Éoliennes domestiques : des producteurs agricoles trouvent les délais trop longs

Tel que publié dans La Terre de chez nous

C’est à la suite d’un appel téléphonique d’un producteur agricole que La Terre de chez nous s’est intéressée aux éoliennes domestiques.

Des éoliennes érigées depuis plusieurs mois et qui ne tournent pas. Des boîtes remplies de pièces d’éoliennes entreposées dans des garages et qui tardent à être installées. Un peu partout au Québec, des producteurs ont effectué l’achat d’éoliennes domestiques. L’objectif : devenir autoproducteur d’électricité afin de réduire leur facture énergétique. Si l’idée s’avère intéressante, la réalisation concrète des projets d’éoliennes traîne en longueur pour plusieurs. Les producteurs interviewés prennent leur mal en patience et attendent que le vent tourne.

De longs délais

À Upton, Claude Lapointe, de la Ferme Delapointe, a signé un contrat avec ÉcoloÉnergie, une entreprise spécialisée dans la vente d’éoliennes domestiques, pour une éolienne de 30 kW en juillet 2012. Après réflexion, le producteur arrête son choix sur une 50 kW. « En septembre 2012, nous avons opté pour une éolienne de 50 kW; les pièces sont arrivées en décembre 2012. En février 2013, les travaux de fondation ont été réalisés et l’éolienne a été montée en septembre », relate Claude Lapointe. Les hélices ne tournent pourtant pas. Une pièce arrivée en janvier 2014 devrait être installée dans les jours qui viennent et permettre à l’éolienne de fonctionner.

Achetée à l’automne 2012 et installée en août 2013, l’éolienne de 20 kW de Camil Faucher, de la Ferme Faucher inc. à Saint-Éphrem-de-Beauce, a tourné pendant trois semaines avant qu’une pièce ne brise. « Les pièces viennent de Chine et il a fallu du temps avant que la compagnie cerne le problème », dit calmement Camil Faucher. Récemment, ÉcoloÉnergie l’a informé que son éolienne sera réparée d’ici un mois. « L’important, c’est que la situation soit corrigée, que notre éolienne fonctionne. Je crois que M. Lachance fait son possible, mais les délais se multiplient », concède Camil Faucher.

À Pike-River, Ernest Gasser, des Fermes Gasser, possède une éolienne de 50 kW entreposée dans son garage depuis août 2013. « On a signé le contrat en début d’année 2013. Nous avons payé 50 % de l’éolienne lors de la signature du contrat et le restant à la livraison en août dernier. C’est 224 000 $ qui dort dans le garage », explique Ernest Gasser. La semaine dernière, les Fermes Gasser recevaient d’Hydro-Québec une lettre indiquant qu’elles ne sont pas éligibles au programme de l’option de mesurage net, car elles atteignent des pics de consommation trop élevés. « On se demande actuellement si ça vaut la peine de continuer d’installer l’éolienne », se questionne Ernest Gasser.

À Henryville, les Barry, de la Ferme Barryville, ont réussi à mettre fin à leur contrat après près d’un an d’attente et à obtenir un remboursement de leur premier versement. « Les délais se multipliaient et on nous a demandé de payer une surcharge pour les travaux de fondation du soc de béton et du filage. À ce moment, on a refusé de payer et ÉcoloÉnergie a accepté de nous rembourser. Il n’y avait eu aucuns travaux de commencés », relate Daniel Barry.

À Saint-Ours, à la Ferme JN Beauchemin, Ghislain Beauchemin croit toujours que l’énergie éolienne sera avantageuse pour son entreprise. « Nous avons signé notre contrat avec ÉcoloÉnergie en janvier 2013. Finalement, notre éolienne de 50 kW devrait être installée en avril 2014 », mentionne-t-il. Ghislain Beauchemin abonde dans le même sens que les autres producteurs et trouve que les délais ne sont pas raisonnables.

Pierre Lachance, propriétaire d’ÉcoloÉnergie, l’entreprise qui vend des éoliennes domestiques aux agriculteurs, dit avoir effectué un choix d’affaires. Il y a quatre ans, M. Lachance a réalisé une analyse de marché et rencontré d’autres entrepreneurs ayant fermé boutique dans le domaine de l’éolienne. « Ils ont tous fait la même erreur. Ils sont partis avec des entrepôts remplis de pièces, avec beaucoup de stocks à supporter », mentionne-t-il. Ce dernier offre une garantie de 10 ans sur les pièces et il souhaite pouvoir l’honorer pendant de nombreuses années encore. « C’est clair, les producteurs agricoles savaient depuis le jour 1 qu’on n’a pas de pièces en stock. Quand ça fait défaut, il faut que je les fasse venir. C’est sûr qu’il y a un délai de trois à cinq mois dans certains cas », affirme Pierre Lachance.

Les producteurs ayant signé un contrat avec ÉcoloÉnergie considèrent l’ensemble des délais trop longs. Toutefois, dans une copie de ce contrat obtenue par le journal, il est stipulé : « Le client convient et accepte qu’il puisse parfois survenir des retards possiblement importants en raison de conditions météorologiques ou relatives aux fournisseurs en dehors de tout contrôle du vendeur qui rendrait impossible le respect des dates de livraison prévues. » Cela étant dit, les producteurs qui ont signé un contrat avec ÉcoloÉnergie croient toujours au grand potentiel de l’énergie éolienne.

La plupart d’entre eux souhaitent voir leur éolienne tourner, et ce, le plus tôt possible afin de pouvoir commencer à rentabiliser leur investissement. Ils conseillent cependant aux agriculteurs intéressés par l’énergie éolienne de bien s’informer avant de signer tout contrat, notamment des modalités de paiement, des délais et de l’admissibilité aux programmes d’Hydro-Québec.

L’implantation d’éoliennes en zone agricole constitue un dossier d’une grande complexité. La Terre de chez nous, au cours des prochaines semaines, poursuivra l’analyse de ce phénomène en progression.

Devenir producteur d’électricité

L’achat d’une éolienne de 50 kW et moins, considérée comme domestique, ouvre la porte, sous certaines conditions, à l’option de mesurage net d’Hydro-Québec. La Terre de chez nous publiera un article sur le sujet la semaine prochaine.

Attention au bruit

Lors de notre visite chez Keith Boomhower, l’éolienne de 10 kW tournait à plein régime. Un bruit, comme un sifflement, a attiré notre attention. Nous avons donc demandé à Pierre Lachance si les éoliennes étaient habituellement bruyantes. Il a avoué qu’une éolienne sur quatre (de capacité de 20 kW) émettait suffisamment de bruit pour être problématique, sans arriver à savoir pourquoi, mais qu’il travaillait toujours à trouver une solution.