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CCAE : les agronomes sonnent l’alarme

Les agronomes se disent « très inquiets » pour l’avenir des clubs-conseils en agroenvironnement auxquels sont membres près de 9 000 producteurs agricoles au Québec.

« Nous nous posons de sérieuses questions sur le mode de financement proposé par le MAPAQ, mais nous n’avons pas toutes les réponses pour calmer nos craintes », résume la présidente de l’Association des conseillers en agroenvironnement du Québec (ACAQ), Valérie Bouthillier-Grenier.

Elle dit ignorer comment le MAPAQ répartira les budgets alloués pour les clubs-conseils en agroenvironnement lors du renouvellement du programme. Mais surtout, la présidente, âgée de 28 ans, se demande comment les agronomes pourront continuer de bien faire leur travail sur le terrain si les règles du jeu sont modifiées en profondeur, en ouvrant notamment la porte aux entreprises qui vendent des engrais aux producteurs.

Selon Valérie Bouthillier-Grenier, le MAPAQ aurait d’ailleurs formulé une proposition dans laquelle il modifierait le financement des clubs-conseils à compter de 2013. Ainsi, les clubs ne disposeraient plus que de 80 % des budgets alloués. Les 20 % restant seraient désormais alloués aux producteurs pour des services à l’acte entre le producteur et l’agronome. Les conseillers devraient alors facturer pour leurs services.

Les producteurs pourraient ainsi décider de ne plus recourir à l’expertise des agronomes et se tourner de plus en plus vers les entreprises spécialisées qui vendent des intrants.

En 2014, selon la proposition du MAPAQ, ce ne seraient plus que 40 % des budgets qui iraient directement aux clubs-conseils. Et, en 2015, tous les budgets (10 M$ annuellement versés par Québec et Ottawa) serviraient à financer tous les services à l’acte, au cas par cas, entre l’agronome et le producteur, sur présentation de facture.

« C’est comme signer l’arrêt de mort des clubs », laisse tomber la présidente de l’Association.

Elle ajoute : « Ces informations-là circulent, mais il n’y a pas de document pour les valider. C’est inquiétant. Si ça se réalise, ce sont 15 années de travail de sensibilisation et d’information entre les agronomes et les producteurs qui risquent de s’évaporer. On ne comprend pas », a-t-elle soumis.

La semaine dernière, le ministre de l’Agriculture, François Gendron, a semblé pondérer la position du MAPAQ en affirmant, notamment, qu’il est essentiel que les producteurs agricoles puissent compter sur des services-conseils d’agronomes non liés à des vendeurs d’engrais.

Les agronomes n’écartent pas la possibilité d’aller sur la place publique pour « sensibiliser la population ».

« Nous faisons de l’accompagnement avec les producteurs depuis plus de 15 ans et nous avons permis à l’agriculture d’améliorer ses méthodes, de protéger les cours d’eau. Et là, on voudrait abandonner tout ça alors que le gouvernement parle de souveraineté alimentaire et de protection du territoire. C’est un non sens », a conclu, de son côté, l’agronome Louis Perreault, 55 ans, qui a commencé à travailler avec les clubs-conseils dans Chaudière-Appalaches, en 1993.

Des clubs-conseils également préoccupés

De son côté, le président des clubs-conseils, Yvon Lamy, ne cache pas lui non plus que « l’insatisfaction est grande », non seulement chez les agronomes, mais aussi chez les producteurs . « Il n’y a pas de message clair du gouvernement que le programme sera renouvelé à notre entière satisfaction », a-t-il confié à la Terre.

Il ajoute: « Il va falloir qu’il se passe quelque chose si on veut maintenir notre structure pour que la formule de groupe reste intacte ». Une lettre en ce sens a été envoyée au ministre de l’Agriculture, François Gendron, au début de décembre. Yvon Lamy confirme que le MAPAQ « souhaite aller vers une formule privilégiant le paiement à l’acte». Les conseillers factureraient ainsi les producteurs pour leurs services. Les producteurs seraient par la suite remboursés par le gouvernement.