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La photo de gauche d’Alain Gauthier a été prise il y a un an lors d’une visite de La Terre dans Portneuf. Celle de droite montre l’état de la même érablière en terres publiques qui a subi depuis une coupe partielle. Photos : Alain Gauthier

La photo de gauche d’Alain Gauthier a été prise il y a un an lors d’une visite de La Terre dans Portneuf. Celle de droite montre l’état de la même érablière en terres publiques qui a subi depuis une coupe partielle. Photos : Alain Gauthier

Les acériculteurs crient au saccage des érablières publiques

Il y a exactement un an, à Rivière-à-Pierre dans Portneuf, Alain Gauthier se croisait les doigts pour que la coupe autorisée par le ministère des Forêts du Québec ne cause pas trop de dommages à une érablière publique située près de la sienne. Finalement, un grand nombre d’érables sont passés sous la scie de l’entrepreneur forestier. L’acériculteur a par ailleurs été stupéfait d’apprendre que les gestionnaires de la forêt publique de son secteur ont modifié les critères désignant un potentiel acéricole, en le faisant fondre de 2 000 à… 183 hectares. 

La Terre a questionné le ministre des Forêts, Pierre Dufour, au sujet des présumés saccages d’érablières en terres publiques au profit des compagnies forestières. Le ministre dit prendre la situation des acériculteurs au sérieux. Après avoir entendu les partis concernés, il posera des actions, le cas échéant. Il a également eu vent que « dépendamment d’où on se trouve au Québec, ils [les acériculteurs] semblent avoir plus d’écoute sur certaines tables [de gestion intégrée des ressources et du territoire] que d’autres ». « Ça aussi, il va falloir en discuter », promet le ministre.

« L’érablière n’est plus récupérable »

Malgré les bonnes volontés du ministre, le mal est fait à Rivière-à-Pierre, affirme Alain Gauthier. « Il y avait beaucoup d’arbres martelés [identifiant les arbres que l’entrepreneur allait couper]. Et ils ont fait la coupe avec de la grosse machinerie. Le terrain était difficile, alors ils ont brisé beaucoup [de jeunes érables]. L’érablière n’est plus récupérable », déplore-t-il. Cette érablière de 4 000 entailles située près des chemins et des lignes électriques aurait éventuellement pu lui servir à agrandir son entreprise ou être exploitée par un jeune de la relève. « Il est trop tard », peste-t-il.

Depuis que La Terre a consacré un dossier à la situation des érablières en forêts publiques en mars 2020, la situation ne s’est pas améliorée. Au contraire, elle se détériore, disent les Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ), qui dénoncent à cet effet la Stratégie nationale de production de bois présentée le 16 décembre par le ministre Dufour. Selon les PPAQ, la stratégie du ministère doublera la récolte forestière d’ici 2080, sans tenir compte du potentiel acéricole. Avec les ventes de sirop d’érable qui avancent de record en record, les PPAQ croient qu’il faut penser au futur et protéger le potentiel acéricole des forêts publiques.

Le ministre Dufour assure que l’acériculture fait partie de sa stratégie. Il dit cependant qu’il faut faire la part des choses face à cet objectif de doubler la récolte d’arbres, car 96 % de toute la possibilité forestière de la forêt publique ne concerne pas des peuplements qualifiés d’acéricoles. 


Le ministre réclame un plan d’émission de contingents

Pierre Dufour

Pierre Dufour

En entrevue avec La Terre, le ministre des Forêts, Pierre Dufour, rappelle que la forêt publique appartient à tous les Québécois et que plusieurs groupes la convoitent : compagnies forestières, acériculteurs, environnementaliste, villégiateurs, etc. Selon lui, les environnementalistes exercent autant de lobbying [afin d’obtenir plus d’aires protégées] que l’industrie forestière. Et bien que le ministre veuille développer l’érable, notamment en raison de la valeur que crée cette industrie, il demande au secteur acéricole de lui fournir un plan à long terme sur l’émission des contingents. Car si les Producteurs et productrices acéricoles du Québec n’émettent pas de droits de produire (quotas) supplémentaires, personne ne pourra démarrer les érablières mises à leur disposition en terres publiques.

« Les acériculteurs nous disent souvent qu’ils voudraient une protection additionnelle pour des superficies de forêts publiques. Lorsqu’on leur demande quand [ils mettront ces superficies en production] ils répondent peut-être dans 5 ans, 25 ans ou 60 ans. On m’a même parlé de 80 ans! On ne peut pas juste banquer du terrain. À un moment donné, il faut savoir où on s’en va. Comment voulez-vous une gestion forestière en disant “peut-être dans 50 ans”? » questionne M. Dufour.

Le ministère consulte actuellement les membres des différentes Tables de gestion intégrée des ressources et du territoire, afin d’établir des superficies appelées des potentiels acéricoles à prioriser (PAP). L’acériculture sera priorisée dans ces zones. La localisation et la proportion de ces PAP sont notamment négociées par l’industrie acéricole et l’industrie forestière.