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Les plantes fourragères pérennes ont la particularité d’être très efficaces pour transférer une bonne quantité de C vers le sol comparativement aux cultures annuelles. Photos : Archives / TCN

Les plantes fourragères pérennes ont la particularité d’être très efficaces pour transférer une bonne quantité de C vers le sol comparativement aux cultures annuelles. Photos : Archives / TCN

Les bénéfices de la séquestration du carbone pour les agriculteurs

La concentration en CO2 de l’atmosphère a considérablement augmenté depuis plus d’un siècle, passant de 290 ppm en 1850 à près de 412 ppm en 2020. Dans ce contexte, il est primordial d’encourager les pratiques agricoles qui vont séquestrer du carbone (C) ou en maintenir les stocks dans les sols ou la végétation.

Les agricultrices et agriculteurs peuvent ainsi devenir des actrices et acteurs clés dans la lutte contre les changements climatiques, tout en bénéficiant eux-mêmes de ces pratiques.

Les plantes fourragères pérennes ont la particularité d’être très efficaces pour transférer une bonne quantité de C vers le sol comparativement aux cultures annuelles, grâce à un plus grand investissement de C dans leurs racines et à une plus longue période de croissance. La faible fréquence de travail du sol dans les rotations avec des plantes pérennes peut aussi diminuer les pertes par décomposition de la matière organique. Ainsi, l’implantation de prairies sur des sols cultivés principalement en cultures annuelles permet, en général, d’augmenter significativement le stock de C du sol dans les premières années (ou décennies).

Ensuite, un plateau est atteint et le C n’augmente plus. Cependant, conserver les superficies en prairies est primordial pour limiter notre impact environnemental, étant donné que ces systèmes contiennent généralement de 15 à 25 % plus de C que les sols sous cultures annuelles dans l’est du Canada. Si leur superficie diminue au profit des cultures annuelles, il en résulte une diminution du taux de matière organique et une émission additionnelle de CO2 vers l’atmosphère.

Des pistes à explorer

Pour des prairies déjà bien en place, existe-t-il encore des voies pour augmenter les stocks de C du sol? Le potentiel de gain supplémentaire est plus important dans les prairies dégradées ou peu productives que dans les prairies déjà bien établies et bien gérées, en jouant par exemple sur l’apport de fertilisants pour augmenter la productivité végétale, et par conséquent les apports de C du sol. Les mélanges d’espèces pérennes constituent aussi une voie prometteuse pour améliorer et maintenir le stock de C dans les sols. Pour les prairies en pâturage, une optimisation de la densité des animaux ou de la durée du pâturage pourrait aussi augmenter le C du sol. Enfin, pourquoi ne pas envisager la plantation d’arbustes ou arbres en bordure de champs ou même dans les prairies en favorisant une séquestration de C cette fois-ci dans les arbres? Selon la destination du bois récolté (bois d’ébénisterie ou de construction), ce C pourrait continuer à être piégé pendant encore plusieurs décennies.

D’un point de vue agronomique, les agriculteurs ont tout intérêt à ­adopter des pratiques favorisant la séquestration du C. En effet, l’amélioration du niveau de matière ­organique, surtout dans des sols qui en sont appauvris, va généralement de pair avec l’amélioration de la structure du sol, de la rétention en eau, de l’activité biologique et enfin de la fertilité du sol. Ainsi, ces ­systèmes évoluent progressivement vers des milieux plus ­productifs et plus résilients face aux changements climatiques, au bénéfice des agriculteurs.

Émilie Maillard, Ph. D., Marie-Noëlle Thivierge, agr., Ph. D., et Denis Angers, Ph. D.