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Le producteur de grains Michel Myre perdra l’accès à une parcelle d’environ 30 hectares si jamais le projet de construction d’un centre de données de Google à Beauharnois allait de l’avant. Gracieuseté de Michel Myre.

Le producteur de grains Michel Myre perdra l’accès à une parcelle d’environ 30 hectares si jamais le projet de construction d’un centre de données de Google à Beauharnois allait de l’avant. Gracieuseté de Michel Myre.

Google à Beauharnois : 3 producteurs touchés

Le projet de changement de zonage d’une terre agricole de 94 hectares à Beauharnois pourrait avoir des conséquences importantes pour trois producteurs de la Montérégie qui louent chacun une parcelle au propriétaire du site, Hydro-Québec.

Germain Leduc fait partie du lot. Le producteur laitier loue depuis des dizaines d’années une terre d’environ 30 hectares où il fait pousser son foin. Il en tire 37 % de sa production. « Si je perds l’accès à ces terres, je vais être forcé d’acheter du foin d’ailleurs, confie-t-il. Il n’y a plus rien à louer dans le coin. »

Michel Myre et Alain Verstynge, deux producteurs de grandes cultures, ont pour leur part investi chacun plus de 50 000 $ en travaux de nivellement et de drainage sur des parcelles faisant environ 30 hectares. Pour M. Myre, l’histoire se répète une troisième fois. Par le passé, il a perdu l’accès à des terres louées en raison du prolongement de l’autoroute 30, puis en raison de l’aménagement d’un parc industriel à Beauharnois. « Dans les deux cas, c’était déjà zoné blanc, a-t-il expliqué à La Terre. Alors, quand j’ai loué ces terres-là en zone verte il y a quatre ans, je me disais que j’allais pouvoir les utiliser aussi longtemps que je le voudrais. »

Loi spéciale demandée

Lors de la séance du conseil du 14 mai dernier, les élus de la Ville de Beauharnois ont officiellement demandé au gouvernement québécois d’adopter une loi spéciale qui permettrait de faire passer une terre zonée verte de 94 hectares en zone blanche en vue de la construction d’un centre de données sur le site. Selon Le Journal de Montréal, Google serait l’entreprise derrière le projet. Ni Hydro-Québec ni la ville de Beauharnois n’ont toutefois confirmé l’information à La Terre. « Même nous, à la ville, on ne sait pas de qui il s’agit, confie Alain Gravel, directeur général de la Ville de Beauharnois. Ils communiquent avec nous par l’entremise d’intermédiaires. »

Souhaitant que le projet aille de l’avant, la Ville de Beauharnois s’est adressée à la Commission de Protection du Territoire Agricole de Québec (CPTAQ) à l’automne 2018. L’organisme a toutefois indiqué dans son orientation préliminaire qu’elle refusait la demande de changement de zonage. Le rapport de la CPTAQ souligne que deux autres sites, ceux-là zonés blancs, ont été considérés à Beauharnois. L’un d’eux, d’une superficie de 33 hectares, était jugé trop petit pour le projet. Le terrain convoité par Google dispose quant à lui d’une superficie constructible de 62,3 hectares, le reste de la parcelle étant réservé à des lignes de transport d’électricité d’Hydro-Québec.

La balle se retrouve maintenant dans le camp du gouvernement québécois. Rejoint par La Terre, le Ministère de l’Économie et de l’Innovation du Québec (MEI), n’a pas voulu commenter le dossier. « Le MEI n’a pas à intervenir publiquement ou à commenter un changement de zonage réclamé par une municipalité qui souhaite accueillir éventuellement une entreprise », a-t-on spécifié. 

Un cas similaire au Luxembourg

Google dispose actuellement de 15 centres de données à travers le monde, et cherche à en bâtir de nouveaux. L’entreprise a notamment acheté des terres agricoles sur une superficie de 34 hectares à Bissen au Luxembourg pour cette raison, soulevant l’ire des acteurs locaux. Charles-Félix Ross, directeur général de l’UPA, était justement de passage au Luxembourg en mai dernier. « Comme ici, on sent là-bas qu’il y a une pression du développement urbain sur la zone agricole, dit-il. Nos politiciens prêchent la vertu, et disent vouloir protéger les terres agricoles et l’environnement, mais dans le concret, ce sont toujours les impératifs économiques à court terme qui vont prévaloir. »