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Mi-chaud mi-froid pour l’agriculture

Tel que publié dans La Terre de chez nous

Alarmants pour l’avenir de l’agriculture dans plusieurs régions de la planète, les changements climatiques pourraient avoir un effet bénéfique sur certains producteurs au Québec.

« Au Québec, les changements climatiques ne seront pas que négatifs pour l’agriculture », soutient la coordonnatrice du programme agriculture chez Ouranos, Anne Blondlot. Appelée à commenter le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) publié en septembre, la spécialiste affirme que l’évolution climatique pourrait favoriser certaines cultures, comme les fourrages. « Selon les données, la saison va être plus longue et plus chaude, avance-t-elle. Ça pourrait permettre une coupe de plus chaque année. »

La carte des cultures pourrait également changer. Le climat de régions comme le Saguenay–Lac-Saint-Jean pourrait devenir propice à la culture de maïs et de soya, explique Anne Blondlot. D’un autre côté, l’augmentation des températures serait susceptible de faciliter la culture de plusieurs plantes comme la vigne. L’experte souligne aussi que le réchauffement des températures diminuera le coût du chauffage des fermes québécoises.

Tout n’est pas rose

Anne Blondlot se garde bien de s’emballer au sujet des effets positifs des changements climatiques. « Il y aura également beaucoup d’effets négatifs dont les impacts sur l’agriculture sont difficiles à évaluer », indique-t-elle. Le Québec sera frappé par des évènements météorologiques extrêmes plus fréquents, note-t-elle. Pour l’horizon 2041-2070, le nombre de jours de canicule par année devrait augmenter, passant de 7 à 21. « La neige, cruciale pour les plantes en hiver, sera moins présente, lance-t-elle également. Les évènements de gel-dégel qui causent des dommages à la luzerne, par exemple, seront aussi plus nombreux. »

Les températures plus clémentes seront également plus propices à la venue d’insectes et à la prolifération des maladies et des mauvaises herbes, prévient Anne Blondlot. « De plus, on sait qu’il va faire plus chaud en été, mais on n’a pas de signal clair qu’il y aura plus de pluie, rapporte-t-elle. On peut croire que le stress hydrique des plantes augmentera. » Paradoxalement, une recrudescence d’épisodes de précipitations extrêmes pourrait causer des inondations plus fréquentes.

Quel bilan tracer?

Pour Anne Blondlot, il paraît difficile de dresser un bilan positif ou négatif des changements climatiques sur l’agriculture au Québec. « On ne sait pas comment ça va tourner. Ça va dépendre de l’interaction entre les différents facteurs et de la façon dont on s’adapte à eux », expose-t-elle. La coordonnatrice du programme agriculture chez Ouranos ne voit toutefois pas de raison de s’alarmer. Selon elle, les producteurs agricoles s’adaptent déjà aux changements climatiques et ils continueront de le faire. Elle tient à préciser que les producteurs agricoles font beaucoup d’efforts en matière d’environnement, et ce, même s’ils ne constituent pas les plus gros pollueurs.