains de spécialité, ceux-ci ont grandement bénéficié de la performance du transport par conteneurs.

Cette logistique internationale qui fonctionnait comme une horloge suisse reposait sur un commerce mondial libre et intégré. Or, ce principe fondamental a été miné par la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine. Amorcée par M. Trump en 2018, celle-ci s’est poursuivie sous M. Biden. De partenaire commercial privilégié, la Chine est devenue un rival menaçant des États-Unis.

La COVID-19

Ensuite, la COVID-19 a ébranlé toute la chaîne logistique. L’économie mondiale a été brutalement mise sur pause au printemps 2020. Arrêter une économie est une mesure brutale et radicale, mais assez simple à mettre en place; la redémarrer est une opération beaucoup plus complexe – on en paie encore les conséquences deux ans plus tard.

Les gouvernements ont contrecarré l’arrêt de leurs économies par des dépenses publiques considérables. Les consommateurs se sont retrouvés avec un pouvoir d’achat accru sans pouvoir dépenser sur de nombreux services (pas de voyages, spectacles, etc.). La demande s’est donc rabattue massivement vers des biens de consommation, très souvent produits en Chine. Le transport par conteneurs a été bouleversé par ce changement brutal de la demande mondiale. Les transporteurs veulent à tout prix ramener les conteneurs en Chine pour y expédier tous ces biens de consommation. Le coût des conteneurs a explosé, leur disponibilité et leurs échéanciers sont devenus aléatoires. La situation a été aggravée par le blocage du canal de Suez en mars 2021 et la politique chinoise de tolérance zéro pour la COVID-19 qui entraîne la fermeture totale des ports lorsque des cas sont détectés.

L’invasion de l’Ukraine

Un autre problème a surgi récemment, affectant cette fois-ci le transport par vraquiers : l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Ces deux pays sont de très grands exportateurs de grains (et d’engrais en ce qui concerne la Russie) via les ports de la mer Noire. Les ports ukrainiens ne sont plus opérationnels, et l’accession aux ports russes est problématique : embargos, sanctions financières internationales, explosion des primes d’assurance en raison des risques, etc. Le flux mondial des grains et des engrais a été modifié par ce conflit : des vraquiers doivent être repositionnés, créant des perturbations.

L’effritement de la globalisation du commerce international, la COVID-19 et la guerre en mer Noire ont fragilisé la logistique, ce qui entraîne des coûts plus élevés et un service moins fiable. Malgré cela, les exportations de grains du Québec bénéficieront toujours du fait qu’on dispose des ports du Saint-Laurent pour l’exportation des grains par vraquiers, et plus particulièrement du port de Montréal pour le transport par conteneurs.

Ramzy Yelda, analyste principal des marchés, Producteurs de grains du Québec


Cet article a été publié dans l’édition de mai 2022 du magazine GRAINS