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Pour obtenir des crédits compensatoires, le producteur devra entre autres s’assurer de mettre en place un processus permanent, dont les effets seront vérifiables et quantifiables.

Pour obtenir des crédits compensatoires, le producteur devra entre autres s’assurer de mettre en place un processus permanent, dont les effets seront vérifiables et quantifiables.

Crédits de carbone : du chemin reste à faire

Dans un contexte où des entreprises comme Microsoft ou Shopify sont prêtes à signer de gros chèques aux agriculteurs pour les inciter à stocker des gaz à effet de serre (GES) dans le sol, l’idée de changer ses pratiques contre des crédits de carbone peut sembler alléchante. Bien que prometteur, ce modèle demeure limité dans le contexte québécois, estime un conseiller en agroenvironnement.

« Ce n’est pas une sinécure, prévient Daniel Bernier, agronome à l’Union des producteurs agricoles (UPA). Il faut prendre en considération que le potentiel de réduction des GES à l’échelle d’une ferme de petite ou de moyenne taille est relativement modeste et que l’accès aux marchés du carbone peut représenter des coûts administratifs importants. »

Marché volontaire

Deux types de marchés existent pour les crédits de carbone : les marchés volontaires et les marchés réglementés. Dans un marché non réglementé et ouvert, n’importe quelle organisation peut proposer des crédits compensatoires. Un producteur verra ses efforts de réduction récompensés par l’émission de crédits, qui pourront ensuite être vendus à des entreprises qui désirent compenser volontairement leurs émissions. Cependant, une certification est requise pour assurer la crédibilité du système.

« Il faut savoir qu’en traitant avec des entreprises sérieuses, des coûts d’analyse seront requis. En bas de 1 000 hectares, ce n’est pas intéressant avec la valeur actuelle des crédits », explique M. Bernier, qui présentait une conférence sur le sujet au cours de la Journée à foin du Conseil québécois des plantes fourragères, le 16 septembre.

D’autres avenues sont possibles sur le marché volontaire, comme le programme Carbone riverain qui propose des crédits en échange d’un élargissement de la bande riveraine de 5 mètres avec l’implantation d’arbres, ce qui représente une redevance moyenne d’environ 22 000 $ / ha en contrepartie d’une servitude à perpétuité, décrit Daniel Bernier.

Un projet pilote mené par la Canadian Forage and Grassland Association est également en cours afin de mettre en place un protocole qui protégerait les prairies susceptibles d’être converties à d’autres usages par l’entremise de crédits, dont la valeur serait proportionnelle à la durée de leur maintien.

Marché réglementé

Jusqu’à présent, un seul protocole réglementé par la bourse du carbone du Québec est disponible en agriculture. Celui-ci concerne le captage et la destruction du méthane provenant du stockage de lisier, mais ses résultats sont non concluants et le protocole pourrait être retiré, note l’agronome.

Néanmoins, d’autres protocoles sont en développement. Ils portent notamment sur l’optimisation de la nutrition des vaches pour réduire les émissions de méthane, la biométhanisation des lisiers, la séquestration du carbone dans les sols agricoles et l’optimisation de la fertilisation azotée.

Pour obtenir des crédits compensatoires, le projet du producteur devra satisfaire plusieurs critères, rappelle Daniel Bernier. « On parle de gestes additionnels qui ne sont pas dans la pratique courante de l’entreprise comme des cultures annuelles qui font place à des plantes pérennes. De plus, il doit s’agir d’un processus permanent, dont les effets seront vérifiables et quantifiables. »  Tout ce cheminement représente bien entendu des frais administratifs qui risquent de manger les profits d’une ferme de petite taille, prévient-il.

« Malgré ces difficultés, le contexte pourrait évoluer rapidement dans les prochaines années avec une importante augmentation anticipée du prix de la tonne de carbone, de nouveaux protocoles de crédits compensatoires à venir et la possibilité de regrouper des projets de plusieurs fermes pour amortir les coûts administratifs », nuance l’agronome.