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L’augmentation de la photosynthèse par unité de surface, comme la culture de plants intercalaires, serait le meilleur moyen d’améliorer le bilan environnemental des producteurs de grains de l’Est du Canada. Photo : Claude Fortin

L’augmentation de la photosynthèse par unité de surface, comme la culture de plants intercalaires, serait le meilleur moyen d’améliorer le bilan environnemental des producteurs de grains de l’Est du Canada. Photo : Claude Fortin

Les producteurs de grains du Canada visent la carboneutralité

Les producteurs de grains du Canada et du Québec s’engagent à améliorer leur bilan environnemental. Les producteurs de partout au pays se sont donné l’ambitieux objectif de ramener à zéro leurs émissions nettes de carbone dans l’atmosphère d’ici 2050.

Marie-Élise Samson est professeure adjointe  en sol et environnement au Département  des sols et de génie agroalimentaire  de la Faculté des sciences de l’agriculture  et de l’alimentation de l’Université Laval.

Marie-Élise Samson est professeure adjointe en sol et environnement au Département des sols et de génie agroalimentaire de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval.

« On veut trouver des solutions plutôt que de se les faire imposer de l’extérieur », reconnaît William Van Tassel, vice-président des Producteurs de grains du Canada et producteur de blé, de maïs, de soya, de canola et d’orge brassicole à Hébertville, au Lac-Saint-Jean. « Si le gouvernement nous impose ses solutions, ce n’est pas certain qu’elles vont être adaptées à nos réalités. On connaît bien notre production. On est capables de trouver des solutions adaptées », ajoute le vice-président des Producteurs de grains du Canada, qui admet qu’il a fallu être persuasif pour convaincre les membres de la quinzaine d’associations de producteurs du pays à endosser le projet. « Les premières rencontres ont été difficiles, mais c’est allé plus vite dernièrement. Les producteurs récalcitrants ont compris que c’était important d’agir. »

La carboneutralité des producteurs de grains ne pourra pas se faire sans l’aide des gouvernements du Québec et d’Ottawa, croit pour sa part Benoit Legault, directeur général des Producteurs de grains du Québec. « Il y aura un bout de financement qui sera nécessaire pour amener les producteurs à aller plus loin et plus vite. Il faudra des incitatifs », estime M. Legault, pour qui l’objectif d’une carboneutralité pour 2050 représente « un gros défi ». D’abord parce que la réalité sur le terrain diffère d’un producteur à l’autre au Québec et dans le reste du pays. Dans l’Ouest, par exemple, les sols séquestrent davantage le carbone que dans l’Est du pays, notamment en raison de l’utilisation des semis directs depuis plus d’une trentaine d’années. Ensuite, parce que, malgré l’importance de l’enjeu climatique, les producteurs doivent y trouver leur compte. « Produire en quantité suffisante, selon la qualité demandée, et le faire de façon à ce que la production soit intéressante et rentable pour la relève, ce sont trois grands objectifs qu’on doit relever, mais les producteurs sont positifs », estime Benoit Legault. 

Un plan d’action d’ici la fin de l’année

Les moyens pour ramener à zéro les émissions nettes de gaz à effet de serre des producteurs de grains restent à déterminer. « On va engager un consultant pour trouver le chemin à prendre pour arriver à être carboneutres en 2050. On ne sait pas si ce sera possible, mais on aimerait avoir notre plan d’ici la fin de 2022 », explique William Van Tassel, qui évoque les semis directs et les plants de couverture intercalaire comme solutions possibles.

Pour Marie-Élise Samson, professeure adjointe en sol et environnement au Département des sols et de génie agroalimentaire de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval, les moyens dont disposent les producteurs de grains pour améliorer leur bilan environnemental demeurent limités, mais des gains sont possibles. « Il y a quand même un certain potentiel au niveau de la séquestration de carbone dans les sols agricoles », explique Marie-Élise Samson. « Ce potentiel est d’autant plus grand que, de façon générale, les sols sont dégradés », ajoute la professeure qui signale que le recul de la production laitière, dans l’Est du pays, explique en bonne partie pourquoi les sols de la région sont devenus une source plutôt qu’un puits de carbone. « Avec les fermes laitières, dans les rotations, on avait plusieurs années de prairies. On avait donc plus de photosynthèse par unité de surface comparativement aux grandes cultures. » Selon la chercheuse, l’augmentation de la photosynthèse par unité de surface représente ainsi la meilleure façon d’améliorer le bilan carbone des grandes cultures de l’Est du pays.

Les semis directs, comme on le fait dans l’Ouest, ne sont pas adaptés au contexte pédoclimatique de l’Est, dit-elle. « Partout où c’est plus froid et humide, on constate qu’il n’y a aucun effet du type de travail du sol sur les stocks de carbone qu’il retient. » Par contre, précise Marie-Élise Samson, « tout ce qui permet d’augmenter la quantité de végétaux par unité de surface dans le système [la culture de plants de couverture intercalaire, des bandes riveraines élargies, la plantation de haies, etc.] va permettre de stocker plus de carbone parce qu’il y aura plus de photosynthèse ». Comme dans le « bon vieux temps », aurions-nous envie d’ajouter.


Mesurer le bilan carbone, un autre défi

La lutte aux changements climatiques suppose de pouvoir mesurer l’efficacité des différentes actions menées. « Peu importe ce que les producteurs feront, si la science n’est pas capable de démontrer ou de mesurer l’effet des nouvelles pratiques sur les stocks de carbone du sol, on ne pourra pas dire qu’on a atteint la carboneutralité », explique Marie-Élise Samson, professeure adjointe en sol et environnement au Département des sols et de génie agroalimentaire de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval. La méthode actuelle, laborieuse et coûteuse, observe la chercheuse, consiste à prélever des échantillons de sol en différents endroits et à en faire l’analyse en laboratoire. « Il faudra trouver un compromis entre les coûts et la précision des mesures. C’est le grand défi actuel de la science », soutient la scientifique selon qui une solution pourrait être trouvée d’ici une dizaine d’années grâce, notamment, aux satellites et à la photographie multispectrale.

Claude Fortin, collaboration spéciale


Cet article a été publié dans l’édition de mai 2022 du magazine GRAINS