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La punaise diabolique se reconnaît par son corps brun marbré en forme de bouclier. Crédit photo : IRIIS phytoprotection

La punaise diabolique se reconnaît par son corps brun marbré en forme de bouclier. Crédit photo : IRIIS phytoprotection

Le diable à nos portes?

La punaise marbrée, un nouveau ravageur aussi connu sous le nom de punaise diabolique, fait son nid dans le Grand Montréal. Les spécialistes en protection des cultures se préparent à son arrivée dans les champs.

Un premier sujet a été capturé en 2014 dans un verger de Franklin, près de la frontière américaine. Depuis, des pièges ont été déployés dans différents milieux urbains et ruraux. Un réseau national de surveillance de la punaise marbrée est aussi en place.

Pour l’instant, la punaise se concentre en ville. « Les premières captures à Montréal ont été faites en 2016. Plusieurs signalements spontanés ont également été rapportés par des citoyens montréalais en 2017 et 2018 », indique la Ville de Montréal. Dans les bâtiments, la punaise constitue une nuisance puisqu’elle cherche à y trouver refuge pendant l’hiver. Elle ne pose cependant aucun risque pour la santé humaine ou animale. Elle sécrète toutefois des substances malodorantes lorsqu’elle est dérangée, souligne la fiche technique du Laboratoire de diagnostic en phytoprotection du ministère de l’Agriculture du Québec (MAPAQ). Les Américains l’ont d’ailleurs qualifiée de punaise « puante ».

Menace

En revanche, ce polyphage gourmand représente une menace pour plusieurs centaines de végétaux. « On s’inquiète particulièrement pour les cultures fruitières, surtout les pommes et le soya. Partout où elle s’est établie, la punaise a causé des dommages considérables », explique Jacques Brodeur, de l’Institut de recherche en biologie végétale de l’Université de Montréal. Les dégâts devraient cependant être moindres ici que dans le Midwest des États-Unis, où elle sévit depuis plusieurs années. « On est à la limite nord de sa distribution, mais selon le modèle climatique, on sait qu’elle va s’établir au Québec », précise le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en lutte biologique. Quelques décennies pourraient s’écouler avant qu’elle ne devienne une réelle menace au Québec, poursuit Gérald Chouinard, chercheur à l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA). La punaise est déjà bien installée de l’autre côté de la frontière, dans l’État de New York, de même qu’en Ontario. Elle voyage sur de grandes distances en s’accrochant à des véhicules ou à des équipements. 

Les États-Unis suivent de près la progression de la punaise marbrée. Crédit photo : www.stopbmsb.org

Les États-Unis suivent de près la progression de la punaise marbrée. Crédit photo : www.stopbmsb.org

Lutte

En 2017, quelques individus ont été détectés sur un terrain de camping de Saint-Bernard-de-Lacolle. Cette année, la punaise diabolique ne s’est pas encore pointé le bout du nez dans les champs de la Belle Province, mais Jacques Brodeur s’attend à ce que l’indésirable soit capturée un peu plus tard cet été en Montérégie. 

En attendant l’envahisseur, les spécialistes se préparent. L’IRDA a mené des tests sur des filets d’exclusion dans les pommiers, dont les résultats sont très concluants, assure Gérald Chouinard. De son côté, Jacques Brodeur travaille avec des confrères de la Colombie-Britannique et des États-Unis sur l’importation de parasitoïdes indigènes de la punaise en provenance d’Asie. Cet automne, une demande formelle d’importation sera soumise au gouvernement fédéral en vue de la saison 2019.

« Des collègues américains et ontariens font aussi des tests de pesticides contre la punaise marbrée afin de déterminer les méthodes d’application et les doses les plus appropriées. Nous sommes chanceux dans notre malchance, car nous avons le temps de nous préparer », conclut M. Brodeur.