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Crédit photo: Martin Ménard / TCN

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« On fait vider nos forêts pour pas grand-chose »

Les propriétaires de lots boisés affirment qu’ils ne reçoivent pas un prix équitable pour le bois qu’ils livrent aux scieries, ce qui compromet la rentabilité de leurs opérations.

Crédit photo: André Roy

Crédit photo: André Roy

« Ce qui est très regrettable, c’est que les scieries obtiennent présentement des prix records pour le bois scié, et l’on sait qu’elles pourraient donner davantage aux propriétaires de forêt privée, mais ce n’est pas le cas », explique Pierre-Maurice Gagnon, président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec, qui représente 30 000 producteurs. Lui-même propriétaire de lots boisés, il soutient que l’industrie ne donne pas aux producteurs leur juste part, sous prétexte qu’elle doit se prémunir contre les effets des droits compensateurs imposés par les Américains. « C’est exagéré, surtout avec le prix que les usines reçoivent et le taux de change qui les avantage », renchérit-il.

Selon la Fédération, le prix offert aux propriétaires de boisés privés pour des résineux destinés au marché du bois d’œuvre oscille de 55 $ à 70 $/m3, et ce prix est « relativement stable » depuis quelques années. De son côté, le prix du produit fini a remonté à des niveaux jamais vus depuis 2004.

« C’est ce qu’on peut offrir »

Normand Simard, directeur des approvisionnements de sept usines de sciage du Groupe Lebel, comprend la position des producteurs. Il apporte cependant des nuances. D’abord, il y a une différence entre le prix moyen du bois d’œuvre affiché par Pribec et celui que l’usine reçoit réellement. De plus, il affirme que d’énormes volumes de bois se retrouvent présentement sur les marchés, ce qui crée de l’instabilité. « Scier, raboter, sécher, payer les droits compensateurs… En fin de compte, le prix actuel, c’est malheureusement tout ce qu’on peut offrir aux producteurs », résume-t-il.

Quant aux marges bénéficiaires, il les juge « fragiles, mais correctes. Elles nous permettent pour une fois des investissements nécessaires pour la modernisation », ajoute M. Simard.

Profits trop minces

À Plessisville, Léo Nadeau tire ses revenus de la forêt depuis plus de 50 ans et il n’aime pas ce qu’il voit. « Avant, on donnait 50 % du bois à un entrepreneur en échange de ses travaux et on gardait le reste; on faisait des profits. Aujourd’hui, il faut remettre près de 70 % aux entrepreneurs pour qu’ils puissent vivre. Présentement, on fait vider notre forêt pour pas grand-chose », commente-t-il. L’un de ses fils souhaitait prendre la relève, mais le forestier pense qu’il devrait travailler dans un autre domaine, plus stable et plus payant.

Ghislain LeBlond, directeur des syndicats des producteurs de bois de la Mauricie et du Centre-du-Québec indique que les volumes commercialisables de bois sont très intéressants ces temps-ci, mais il calcule que les propriétaires ne peuvent pas en profiter pleinement, car les marges se sont trop amincies. « Une fois que le propriétaire a tout payé, il ne reste plus grand-chose dans ses poches. Dans le cas des premières éclaircies commerciales de plantations, il ne reste carrément rien », donne-t-il en exemple.


Échos des régions

Les prix reçus par les propriétaires pour leur bois varient d’une région à l’autre. Pour certains d’entre eux, la situation actuelle est difficile alors que d’autres s’en tirent mieux.

Estrie  – André Roy souligne que la concentration de l’industrie du sciage explique en partie les prix « inéquitables » que les forestiers comme lui reçoivent pour leur bois. « Les prix que nous recevions étaient parmi les meilleurs au Québec, mais sept usines importantes avec lesquelles on faisait affaire ont fermé après la crise de 2008. Étant donné qu’il y a moins d’acheteurs, les prix sont maintenant moins compétitifs. Celui qui perd, c’est le propriétaire de boisé », relate celui qui est également le président du Syndicat des producteurs de bois de l’Estrie.

Bas-Saint-Laurent – Propriétaire de 1 200 ha de bois, Jean-Marie Gilbert subit aussi le manque de concurrence. « Avant, nous avions plusieurs acheteurs de bois de la même essence, alors que maintenant, nous vendons à une entreprise. Il nous dit son prix et ça finit là. Considérant les frais d’exploitation à la hausse et l’aide à l’aménagement moins élevé, c’est la période la moins rentable que nous n’avons jamais eue. »

Saguenay – Jacques Lavoie exploite 400 ha de forêt avec sa famille. Il reçoit un prix moyen de 56 $ le mètre cube et affirme que son entreprise est rentable. Il reste positif. « Les lots ne nous ont pas coûté cher, mais même en achetant un lot aujourd’hui, je crois qu’il y a moyen de faire de l’argent », analyse-t-il.

En Estrie comme au Bas-Saint-Laurent, afin de rétablir le rapport de force avec les scieries et d’obtenir un meilleur prix, on évoque la création d’une agence de vente régionale pour le bois de sciage.

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