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Photo : Shutterstock.com

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Les producteurs de porc peuvent respirer

Les éleveurs porcins du Québec peuvent pousser un soupir de soulagement après presque trois ans de tensions sino-canadiennes à la suite de la libération des « deux Michael » et de Meng Wanzhou, le 25 septembre dernier. Cette action diplomatique viendra faciliter les futurs échanges commerciaux avec la Chine, un des plus grands importateurs de porc québécois.

Selon Bruno Larue, professeur titulaire à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation à l’Université Laval, on ne devrait plus craindre une crise comme celle de 2019. Pourquoi ? Car la Chine n’a plus rien à gagner à faire pression sur ses échanges commerciaux avec le Canada. « La relation entre le Canada et la Chine s’est améliorée depuis le retour des deux Michael, qui étaient gardés en otages en Chine. Je ne crois pas que la Chine va bloquer à nouveau les exportations de porc en provenance du Canada », dit-il. Rappelons que l’embargo chinois sur le porc canadien en juin 2019 avait été imposé après que le pays eut affirmé avoir découvert des traces de ractopamine, un additif souvent utilisé sur les bêtes d’élevage et interdit en Chine, dans une livraison de viande porcine canadienne.

Aussi, la Chine se bat depuis près de trois ans avec sa propre pandémie : la peste porcine africaine (PPA). Selon M. Larue, ce facteur l’oblige à continuer d’importer une grande quantité de porc, notamment du Canada. « La difficulté qu’avait la Chine à gérer les problèmes de fièvre porcine africaine [en 2019] a aidé au retour à la normale », estime-t-il.

Que faire pour prévenir une autre crise?

Même si les risques d’un autre dérapage sont désormais relativement faibles, ils n’en sont pas moins inexistants. Comment les éleveurs de porcs québécois peuvent-ils donc se préparer à une telle éventualité?

Pour Pascal Thériault, économiste et chargé de cours à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’environnement de l’Université McGill, il n’y a en réalité pas vraiment d’action concrète que ces derniers peuvent poser. Selon lui, il faut plutôt s’en remettre aux instances supérieures. « C’est là que la politique entre en jeu, explique-t-il. Il s’agit de développer une relation harmonieuse avec différents partenaires internationaux pour être capable de combler les lacunes en matière d’exportation lorsque nécessaire. »

En effet, même si la Chine s’avère être un allié clé pour les éleveurs québécois – 23 % des exportations lorsque combinées à Hong Kong et au Vietnam –, elle demeure néanmoins un marché compliqué avec lequel faire affaire. En 2008, pour les Jeux olympiques de Beijing, le pays hôte avait importé d’énormes quantités de béton pour construire les installations olympiques, ce qui avait entraîné une grave pénurie de conteneurs pour les autres produits importés.

En rapport avec cela, M. Thériault signale qu’il faudra d’ailleurs surveiller le retour à la normale pour le transport maritime à la suite du blocage du canal de Suez en mars dernier, qui continue de provoquer des retards de livraisons de toutes sortes, entre autres en raison du manque de conteneurs.

Une relation ébranlée

L’affaire Huawei a beaucoup affecté le marché porcin québécois à ses débuts. Le conflit, provoqué par l’arrestation, à Vancouver, de la directrice financière de l’entreprise de télécommunications chinoise Meng Wanzhou en décembre 2018, a suscité de grandes représailles de la part du géant communiste. Accusant le Canada de faire la besogne des États-Unis, qui étaient à l’origine de la demande d’arrestation en vertu du traité d’extradition entre les deux pays, les Chinois ont coupé toutes les importations de viande canadienne de juin à novembre 2019, générant pour les éleveurs de porcs québécois des pertes de 119 M$.

Par Laurent Côté et Édouard Desroches

Cet article a été produit en association avec le cours Quête de sens journalistique, animé par Jean-François Gazaille à l’Université du Québec à Montréal