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Pollution des rivières : les agriculteurs sont montrés du doigt à tort ou à raison?

L’Union des producteurs agricoles (UPA) prétend que les agriculteurs ne sont pas les principaux responsables de la pollution et de l’eutrophisation des cours d’eau et estime que ceux-ci manquent d’information quant à l’application de la réglementation du régime transitoire visant les rives, le littoral et les zones inondables. Le ministère de l’Environnement, à l’inverse, assure que les producteurs disposent de toute l’information disponible, et depuis longtemps. 

Néanmoins, l’état des rivières ne s’améliore pas, révèle le dernier rapport sur l’état des ressources en eau et des écosystèmes aquatiques du Québec, publié en 2020. Les indicateurs mesurés dans les petits cours d’eau qui sont influencés par l’agriculture affichaient alors un état global mauvais ou intermédiaire mauvais. Le guide de pêche et technicien en aménagement faunique Alec Delage affirme que les habitats de poissons du lac Saint-Pierre se sont détériorés en raison de l’eutrophisation. 

39 déclarations de conformité

Le ministère de l’Environnement souligne qu’il est obligatoire pour les agriculteurs qui désirent poursuivre leurs activités en zone de littoral de se conformer et de déposer une déclaration de conformité. Sauf qu’en date du 2 novembre 2022, le ministère avait reçu seulement 39 déclarations de conformité. Des producteurs disent qu’ils manquent d’information pour localiser les limites de la zone littorale, mais le ministère n’est pas d’accord. « Depuis 1987, date de l’entrée en vigueur de la Politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables, les méthodes pour déterminer l’emplacement de la limite du littoral sont diffusées par notre ministère, fait valoir la relationniste Caroline Cloutier. Ces méthodes n’ont pas changé, même dans le cadre du régime transitoire. Le ministère a aussi produit la carte interactive de la limite du littoral (arcgis.com). Les municipalités peuvent aussi détenir des informations additionnelles. » Cette dernière ajoute que les agronomes ont reçu une formation spécifique sur l’application du régime transitoire le 3 mars 2022 et que durant l’été 2022, plus de 250 agriculteurs ont été rencontrés par des intervenants du contrôle environnemental du ministère afin de leur exposer les exigences du régime transitoire pour leur propriété, tout en leur remettant un document synthèse.

Le président de l’Union des producteurs agricoles, Martin Caron, souligne que certaines rencontres du ministère à la ferme se sont bien passées, mais que d’autres, non. « Les échos que j’ai eus, c’est que le ministère a envoyé des stagiaires pour expliquer le régime transitoire et pour montrer les limites des hautes eaux. Je pense qu’envoyer des étudiants, ce n’est peut-être pas la bonne chose, car le problème pour plusieurs producteurs, c’est de savoir la limite de la zone inondable, elle est où », plaide-t-il.  

Expropriés?

Martin Caron déplore de surcroît la non-reconnaissance des ouvrages, comme les digues, par le ministère, qui considère ainsi certains champs comme étant en zones inondables, alors qu’avec les digues, ces terres ne sont plus inondées, dit-il. Le président de l’UPA mentionne qu’il n’est pas contre la réglementation du régime transitoire, mais il assure que de la façon dont il est appliqué, « les producteurs ne se sentent pas juste expropriés, mais sentent qu’on s’approprie leur production agricole ».

Le ministère répond à ce sujet que la culture du sol en zone de littoral et dans les trois premiers mètres de la rive était auparavant interdite par la Politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables. « Le régime transitoire permet dorénavant la culture en littoral à certaines conditions, et lève temporairement les interdictions d’apporter des intrants. Il s’agit d’un assouplissement de la réglementation provinciale et municipale », rappelle Mme Cloutier.

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« Il faut que les gens allument »

Guide de pêche au lac Saint-Pierre depuis vingt ans, Alec Delage, qui a également suivi une formation en technique d’aménagement faunique, déplore que depuis des années, les différents intervenants se lancent la balle concernant la dégradation des habitats du poisson, sans que le résultat s’améliore. « Il y a eu plusieurs comités et je participe encore à des rencontres, mais bla-bla-bla, ça tourne en rond. La réalité, c’est que pendant ce temps-là, la ressource poisson diminue. Ce n’est pas compliqué, ce sont les habitats qui se dégradent. L’eutrophisation, la sédimentation. Prenons l’exemple de la perchaude. Ça fait 10 ans que la pêche est interdite pour que la population se refasse, mais il n’y a pas plus de perchaude aujourd’hui. Pourquoi? Car son habitat est dégradé. Il y a urgence d’agir. Il faut que les gens allument », explique celui qui tient aussi une école de pêche au lac Saint-Pierre, où chaque été, il transmet aux jeunes des notions sur la biologie des poissons et sur les techniques de pêche. 

Sans jeter la pierre uniquement aux agriculteurs, il assure que l’absence de bande végétalisée le long de plusieurs cours d’eau, l’utilisation de techniques culturales qui créent de l’érosion du sol ainsi que la mauvaise application de fertilisants ou leur surutilisation représentent un problème important aux habitats. Des études québécoises le soulignent, et lui-même le constate visuellement dans son secteur. « Le printemps passé, je revenais d’un atelier que je donnais aux jeunes d’une école, et en bordure du fleuve, je vois un tracteur qui épand du purin dans son champ au trois quarts inondé. La mâchoire m’a décroché. Il épandait comme si de rien n’était. Oui, certains s’améliorent et bravo, mais quand je vois ça, je me dis qu’avec d’autres, rien n’a changé. »

Responsabilité du milieu agricole

Martin Caron est en désaccord avec ceux qui tiennent le milieu agricole responsable de l’eutrophisation et de la sédimentation des cours d’eau. « Ce n’est pas juste du côté agricole, pensons aux flushs de Montréal. Le milieu agricole, on a le dos large, je trouve. » Cela dit, il milite pour que les producteurs adoptent les cultures de plantes de couverture. « En tant que producteurs, on est mobilisés. Si nos sols sont couverts, on améliore la qualité de l’eau. Il ne faut pas de sol à nu. Là-dessus, on est d’accord, mais mettre une bande végétative mur à mur, non. »