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Photo : Shutterstock.com

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Le bourdonnement chaud de l’automne

L’arrivée des temps froids, qui se fait de plus en plus ressentir sur l’ensemble du Québec, est synonyme d’un important travail chez les apiculteurs : celui de l’hivernation des ruches, qui représente un défi de taille à cause des chaleurs persistantes de l’automne. 

À l’approche de l’hiver, les apiculteurs doivent préparer leurs abeilles aux basses températures. C’est ce qu’on appelle plus couramment l’hivernation. Lors de ce processus, les apiculteurs adaptent donc la ruche. Ils doivent notamment choisir un endroit propice où cette dernière pourra passer l’hiver et fournir aux abeilles une quantité de nourriture adéquate pour le faire. 

Les abeilles ressentent les changements de température, et cela entraîne une baisse de la productivité au sein de la ruche, explique Adrien Dupis, garde-parc naturaliste pour la Société des établissements de plein air du Québec (SÉPAQ). Les apiculteurs doivent donc aider les abeilles à se préparer au mieux pour cette période de transition en enlevant un étage à la ruche par exemple.

La première étape de l’hivernation consiste d’abord à retirer le miel des ruches, indique Julie Fontaine, de la Ferme Au Pied-de-Loup, située à Saint-Georges-de-Windsor en Estrie. « Après, on nourrit les ruches avec de l’eau sucrée et on fait les traitements. Quand la température baisse, on déplace les ruches vers leur lieu d’hivernage, on les emballe et on attend. » 

Si l’automne constitue une période aussi occupée qu’importante auprès des apiculteurs, c’est entre autres parce que tout le travail effectué au cours de la période estivale touche à sa fin. « C’est l’heure d’extraire, de récolter, et de distribuer le miel généré lors des mois précédents », rapporte Geneviève Bergeron, coordonnatrice chez Alvéoles, service d’apiculture urbaine. Ce qui constitue, selon elle, déjà une charge de travail considérable est suivi des préparatifs pour l’hiver, qui permettent d’assurer la survie de la ruche et des abeilles lors des temps plus froids. 

Afin d’assurer la survie des abeilles, l’apiculteur ou l’apicultrice doit également mettre en place un nourrissage approprié. Selon les régions au Québec, il faut donc entre 20 et 25 kg de sirop, plus précisément de sucre transformé en sirop, pour permettre aux abeilles de tenir jusqu’au mois d’avril.

Des chaleurs qui bouleversent tout ?

Chez les apiculteurs du sud du Québec, la saison automnale s’amorce habituellement aux alentours de la mi-novembre. Toutefois, les records de chaleurs enregistrés cette année permettent de poser la question suivante : ces températures plus chaudes ont-elles une incidence quant à la préparation effectuée en vue de l’hiver ? 

Pour Adrien Dupis, ces températures plus chaudes n’ont pas vraiment d’importance. « Les chaleurs tardives se répercutent juste sur le moment où les apiculteurs agissent. »

Du côté de la ferme Au Pied-de-Loup, l’un des enjeux les plus considérables des grandes chaleurs de l’automne est le travail que demandent celles-ci aux abeilles d’hiver. « Une abeille d’hiver peut vivre cinq mois. Parce que ces abeilles ont beaucoup plus de matières grasses à l’intérieur, elles vont passer l’hiver; elles sont bâties pour ça », explique Julie Fontaine. L’apicultrice ajoute également que les automnes plus chauds apportent des problèmes supplémentaires : avec de telles chaleurs, les abeilles d’hiver sortent et s’exposent aux dangers extérieurs, s’épuisent, et vivent donc moins longtemps. Pour Julie Fontaine, ces températures chaudes sont synonymes d’un risque que la ruche se dépeuple et que d’autres abeilles meurent, en plus des 30 % habituel.

Ce qui pose également problème avec les automnes chauds, c’est le fait que tous les éléments nécessaires à la culture du miel ne sont pas rassemblés. Ainsi, si les verges d’or sont encore en fleurs, la conception du nectar est impossible étant donné que l’eau se fait rare par temps sec.  

De plus, une météo imprévisible retarde tout le processus. « Ça retarde la mise en ballots pour ceux qui hivernent à l’extérieur : on emballe nos ruches, alors je suis obligée d’attendre parce qu’il fait trop chaud. Je vais voir ce qu’ils annoncent comme météo, mais d’après moi, ça n’ira pas avant mi-novembre », conclut Julie Fontaine. 

Si une chose est sûre, c’est que les réels effets de ces chaleurs automnales pourront être observés au printemps prochain.

Par Véronique Bossé et Manon Touffet

Cet article a été produit en association avec le cours Quête de sens journalistique, animé par Jean-François Gazaille à l’Université du Québec à Montréal