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Photo : Shutterstock.com

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Acériculture : l’énergie solaire se taille une place

L’intérêt grandissant pour des procédés écoénergétiques et efficaces, auquel la flambée du prix de l’essence n’est pas étrangère, amène beaucoup d’exploitants à envisager une conversion à l’énergie solaire. Des acériculteurs qui ont fait le grand saut partagent leur expérience.

Le panneau monté sur une remorque assure une meilleure stabilité face aux vents violents de la région. Photo : Gracieuseté de Réjean Doré

Le panneau monté sur une remorque assure une meilleure stabilité face aux vents violents de la région. Photo : Gracieuseté de Réjean Doré

Un système à énergie solaire comporte deux composantes : une pompe et l’équipement pour produire l’énergie (panneau, batteries et régulateur de charge). Ce déploiement peut s’adapter à différents scénarios. Réjean Doré, qui exploite une érablière de 200 entailles à Saint-Alexandre-de-Kamouraska, a choisi d’installer son panneau de 325 watts sur une remorque. « Je suis dans une situation où on ne peut pas avoir d’électricité et je n’avais pas envie de travailler avec des moteurs à essence, qui impliquent beaucoup de pollution et de dépenses », explique-t-il. 

Valeur ajoutée, la mobilité du dispositif en élargit l’usage : située 20 mètres plus loin, la station de pompage montée sur palette fait aussi office de mini centrale d’électricité. M. Doré opère sa production acéricole en mode hybride, donc en combinant gravité et pompe. « La gravité aide à remplir les lignes, ce qui est avantageux pour la pompe parce qu’on élimine la succion à vide », précise l’acériculteur, qui favorise ici l’usage de petites tubulures. 

Par une journée de bonne coulée, cette installation lui a permis de recueillir jusqu’à 90 gallons (170 litres). Pour lui, une vigilance accrue des fuites constitue un incontournable. « Il faut prendre le temps de faire la tournée pour détecter les microfuites, s’assurer que les chalumeaux sont bien plantés et que les écureuils n’ont pas endommagé les tubulures », recommande le producteur, qui insiste également sur l’importance d’être supervisé par des intervenants qualifiés pour l’installation. 

L’emplacement du site doit être suffisamment dégagé pour permettre une exposition  adéquate Photo : Gracieuseté d’Écosolaris inc.

L’emplacement du site doit être suffisamment dégagé pour permettre une exposition adéquate Photo : Gracieuseté d’Écosolaris inc.

Une fois que les aménagements sont fonctionnels, le défi consiste à prévenir le gel de tuyaux. « Le dispositif peut être aussi simple qu’une lumière régulière avec filament dans la boîte avec un thermostat de chauffage pour le 110 volts. Quand la température descend sous le degré voulu, soit 3 degrés Celsius, la lumière allume pour réchauffer l’intérieur de la boîte. Le but n’est pas de chauffer la boîte, mais d’éviter le gel de la pompe », rappelle M. Doré, qui a mis sa formation de technicien en électronique à contribution dans ce projet. 

« Le type d’installation dépend de la grosseur du système, de la pompe et de l’autonomie qu’on désire », précise pour sa part Jonathan Pelletier, conseiller technique chez Batterie Expert. « Un panneau plus gros avec un voltage plus élevé permet plus de distance entre le panneau et la boîte. » En matière de performance énergétique, l’emplacement reste un critère prépondérant. « Il faut d’abord déterminer combien on va consommer d’énergie », indique Ronan Le Guillouzic, conseiller solaire photovoltaïque chez Écosolaris. « Ensuite, il faut calculer les moyennes d’ensoleillement dans des conditions optimales. Dans la forêt, il y a des zones d’ombre. On voudra s’assurer d’avoir assez d’exposition au soleil. C’est une des contraintes qu’on rencontre dans ce type de projet. » 

L’équipement solaire « mobile » de Réjean Doré inclut un panneau solaire et une boîte sur palette.

L’équipement solaire « mobile » de Réjean Doré inclut un panneau solaire et une boîte sur palette.

Facteurs de rendement

Acériculteur de la région de Portneuf, Michaël Tessier a quant à lui installé le panneau capteur sur le toit de sa station de pompage. Son système consiste en une petite pompe électrique à diaphragme double de 2,3 cfm, connectée à un panneau 260 watts muni de quatre batteries 235 ampères-heures (Ah) de 6 volts.

« La pompe consomme environ 4,5 Ah, ce qui procure une autonomie de 48 heures sans énergie solaire », indique le producteur qui exploite 750 entailles. S’ajoute au dispositif de base un contrôleur à distance qui vient maximiser les atouts d’une solution 100 % électrique. « Avec un système à essence, lorsque la pompe s’arrête et que tu n’es pas là pour la réalimenter, la récolte s’arrête aussi. Le contrôleur peut activer la pompe solaire à distance, ce qui permet de récolter plus d’eau, par exemple les nuits où ça ne gèle pas », soutient M. Tessier. 

Au fil de divers essais, l’acériculteur, qui fonctionnait d’abord en mode hybride, a progressivement migré toutes ses lignes au réseau solaire. Il obtenait alors un vacuum de 20-21 inHg, un rendement optimisé à 28 cette année. Une performance qu’il attribue à une tubulure 3/16, à une étanchéité optimale, à l’élimination des érables creux et à deux valves antiretour (à clapet) installées l’une en amont, l’autre à la sortie. « La pompe à diaphragme fonctionne sur un principe de va-et-vient : une deuxième valve à la sortie empêche le retour de l’air à l’intérieur, ce qui réduit la perte d’efficacité », explique l’ingénieur de formation. 

Une deuxième valve à la sortie empêche le retour de l’air à l’intérieur, ce qui réduit la perte d’efficacité. Photo : Gracieuseté de Michaël Tessier

Une deuxième valve à la sortie empêche le retour de l’air à l’intérieur, ce qui réduit la perte d’efficacité. Photo : Gracieuseté de Michaël Tessier


Pour plus de détails sur ces installations, visitez les liens suivants : 
https://www.youtube.com/watch?v=7grnX3AW8u0
https://www.erable-chalumeaux.ca/une-station-de-pompage-solaire-autonome-pour-petite-erabliere/


Nathalie Laberge, collaboration spéciale

Cet article a été publié dans l’édition de septembre 2022 du magazine Forêts de chez nous.