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Photo : Shutterstock.com

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Au sujet des accidents mortels dans les fermes

La mort tragique d’une adolescente de 13 ans lors d’une chute dans la fosse à purin d’une ferme familiale de Saint-Armand en Estrie, le 14 octobre, a frappé la communauté agricole du Québec. La Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) n’est pas intervenue, puisque l’accident s’est produit en milieu familial. Cela dit, les fermes ont souvent la particularité de constituer à la fois un milieu familial et un lieu de travail.

Selon l’Union des producteurs agricoles (UPA), « plus de la moitié des entreprises agricoles (57 %) ne sont pas couvertes par la CNESST et échappent au contrôle exercé par cet organisme pour faire respecter les règlements ».

Les données émises par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) révèlent que 232 décès imputables à un traumatisme lié au milieu agricole et 158 décès impliquant de la machinerie agricole ont été recensés entre 2000 et 2016. De plus, 1 543 cas d’hospitalisation ont été rapportés entre 2009 et 2019. Ces nombres correspondent à des taux annuels de 15 décès et 170 hospitalisations par 100 000 personnes lorsque rapportés sur la population agricole du Québec. Dans 67 % des cas de décès d’enfants en milieu agraire, la machinerie agricole est impliquée.

Des tragédies évitables?

Selon Martin Caron, président de l’UPA, il peut être dangereux de ne s’en remettre qu’à ce qu’on a toujours fait et de présumer qu’il s’agit de la méthode la plus sécuritaire lorsqu’on travaille dans une ferme. « Il faut briser ce faux sentiment de sécurité et se poser les bonnes questions. [Sinon, cela] revient à prendre des risques inutiles », a-t-il déclaré dans un communiqué cet automne, alors qu’il était vice-président de son organisation.

Bon nombre d’accidents pourraient être évités, croit-il, si les producteurs agricoles et leurs employés formulaient des interrogations toutes simples avant d’effectuer leur travail, telles que : « Est-ce que le travail que je m’apprête à faire comporte des risques pour moi ou pour les autres? Si c’est le cas, que puis-je faire pour les éliminer ou, à tout le moins, les réduire? Est-ce que je sais comment faire ce travail de façon sécuritaire? Sinon, comment dois-je m’y prendre? Ai-je les bons outils, le bon équipement? De quoi ai-je besoin pour effectuer le travail de façon sécuritaire? »

L’INSPQ recommande également certaines actions qui peuvent être entreprises par les propriétaires de terres afin de réduire les risques d’accident. Parmi celles-ci, on retrouve l’installation et l’utilisation de la ceinture de sécurité sur les tracteurs ainsi que l’installation de dispositifs de sécurité sur la machinerie. Pour les enfants, il est aussi prescrit d’instaurer une barrière claire entre aires de jeu et lieux prévus pour les activités agricoles.

Mise à jour du guide de la sécurité des enfants à la ferme

À la suite de l’accident de Saint-Armand, l’UPA a annoncé que dès le début du mois de novembre, le Guide de la sécurité des enfants à la ferme 2021 serait remis de l’avant, en collaboration avec la CNESST. « C’est un guide qui permet aux producteurs d’évaluer les tâches que les enfants sont capables de faire à la ferme. Ce sont des recommandations pour leur sécurité », a expliqué M. Caron.

Il a d’ailleurs fortement encouragé les producteurs à « prendre le leadership de [leur] santé et de [leur] sécurité » en adhérant à la mutuelle de prévention offerte par l’organisation, qui peut aider ces derniers dans leurs démarches de prévention.

Par Laurent Côté et Édouard Desroches

Cet article a été produit en association avec le cours Quête de sens journalistique, animé par Jean-François Gazaille à l’Université du Québec à Montréal