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«On va-tu manger d’l’asphalte?»

« Quand il n’y aura plus d’agriculture, on va-tu manger d’l’asphalte? »

Cette phrase, prononcée en boutade par Marcel Papin, président de la Fédération de l’UPA de Lanaudière, résume toute l’incompréhension des producteurs et des citoyens de Mascouche opposés à l’expropriation d’agriculteurs au profit de l’aéroport de plaisance.

Selon lui, la relocalisation de l’aéroport de Mascouche, sur les plus belles terres cultivables du Québec, risquerait encore une fois de se faire au détriment de l’agriculture.

Le producteur et syndicaliste a fait cette allusion au bitume après avoir marché, sous un soleil de plomb, samedi, la distance séparant le site de l’éventuel aéroport en zone verte et l’hôtel de ville de Mascouche. Il n’était pas le seul à battre la marche.

À ses côtés, quelque 600 producteurs et citoyens ont fait le parcours sur 3,1 km, scandant des slogans et brandissant des pancartes partisanes et peu élogieuses à l’endroit de l’administration municipale du maire Guillaume Tremblay. Près d’une dizaine d’agriculteurs de la région ont tenu à manifester à bord de leur tracteur sous escorte policière.

Nicolas Lemieux, porte-parole du comité des citoyens, s’en est pris au maire, l’accusant entre autres de mettre les citoyens devant un fait accompli en se servant d’un « subterfuge légal et d’arguments douteux », selon lui, pour vendre son projet de développement de la zone industrielle qu’il souhaite créer sur l’emplacement de l’actuel aéroport, près de l’autoroute 640.

Le maire Tremblay a répliqué, en entrevue à TVA, que la Ville « peut se permettre de prendre moins de 1 % de terrains agricoles » étant donné que « 75 % de notre territoire est en terre agricole ».

Ce dossier sera à l’ordre du jour, ce soir, lors de la tenue d’une assemblée du conseil municipal qui s’annonce houleuse et où ça risque de voler bas…

« Tu vas te tasser! »

De son côté, Marcel Groleau, président général de l’Union des producteurs agricoles (UPA), présent à cette marche citoyenne contre la relocalisation de l’aéroport sur des terres agricoles, avait un message à livrer à ceux qui continuent de gruger des terres pour mieux servir les promoteurs de tout acabit.

« Depuis 10 ans, a-t-il déploré, on a perdu l’équivalent de l’île de Montréal. Il faut arrêter d’avoir une vision à court terme sur l’utilisation de notre territoire. »

Il craint en outre que des projets de relocalisation, comme celui de l’aéroport, ne contribuent davantage à réduire le périmètre de la ceinture verte, « qui est aussi le poumon de la région de Montréal. Les arbres et l’agriculture constituent ce poumon, et si vous empiétez sur cette zone, vous limitez l’oxygène des enfants et celui des générations futures ».

Parmi la foule de manifestants, il y avait beaucoup de familles. Les Gouger, menacés d’expropriation, étaient émus par tant de gestes d’appui à leur cause et à celle des voisins et agriculteurs visés par le projet de relocalisation de l’aéroport sur leurs terres.

« Ça fait chaud au cœur de voir autant de monde nous donner leur appui! », a confié à la Terre Gilles Gouger.

Marcel Groleau fait partie du groupe d’amis du producteur. Il juge inadmissible le comportement de la ville à son égard. « On lui a dit : “Tu vas te tasser!”. C’est insultant. Ça ne peut plus marcher comme ça! »

Pourtant, il n’y a aucune pancarte à vendre à la ferme des Gouger. Mais la Ville, elle, a déjà entamé les procédures légales pour prendre possession des lieux afin d’y faire décoller les aéroplanes de la colère.

Précisons que le nouvel aéroport doit occuper une surface de quatre millions de pieds carrés. La Ville soutient que 11 propriétés seront expropriées.