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Pas si facile de devenir producteur d’électricité

Tel que publié dans La Terre de chez nous

Des producteurs ont investi dans le secteur des énergies renouvelables, plus particulièrement dans les éoliennes. Leur objectif, devenir autoproducteur d’électricité et réduire leur facture énergétique.

En effet, l’installation d’une éolienne de 50 kW et moins, l’éolienne domestique, ouvre la porte à différents programmes avec Hydro-Québec sous certaines conditions. L’un de ces programmes, l’option de mesurage net, permet d’accumuler des crédits de kilowatts produits par l’éolienne. Mis en banque pour une période maximale de 24 mois, ces crédits pourront être utilisés lorsque l’éolienne ne génère pas suffisamment d’électricité pour répondre à la consommation de l’entreprise. Un compteur à double registre ou de nouvelle génération installé par Hydro-Québec mesure la quantité de kilowatts produits par l’éolienne. Ces derniers seront soustraits des kilowatts utilisés à la ferme. C’est avec cet argument que de nombreux producteurs ont effectué l’achat d’éoliennes domestiques. Selon la taille de l’éolienne et la consommation d’électricité de l’exploitation, la rentabilité d’un tel investissement prendrait entre 8 et 10 ans. Après cette période et jusqu’à la durée de vie de l’équipement (20 à 25 ans), les coûts d’électricité seraient moindres ou quasi nuls.

Hydro-Québec confirme qu’il y a 10 éoliennes en milieux agricoles qui ont été mises en service au cours des dernières années. « Un maître électricien nous envoie un rapport lors de la mise en service de l’éolienne; il teste les appareils de raccordement au réseau et non l’éolienne comme telle », explique Philippe Venne, ingénieur à l’Unité stratégique réseau chez Hydro-Québec. La société d’État ne sait pas si ces éoliennes sont toujours opérationnelles.

Des producteurs agricoles mentionnent avoir eu une surprise de la part d’Hydro-Québec relativement à leur admissibilité au programme d’option de mesurage net. Ces producteurs engendrent des appels de puissance, une consommation de plus de 50 kW, et ils ne sont pas admissibles à ce programme. Pierre Lachance, propriétaire d’ÉcoloÉnergie, affirmait lors d’une entrevue téléphonique à la Terre qu’Hydro-Québec avait changé ses critères d’admissibilité en cours de route : « Seulement pour les éoliennes de 50 kW, afin de diminuer l’implantation des éoliennes domestiques au Québec, Hydro-Québec a modifié son programme d’option de mesurage net par lequel elle a ajouté une clause qui dit que si le producteur atteint des pics dépassant 50 kW, il n’est pas éligible à obtenir des crédits de kilowatts. » Du côté de la société d’État, Philippe Venne rétorque qu’« Hydro-Québec n’a pas changé ses normes techniques de raccordement de l’autoproduction depuis août 2005 et que les conditions d’admissibilité à l’option tarifaire de mesurage net n’ont pas changé depuis l’établissement du tarif par la Régie de l’énergie en 2006 ».

Appel de puissance

L’option de mesurage net n’est pas accessible pour les entreprises qui atteignent des pics de consommation dépassant 50 kW. De simples opérations quotidiennes comme démarrer un système de traite ou de gros convoyeurs nécessiteront des appels de puissance. C’est pourquoi de nombreuses exploitations agricoles ne se qualifient pas au programme d’option de mesurage net. « Alors, par l’entremise de leur mandataire, des clients nous ont demandé d’être admissibles au programme d’autoproduction sans compensation », affirme Philippe Venne.

Avec ce programme, les producteurs n’accumulent aucun crédit. Ainsi, lorsque l’éolienne génère de l’électricité, on abaisse la facture énergétique. Le surplus d’électricité produit est par ailleurs injecté dans le réseau d’Hydro-Québec. En plus, avec le programme d’autoproduction, les agriculteurs auront à prendre en charge les frais de raccordement au réseau, notamment pour l’installation de compteurs à double registre ou de nouvelle génération. Des frais qui ne s’appliquent pas chez les producteurs admissibles au programme option de mesurage net, l’installation du compteur étant gratuite.

Pour les producteurs qui nécessitent des appels de puissance, il est possible d’installer un contrôleur de charge. Cet appareil permet de contrôler l’ouverture et la fermeture de certains équipements électriques, et ce, dans le but de réduire la demande en électricité et d’éviter des appels de puissance. Des experts techniques d’Hydro-Québec auraient suggéré à un producteur d’installer un contrôleur de charge. Malgré tout, l’agriculteur a enregistré un certain nombre d’appels de puissance et après quelques avertissements, Hydro-Québec l’a rebranché au programme d’autoproduction sans compensation. « Si, dans 12 mois, il n’y a aucun appel de puissance, le producteur pourra être admissible à nouveau au programme d’option de mesurage net », spécifie Philippe Venne.

Encore des délais

Des producteurs se sont plaints des délais relativement à l’installation du compteur nouvelle génération ou à double registre d’Hydro-Québec. « Il y a un délai type lorsqu’un client effectue une demande de remplacement de compteur, le délai est de quelques semaines », dit Philippe Venne, sans être capable de plus de précisions.

Avant d’investir

Hydro-Québec recommande à tous les producteurs agricoles intéressés par l’énergie renouvelable et par le programme d’option tarifaire de mesurage net de s’entourer dans un premier temps de spécialistes, d’ingénieurs et de maîtres électriciens. Avant d’acheter n’importe quel équipement, on leur conseille de faire évaluer leur dossier de raccordement chez Hydro-Québec. « On vérifie les données techniques sur papier, notamment que les onduleurs [appareils servant au raccordement au réseau] sont conformes aux exigences et aussi que le client est admissible à l’option tarifaire de mesurage net. Et si le producteur n’est pas admissible, s’il le désire, il peut formuler une demande d’autoproduction sans compensation », signale Philippe Venne.

Selon Hydro-Québec, peu importe le type de compteur installé chez le producteur agricole, il est clairement indiqué sur sa facture d’électricité s’il y a eu appel de puissance, donc une consommation de plus de 50 kW. « Hydro-Québec ne peut pas admettre au programme d’option de mesurage net les clients qui nécessitent des appels de puissance de plus de 50 kW; c’est l’une des conditions fixées par la Régie de l’énergie », mentionne Philippe Venne.

Enfin, Hydro-Québec rappelle qu’elle ne recommande aucun équipement en particulier et se dissocie de toute entreprise de vente d’équipements. « Notre rôle consiste à s’assurer de la sécurité de l’appareil pour les clients, le réseau et les travailleurs. On vérifie que l’appareil n’injecte pas de pollution dans notre réseau électrique », précise Philippe Venne. Hydro-Québec vérifie que l’onduleur (appareil qui sert à faire le raccordement au réseau) est certifié norme CSA.

Ailleurs au Canada

Chez Endurance Wind Power, on vend des éoliennes ailleurs au Canada, aux États-Unis et en Europe. Leurs éoliennes de 50 kW sont fabriquées en Colombie-Britannique. Le délai entre la signature du contrat et la mise en service des éoliennes prend généralement de 6 à 12 mois, selon la réglementation municipale et les différentes autorisations nécessaires. On mentionne qu’il y a des frais facturés annuellement aux clients pour l’entretien : changement d’huile, graissage, etc.